Aujourd'hui paroisse Saint-Bruno
2. Il se nommait Pietro Bernini et fut sculpteur comme son fils, dont il encouragea la vocation. Les œuvres de lui dont il est question ici se voient encore dans l'église Saint-Bruno, à Bordeaux. On les trouvera reproduites par la photographie dans l'ouvrage de Ch. Marionneau, Description des œuvres d'art qui décorent les édifices publics de la ville de Bordeaux (1861, in-S").
3. Perrault est le seul qui prononce le nom de l'auteur de ce tableau unanimement admiré et attribué soit à Le Sueur, soit au Dominiquin. Mais quel est ce Du Puits ? Pierre Dupuis, membre de l'Académie royale de peinture, dont il ne subsiste aucune œuvre authentique, mais qui ne peignait que des fleurs (Lorin, Réunion des sociétés des beaux-arts des départements, 1898, p. 193) ? Plutôt, le peintre Guy François, du Puy, qui a laissé dans le midi de la France quelques toiles religieuses d'assez belle allure (Léon Giron, Réunion des sociétés des beaux-arts des départements, 1897, p. 546).
j. Pi "S
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de la cuisse d'un homme, ainsi qu'on prétend, qui a été trouvé dans un tombeau en fouillant les fondements de la maison. Cet os, qui d'ordinaire n'a guère qu'un pied et demi, en a deux et demi ; sa forme est approchante de celle de los d'un homme, mais elle a beaucoup de choses qui lui manquent. Le col qui soutient la tète est gros, court et droit ; il n'y a que le grand trochantère et tout l'os est droit et non courbé pour faire cette cavité qui est au derrière et au-dessous de la cuisse. Gela me fit croire
que c'étoit un os d'éléphant. On assure cependant qu'il a été trouvé dans un tombeau de pierre et on montre deux bas-reliefs avec des inscriptions qu'on dit avoir été pris de ce tombeau. Ils sont enchâssés dans le mur aux deux côtés de la première porte en dedans. Ce sont des ronds de deux pieds de diamètre, d'une fort belle pierre, dans l'un desquels il y a un bâton fiché en terre qui soutient une botte de foin ^ et au-dessus des nuées ayant aux deux côtés deux châteaux, avec ces mots écrits tout autour d'une bordure relevée : hoc omnis. Dans l'autre il y a une tète de mort avec des os, derrière laquelle il s'élève des épis de blé, et des nuées au-dessus avec ces
mots : AETERNAE SPES ALTERA VITAE.
I. Perrault avait écrit d'abord : « autour duquel il y a de la filasse ou un écheveau de £îl entortillé. »
ao4 . CLAUDE PERRAULT
Le parc des Chartreux. — Le parc est fort grand, enfermé de murailles. Il consiste en vignes et en prairies ; il est coupé de quantités de canaux pleins d'eau, mais le tout est fort champêtre et marécageux. Les allées ne sont plantées que de saules et de peu d'ormes étrognonnés. Elles sont étroites, mal dressées, pleines d'ornières, de pierres et de chardons, et les canaux ne sont point revêtus de pierres, mais bordés de roseaux et couverts par dessus d'écume verte.
19. — Le samedi 19 se passa un peu plus doucement pour mon frère, et la raison et le discours commencèrent à lui revenir un peu. On se contenta de lui donner un lavement. Nous reçûmes des lettres de mes frères du 12 et i3, qui nous apprirent la mort de M. Lormier, arrivée de ses blessures de Candie, et celle de M. l'évêque d'Arras. La fièvre redoubla à mon frère sur les neuf heures, à l'ordinaire, et il l'eut toute la nuit aussi forte que jamais.
20. — Le dimanche 20, nous ne lui donnâmes point la médecine qui avoit été préparée, mais seulement un lavement, et, sur les quatre heures du soir, on lui tira une palette de sang avec beaucoup de peine. Ce sang étoit extrêmement chaud en sortant, et, après s'être refroidi, il conserva une couleur de feu fort étincelante. La fièvre continua toujours assez forte. Cette après-dînée, nos messieurs furent à la comédie, et je lus cependant la Chronique de Bordeaux composée par de Lurbe et imprimée en 1594, et dont j'ai recueilli les inscriptions* qui ont été trouvées avec les statues qui sont dans l'hôtel de ville, et les conjectures que l'on a pour croire que ces
I. Sur les deux inscriptions citées ici par Perrault, d'après de Lurbe, voyez l'ouvrage de M. Camille JuUian, sur les Inscriptions romaines de Bordeaux, t. I, p. 91 et suivantes où ces textes sont reproduits, commentés et expliqués.
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Statues sont de Drusus, de Claudius et de Messaline. Il dit qu'en l'an t594, en fouillant près le prieuré Saint-Martin, hors la ville, on trouva, trois pieds avant dans la terre, ces trois statues avec des tables de marbre écornées qui rendoient les inscriptions qu'elles avoient
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imparfaites, mais qu'il a été assez aisé de restituer. La première est drvso caesari patri germanici caesaris et
CLAVDII AVGVSTI NEPOTVM DIVI AVGVSTI PRAEFEGTO VRBIS
AVGvsTALi. Car on sait que Drusus, fils de Livie, femme d'Auguste, était père de Germanicus et de Claudius qui fut empereur après Galigula, son neveu, fils de Germanicus ; que Germanicus et Claudius étoient appelés petits fils d'Auguste à cause qu'ils l'étoient de sa femme. Toute la difficulté est sur le praefegto vrbis avgvstali, parce qu'il ne se trouve point que personne ait été ainsi appelé que celui qu'Auguste institua en Egypte, ce qui ne convient pas bien à Drusus.
L'autre inscription est telle, qui est tiberio glavdio drvsi
J^,€LAvmo D/RV5I r. caes 'îïv^vsTo~pa&Tir. m a x.
clps.ir.T.p. c.iYzavs.
FILIO CAESARI AVGVSTO PONTIFICI MAXIMO CONSVLI SECVNDVM
PATRI PATRiAE CAivs ivLivs. Car cc Caïus Julius, surnommé
ao6 CLAUDE PERRAULT
Vindex, gouverna les Gaules au commencement de l'empire de Glaudius, auquel temps Messaline avoit toute la puissance et tout le gouvernement entre les mains, ce qui fait qu'il y a apparence que Vindex ayant fait bâtir quelque bel édifice comme les Romains en faisoient dans leurs provinces, soit des temples, soit des bains ou des théâtres, il y fît mettre la statue de ces princes, avec celle de Messaline.
21. — La fièvre redoubla la nuit à mon frère, encore plus forte que jamais, ce qui fit que le lundi 21, nous ne l'osâmes pas purger avec une médecine composée comme nous Pavions résolu le jour précédent, mais nous nous contentâmes d'une tisane laxative qu'il prit à plusieurs fois pendant la journée. J'écrivis cette matinée à mon frère chez M. Golbert, à ma sœurà Viry, et à M"® Abraham. L'après-dînée nous fûmes pour rendre visite à l'Archevêque, au premier président et au procureur général, mais nous ne trouvâmes personne. Nous fûmes à la foire qui est fort peu de chose. Il y a dehors dans les rues quantité de peintures à détrempe, comme en la galerie des prisonniers. Dans la cour, qui est fort petite, il y a de la clinquaille ; le reste est des merciers assez mal fournis. M. Abraham avait à faire de ruban de satin violet pour pendre sa montre. Nous fûmes à tous les merciers sans en pouvoir trouver. Etant de retour au logis, je trouvai que la médecine de mon frère commençoit à opérer un peu mieux que de coutume et il remarqua que j'avois une perruque, ce qu'il n'avoit point fait depuis quatre jours que je l'avois prise. La nuit se passa avec son redoublement à l'ordinaire, sinon que devers les trois heures il eut un frisson avec quelque petit tremblement, ce qui lui étoit déjà arrivé deux ou trois fois.
22. — Le mardi 22 je fis porter mon frère de l'auberge où nous avions demeuré vingt jours chez M. Léonard.
Pour cela, je fis faire un brancard garni d'un grand matelas plié en deux, et parce que le brancard ne pouvoit pas passer dans l'escalier, je fis emmailloter le malade dans un drap et dans une couverture afin de le pouvoir porter comme un enfant. On le posa sur le matelas du brancard qui étoit au bas de l'escalier, que l'on couvrit d'une autre couverture, soutenue d'une arche, et, en cet état, deux hommes le portèrent sans qu'il se trouvât foible, quoique jusqu'à ce jour-là on ne put le remuer dans son lit qu'il ne fût prêt à tomber en défaillance. Il plut beaucoup ce jour-là et nous éprouvâmes pour la première fois ce que c'est que les boues de Bordeaux. On peut dire que jamais Paris n'a rien eu de comparable. Ce changement de temps apporta un amendement considérable à la maladie de mon frère. La rémission de sa fièvre depuis les dix heures du matin jusqu'à huit heures du soir fut plus grande que jamais, et il parla avec plus de liberté et de raison qu'il n'avoit fait depuis dix jours.
Le soir, je fus avec nos messieurs visiter M. et M"^® de Salomon, qui me réitérèrent les offres qu'il m'avoient déjà faites fort obligeamment plusieurs fois de tout ce que nous pourrions avoir besoin dans la maladie de mon frère. Le président est logé dans un palais fort magnifique et fort richement meublé. Il m'invita aussi de venir à son Académie qui se tient chez lui les vendredis. Je fus souper à Tauberge pour la dernière fois. Après souper nous comptâmes avec l'hôte et l'hôtesse qui se trouvèrent fort déraisonnables. Ces gens s'étoient attendus que nous demeurerions, mon frère et moi, tout l'hyver dans leur auberge. Ils avoient fait leur compte que nous leur payerions cent écus par mois, et en effet nous avons payé pour les vingt jours sur ce pied. G'auroit été cinq cents écus pour cinq mois. De sorte qu'il y eut grand bruit toute la journée entre le mari et la femme qui
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s'accusoient Tun l'autre d'être cause que nous sortions de la maison. La manière dont ils firent leur compte est curieuse et remarquable. Ils nous firent payer à mon frère et à moi comme aux autres cinquante sols par jour et de plus cent livres pour le débris du malade, qui consistoit en deux méchants matelats qui avoient été mouillés et de fort peu de draps qui avoient été salis parce que M"^® Léonard nous en avoit fourni la plus part du temps. Le soir M. de Gomont, qui avoit reçu au bureau du convoi cent vingt louis d'or sur une lettre de change, m'en donna trente. Je vins coucher chez M. Léonard.
23. — Le mercredi 23, nos messieurs vinrent à cinq heures du matin nous dire adieu et partirent pour Toulouse. Je fis prendre médecine à mon frère. M. Daguesseau *, intendant de la province, qui n'étoit arrivé que de la veille, nous envoya dès le matin visiter et nous offrir tout ce qui dépendoit de lui. L'après-dînée, je fus faire des visites en chaise parce que les boues sont extraordinaires. Je fus voir M. l'Archevêque qui me reçut fort bien et me témoigna avoir eu beaucoup de déplaisir de ce que je n'avois pas été au dîner que nos messieurs avoient fait chez lui, non seulement à cause de la raison qui m'en avoit empêché. Je fus ensuite faire la révérence à M. l'intendant, où il y avoit grande cour, c'est-à-dire sa cour pleine de carrosses et de laquais. Il me fit toutes les civilités imaginables et m'offrit toutes les assistances qui pourroient lui être possibles, et que si j'avois affaire d'argent, qu'il en avoit à mon service. Je fus pour visiter nos médecins, mais je ne trouvai que M. Tartas. Je m'entre-
I. Henri Daguesscau, d'abord intendant à Limoges, à Bordeaux en 1669 et en 1677 <ians le Languedoc ; membre du conseil d'état et du conseil royal des finances ; membre du conseil des finances sous la régence. Mort en 1716. Père du chancelier.
tins de l'intendant avec son fils, qui est bénéficier et parent de M. Grosson.
M. Galatheau m'apporta et me fit voir un monstre qui étoit né depuis un an à Bordeaux, sur lequel le discours dont il est parlé cidessus a été fait^ G'étoit un fétus humain qu'on prétend avoir été changé en celui d'un singe, dans le ventre d'une femme par l'effort que son imagination avoit fait en voyant un fagotin. Mais la vérité est que ce monstre ne ressemble point beaucoup à un singe et tout ce qui est de plus considérable est qu'il avoit sur le dos une excroissance de chair qu'on prenoit pour sa mandille. Il avoit des cheveux ondes sur la tète, mais tout le reste du corps sans poil^ Les paupières seulement étoient noires comme aux singes; les mains
I. La naissance de ce monstre paraît avoir suscité quelque curiosité à Bordeaux en ce temps-là. Un de ses confrères, Huguenot assurément, attaqua l'opinion de Galatheau dans une Censure du discours prononcé sur le changement d'un fœtus humain en singe (S. 1. ni d. de 89 p. in-40). Galatheau riposta par une Censure de la censure (Bordeaux, Pierre Abégou, 1670, in- 40 de 87 p.), et le critique, ne se tenant pas pour battu, imprima encore une Apologie du censeur du discours prononcé dans l'Académie de Bordeaux (in-4'* de ao p.).
n'avoient que quatre doigts et les genoux, faute de rotule, se plioient en dedans.
24. — Le jeudi 24, la fièvre ne redoubla qu'après minuit et elle dura jusqu'après-midi, avec les accidents ordinaires. M. le président Salomon nous vint voir le matin, et M. Cardon l'après-dinée, qui m'apporta un paquet de plusieurs lettres qui étoit adressé à M. de Gomont pour voir s'il n'y en avoit point quelqu'une pour moi. Ce M. Gardon est parent de MM. Menjot ; il est employé au bureau du convoi ^
25. — Le vendredi 25, la fièvre recula de la même proportion et ne fut que sur les deux heures, et ce redoublement qui fut un peu moindre que les autres alla jusqu'à deux heures après-midi. M. de Nesmond, président, nous vint voir et nous offrit tout ce qui étoit en sa puissance. Le premier président envoya aussi savoir de nos nouvelles par son secrétaire, avec des lettres pour M. du Laurent. L'après-dînée, le sacristain des Jacobins vint savoir des nouvelles de la santé de mon frère et me dit qu'on étoit venu de notre part demander des messes autant qu'on en pourroit dire. Nous fîmes, ce jour, à la persuasion de M. Galatheau, manger une soupe de pain à mon frère dans son potage.
26. — Le samedi 26, la fièvre recula encore et ne lui prit que sur les sept heures du matin, avec un frisson et un tremblement. Get accès dura jusqu'à quatre heures du soir. Je reçus des lettres de Paris par lesquelles je reconnus que toutes les lettres que j'avois écrites par deux ordinaires avoient été perdues ou retenues exprès, comme on m'avoit déjà averti qu'il y avoit des gens qui
I, On désignait, à Bordeaux, sous le nom de convoi des droits perçus sur les vins, les blés, le sel et diverses autres denrées alimentaires. Par extension, on désignait sous le même nom la forme établie pour assurer la perception de ces impositions, toujours lourdes et souvent arbitraires, qui furent la cause de bien des difficultés.
avoient intérêt de savoir ce que j'écrivois à Paris et ce qu'on me répondoit. Et en effet, il s'étoit passé deux ordinaires sans que j'en reçusse.
27. — Le dimanche 27, mon frère eut son accès à peu près à la même heure que le samedi, mais on ne s'apercevoit point qu'il eût des frissons. Le matin M. Lopès me fit voir des lettres de M^^ Lopès, sa belle-sœur, veuve de notre confrère \ qui lui mandoit que M""" la princesse de Gonti étoit en peine de notre santé et que M"® Lenoir Tavoit priée de lui en demander des nouvelles quand elle lui écriroit. Sur les deux heures dans la déclinaison de l'accès, je fis prendre médecine à mon frère, qui n'opéra qu'après onze heures du soir, une fois seulement. 11 fut mal toute la journée et la nuit, l'assoupissement et la rêverie ayant redoublé et continué.
28. — Le lundi 28, je trouvai mon frère plus mal que jamais, le redoublement l'ayant pris sans que le précédent lui eût donné quelque relâche, ce qui me mit en une étrange peine. G'étoit le jour de la fête de saint Simon et de saint Jude. J'entendis la messe en l'église de Saint-Rémy, qui étoit notre paroisse, où je communiai ^ Etant de retour, je trouvai une lettre de M. de La Mothe, qui m^écrivoit d'Agen des nouvelles de nos messieurs avec lesquels il alloit jusqu'à Toulouse. Je leur écrivis à tous, à savoir à M. du Laurent, à M. de Gomont, à M . Abraham et à M . de La Mothe ; et en même temps j 'écrivis aussi à Paris à mon frère le receveur et à M. le curé de Saint-Etienne. Ge jour, j'appris des nouvelles de mon
1, Le médecin bordelais Pierre Lopès eut, en effet, un frère cadet, François Lopès, également médecin, mais établi à Paris, qui mourut entre 1660 et i667.Guy Patin fait mention de lui dans une lettre du i^"^ août 16SQ {Lettres, éd. Réveillé-Parise, t. II, p. 248).
2. L'église Saint-Rémy, centre jadis d'une des paroisses les plus importantes de Bordeaux, est désaffectée depuis la Révolution. Elle sert aujourd'hui à un entrepôt de marchandises (rue Jouannet, 4)-
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cousin Pépin, le secrétaire, qui avoit écrit à un secrétaire du Roi qui étoit à Bordeaux, afin de savoir de nos nouvelles. Sur le soir, dans le déclin de l'accès, mon frère revint un peu du profond assoupissement dans lequel il étoit depuis deux jours et passa assez bien la nuit, c'està-dire à comparaison des autres.
2g. — Le mardi 29, le redoublement vint sur les sept heures du matin, à l'ordinaire, mais avec un assoupissement plus grand que jamais, ce qui redoubla beaucoup ma crainte parce que c'étoit le dix-septième de son grand accès. Je reçus une lettre de mon frère par laquelle j'appris qu'il avoit reçu ma lettre du 18, et que celles du 11 et du i4 ne lui avoient point été rendues. La fièvre fut violente toute cette journée et l'assoupissement fut continuel. La nuit se passa de même. Je fis veiller son confesseur à qui il répondit toujours ou donna quelque marque qu'il l'entendoit.
3o. — Le mercredi 3o, sur les six heures du matin, l'assoupissement augmenta encore davantage et la difficulté d'avaler fut bien plus grande qu'à l'ordinaire. Sur les huit heures il perdit tout sentiment, et entre midi et une heure il mourut. Plusieurs personnes me vinrent voir l'après-dînée, et entre autres M. le président Salomon qui me vint offrir la sépulture qu'il a dans les Jacobins, avec des témoignages de bonté tout à fait obligeants. Ce jour je reçus une lettre de mon frère le receveur qu'il avoit mise dans le paquet de M. de Gomont, qui me fut apporté par M. Cardon.
3i. — Le jeudi 3i, je fus visité par M. Poullaillon, contrôleur général du bureau du convoi, et par M. de Boisgarnier, qui est un autre officier du bureau. M. l'archevêque envoya aussi un gentilhomme me faire compliment. Le matin, l'invitation pour l'enterrement fut faite par deux bourgeois, selon la coutume, qui n'est point de
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porter des billets, mais elle se fait de bouche. Sur les cinq heures du soir, MM. les présidents de Salomon et de Nesmond, avec MM. de Gayac, surintendant du bureau, Pélissier, un des intéressés. Gardon, Boisgarnier et plusieurs autres commis, M. Fabbé Tartas, MM. Lombard et Faye et Desjardins et plusieurs voisins vinrent au convoi où M. de Salomon me conduisit. Il étoit composé de douze prêtres qui portoient de grands cierges avec les armoiries du défunt. Son cercueil était couvert d'un poêle porté par six prêtres hibernois qui ont accoutumé de faire cet office. Le corps étoit suivi de deux grands valets vêtus de deuil, et deux autres pareils me suivoient, après lesquels marchoient M. de Nesmond et M. Fabbé de Tartas, doyen de Saint-Seurin, et le reste de la compagnie. M. l'intendant étiot à l'église, qui s'étoit habillé de noir pour cette cérémonie, mais qui n'avoit point pris sa robe et n'étoit point venu au convoi parce qu'il ne cède pas volontiers à Messieurs du Parlement, comme il est obligé de faire. Le cercueil fut posé au milieu de la nef, sur lequel on mit à droite de la tête ce qu'ils appellent une chapelle, qui est composée de six cierges liés ensemble et tournés en manière de girandole auxquels quantité de bouquets et de fleurs sont liés avec des rubans de taffetas blanc. Au droit des pieds il y avoit un oreiller fait avec du quintin rempli de feuilles de laurier, et couvert par-dessus de fleurs d'oranger, de roses etd'œuillets, et chamarrés de branches de myrthe. Contre le pied il y avoit encore un fort grand bouquet composé des mêmes fleurs. Les chandeliers qui sont mis sur l'autel et ceux qui sont autour du cercueil, qui faisoient en toutdix-huit, ne sont point des chandeliers d'autel, mais des flambeaux d'argent qu'on emprunte chez des personnes de condition. Il y en avoit huit à M. de Salomon, quatre à M. le premier président et six à messieurs du bureau. On
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met aussi plusieurs bassins d'argent sur le cercueil etsur les autels ; ils servent à porter de l'argent à toute la compagnie pour aller à TofFrande et pour le recevoir. Le service est composé d'un Libéra et d'autres antiennes particulières au service des morts du pays, d'un Venite et d'un nocturne à la fin duquel le curé entre dans le ballustre de l'autel, prend une chappe, et les prêtres viennent à To/ïrande, et le deuil ensuite, et le reste de la compagnie, les femmes y vont aussi : chacun donne un sol marqué, et le deuil comme les autres. On baise un petit crucifix d'argent. On ne dit point de Libéra en enterrant le corps, mais un psalme et une oraison avec le De Profundis qui se dit à voix basse. Il n'y a que les prêtres qui jettent l'eau bénite ; on ne remercie point la compagnie, mais celui qui a conduit le deuil le ramène chez lui. En sortant de l'église on donne des flambeaux aux gens des personnes de condition qui montent chacune dans leur carrosse. Je revins dans celui de M. de Salomon.Le lieu de la sépulture est au pied de l'autel de la chapelle Saint-Jean, dans l'église de Saint-Rémy, la paroisse où nous demeurions.
i®^ novembre. — Le vendredi i^^ novembre, j'entendis la grand'messe à la paroisse, dont les prêtres ont la voix assez bonne, mais qui chantent si faux qu'ils se trouvent toujours à un demi-ton de l'orgue, qui est fort bonne, mais dont un jeu de régale est fort mal accordé, selon la coutume des provinces. C'est pourquoi le facteur a fait prudemment de n'y point faire de voix humaine, quoique cet orgue ait d'ailleurs toutes les curiosités des autres, étant fourni de deux ou trois sortes d'échos. Le Credo se chante sur un chant approchant de celui de la Passion. On ne présente point le pain bénjt à l'offrande, mais on le bénit dans la sacristie avant que de commencer la messe. On le présente devant l'offertoire. Ce sont deux
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des marguilliers qui le portent par l'église : l'un en a dans un bassin d'argent, et l'autre quête dans un autre. Il y a quantité de petites filles de dix à douze ans qui quêtent dans des tasses d'argent ; la manière est de présenter la tasse vide et d'ôter ce qu'on donne. Toute la paroisse communie au balustre du grand autel, à la fin de la messe, après VAgnus Dei, cependant que l'organiste durant un grand quart d'heure abuse de la patience de tous les paroissiens, lorsqu'il joint ses ennuyeuses fantaisies au murmure importun de cinquante petits garçons qui disent des sept pseaumes, car cette persécution des sept pseaumes commence dès le matin de la Toussaint et la semaine même commence dès le midi. Après vêpres je fus visité par M. de Nesmond, accompagné de M. de La Chaise, conseiller au Parlement ; de M. Golbert, général des Prémontrés, qui passoit à Bordeaux pour aller en Béarn à sa visite; de M. du Saux, conseiller au Parlement; de M. Galatheau et de M. Lombard. Tous ces messieurs traversèrent la petite rue où je demeurois à pied ; il n'y eut que le carrosse de M. du Saux qui se hasarda d'y entrer. Il pleuvoit assez fort.
2. — Le samedi 2, je fus pour voir M. Golbert, le général, que je ne trouvai point. De là, nous fûmes à Saint-Rémy au service de mon frère, M. Léonard et moi seulement, car on ne prie point de compagnie qu'à l'enterrement qui se fait toujours le soir. Je reçus des nouvelles de Paris. Sur les onze heures, M. l'intendant me vint voir et M. Le Maigre, receveur général des finances. L'après dînée, je fus voir M. de Salomon et Madame, à qui je fis ma visite séparément et qui me reçut dans un appartement, séparé de celui de Monsieur. Ces deux appartements qui ont chacun leur salle, chambre et antichambre, sont à droite et à gauche d'une grande salle qui sert de vestibule. Je fus ensuite voir
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M. Tarchevêque et sur le soir M. Fintendant, qui donna un paquet de papiers d'importance pour les donner à Paris en main propre.
3. — Le dimanche 3, je fus entendre la messe aux Jacobins et remercier le religieux qui avoit assisté mon frère. Je donnai deux louis d'or à la sacristie. Ensuite je fus voir M. Colbert, le général, M. de Nesmond, que je ne trouvai point, mais je fis mon compliment à Madame. Je vis M. Diaz et M. de La Chaise. Je fus chez M. Le Maigre et M. Galatheau que je ne trouvai point.
Après dînée je fus en une maison qui appartient à M. l'abbé de Raymond^, où est à présent le séminaire de Bordeaux, où je vis quantité de figures antiques qui ont été trouvées dans la terre. La plupart sont dans des niches en la face du bâtiment qui regarde sur le jardin. La plus belle est un bas-relief en rond de cinq pouces et demi de diamètre, de marbre blanc fort beau, aussi blanc et aussi entier que s'il venoit d'être fait. C'est la tète de l'empereur Titus. Il y a gravé autour titvs. ves. Ce basrelief est enchâssé dans la clef de la porte, et il a à ses deux côtés deux tètes de plein relief enchâssées dans le mur. Il y en a une qui a le nez cassé, mais du reste fort belle ; elle est d'un marbre gris, tirant sur le minime, très fin et très poli. Au-dessus de la porte, dans une petite niche, il y a le buste d^une femme, un peu plus petit que le naturel, médiocrement bien fait. Au dessous il y a écrit Pompeia, Je n'ai pu savoir quelle conjecture on avoit pour lui donner ce nom, car l'inscription est moderne. Les autres statues sont une grande de cinq à six pieds, de marbre, à qui les mains manquent; elle est vêtue de togate, assez entière d'ailleurs. Il y en a d'autres
I. Jean-Charles de Raymond, abbé de la Frénade, fils du fameux controversiste Florimond de Raymond, dont il avait hérité de riches collections archéologiques.
qui paroissent de pierre commune, fort effacée et fort mutilée. Au milieu du jardin, il y a une colonne de marbre jaspé, sur un piédestal où on a gravé des inscriptions depuis peu. Ce piédestal est posé sur une pierre en forme de tambour, de trois pieds et demi de diamètre et de deux pieds de haut, qui est taillée tout autour d'un demi-relief assez effacé, mais qui paroît parles attitudes des figures avoir été quelque chose de fort beau : ce sont des jeunes garçons de sept à huit ans. Cette même aprèsdînée, je fus encore voir le palais de Gallienus et j'en pris des mesures un peu plus exactes que celles que j'avois prises la première fois.
4. — Le lundi 4? je reçus un paquet de Toulouse avec une lettre de M. Abraham, qui me mandoit qu'il n'avoit point reçu mes lettres. Je fus invité par M. de La Lane, conseiller au Parlement, d'aller voir avec M. Galatheau son père qui étoit malade, chez M. l'abbé de Saint- Ferme ^ Nous consultâmes pour sa maladie, et ensuite M. l'abbé me fit voir sa maison, qui n'est pas achevée et qui est une des plus belles de Bordeaux. Après dînée je fus faire mes adieux chez M. Galatheau, que je ne trouvai point, et chez MM. de Nesmond et Salomon, Pellissier et de Gayac que je trouvai. M. Pellissier, qui venoit de Provence et de Languedoc, me fit voir une description et un plan des canaux pour la jonction des deux mers. Mais sa description et son plan ne s'accordoient point.
5. — Le mardi 5, je partis pour Paris entre cinq et six du matin. Je me mis dans une chaloupe avec quatre messieurs de ceux qui dévoient faire le voyage avec moi et deux de leurs valets. Nous arrivâmes à Blaye un peu après neuf heures, à l'aide de cinq rameurs. Nous