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Mémoires de Madame Lafarge, née Marie Cappelle

Adoptée par vos cœurs, je ne veux pas vous rester étrangère, inconnue : j'ai besoin de vous dire mes fautes pour que vous les pardonniez, mon innocence pour que vous la protégiez, mes douleurs pour que vous m'aimiez davantage, pour que vous m'aimiez toujours !

Dans le silence recueilli de ma prison, je me suis isolée de mes souffrances pour retourner avec vous dans les sentiers de ma vie; je vous ai initiés à toutes mes joies, à tous mes deuils, à toutes mes larmes... Je me souvenais, je pleurais, j'écrivais... Je n'ai pas demandé à Dieu de me faire éloquente, je l'ai prié de mettre le pardon et la vérité dans mes souvenirs, de donner à mes paroles le pouvoir de persuader, de convaincre... Si vous m'approuvez, si j'ai affermi une croyance, ramené un esprit prévenu, mon but est rempli.

Mes nobles amis, vous qui m'avez préservée du désespoir en plaçant mon honneur sous la sauvegarde de vos convictions, providences de mon malheur, soyez mille fois bénis!

J'ai gardé ma vie pour combattre, mes forces pour préparer, pour hâter le grand jour de la vérité et de la réhabilitation. Si Dieu me rappelait vers lui à moitié du chemin, je vous confie le nom de mon père, je vous demande pour ma tombe la réparation.

MARIE CAPPELLE

Prison de Tulle, juillet 1841.

DE

MARIE CAPPELLE

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