‹ Mémoires de MalouetChapitre 40 sur 47 · PORTALIS A MALLET DU PAN, A LONDRES · texte numérisé non relu

PORTALIS A MALLET DU PAN, A LONDRES

EmkendorfF, 15 septembre 1799.

Mon cher Mallet, vous devez avoir reçu une longue lettre à moi dans laquelle l'amitié confiait à l'amitié les diverses pensées que font naître tout ce qui se passe autour de nous. Aujourd'hui , je viens réclamer votre plume et vos bons offices pour un journal purement militaire, de la composition de Dumas;

ce journal a pour titre : Précis des événements militaires^ . Je ne sais s'il est connu à Londres ; l'auteur désirerait qu'il le fût. Il vous le ferait passer si vous le souhaitiez , et , dans le cas où vous trouveriez que l'ouvrage mérite une annonce de votre part, l'auteur se féliciterait du passe-port que vous donneriez à

son journal.

. Votre fils nous a écrit votre intéressante entrevue avec Mon- , sieur', et les étourderies des exagérés. Je ne comprends pas comment on ne devient pas plus sage après dix ans d'expérience. Je comprends bien moins encore comment on ne sent pas que de nouvelles circonstances demandent nécessairement, sur une foule d'objets, de nouveaux plans et de nouvelles vues. Les hommes ne sont pas faits pour les lois ; les lois sont faites pour les hommes : il faut donc qu'elles leur soient adaptées. Si jamais le retour à l'ordre s'effectue, il y aura plus à réparer, ou même à créer, qu'à rétablir...

^ Celte publication cessa bientôt d*étre périodique, et Fauteur explique, dans la préface du troisième volume, les raisons qui Tont engagé à en faire un livre. L'ouvrage forme aujourd'hui dix-sept volumes in-S^, sous le titre de : Précis des événements militaires, ou Essai historique sur les campagnes de 1799 à 1814.

3 On peut lire, dans le second volume des Mémoires de Mallet du Pan, la suite des rapport! du célèbre publiciste avec le comte d'Artois, et la lettre que ce prince lui écrivit (page 502).

MALODET A MALLET DU PAN, A GENEVE

Londres, 1709 ^

Je VOUS envoie ma lettre, mon cher Mallet, à laquelle vous joindrez vos propres réflexions. Voici ce que me mande à cet égard le maréchal de Castries :

«Je reçois une lettre de Mittau, par laquelle on m'en « annonce une du roi, portant qu'il vous sait gré de votre « déférence ; que les principes comme le but qu'on s'est proa posé répondent parfaitement à la manière dont vous vous tt êtes montré dans toutes les occasions principales ; qu'il me a chargera de vous marquer combien il est sensible à votre « surveillance pour tout ce qui peut être utile à la monarchie « et à lui ; qu'ayant prévu tout ce que les différents partis pouft vaient se permettre de dire, il avait chargé quelqu'un de « traiter la matière et qu'il attendait cet écrit en très-peu de « temps.

« C'est à vous, ajoute le maréchal, à voir ce qui vous con- «vient, car le fond comme la forme aura, à ce qu'on me « mande, l'approbation. On a seulement trouvé qu'il gagnerait « à être resserré, d'autant que sûrement M. Mallet du Pan y « ajoutera des réflexions, et que l'ensemble pourrait paraître « trop étendu pour la frivolité de la plupart des lecteurs. »

Je vous ai transcrit littéralement tout ce qui concerne cet

1 Cette lettre, non datée, est du mois de décembre 1799. 13 ne lettre de Mallet du Pan au comte de Sainte- Aldegonde, publiée en partie dans les Mé' moires de Mallet du Pan (t. II, p. 403), nous fait connaître les circonstances auxquelles elle se rapporte , et TefTet que produisit parmi les émigrés réunis à Londres la lettre de Malouet, qui avait eu l'approbation de Louis XVIII et que publia le Mercure britannique (t. III, p. 422).

ry\% CORRESPONDANCE.

article. Maintenant, lisez ma lettre, que j'ai resserrée et améliorée, je crois, sans rien changer à ce qui a dû le plus fixer l'attention du roi sur ce que je dis de ses intentions, de ses intérêts et de sa moralité.

Je vous laisse juger si je dois me nommer ou non. Je ne crains point les clabaudages, je ne recherche pas un vain bruit ; il s'agit de ce qui est plus ou moins utile. En ne me nommant pas, mais vous, certifiant que vous avez les plus fortes raisons de croire que Tauteur connaît bien les intentions de Louis XYIII, la lettre peut avoir dans l'étranger plus d'autorité. Si, au contraire, vous croyez devoir me nommer, ce ne pourrait être qu'autant que vous jugeriez que tous les honnêtes .gens de l'intérieur, dans le cours de la révolution, m'ont toujours reconnu sur la même ligne qu'eux, et qu'ils auraient confiance dans mes. déclarations.

Je vous prie de dire à l'abbé Delille qu'aussitôt que je me porterai mieux, j'irai à Londres pour le voir. M. Trévor m'a dit qu'il désirait faire sa connaissance. Adieu, mon ami.

LXin MALOUET A DE GÉRANDO».

Anyers, 23 avril 1808.

Mon ami,

A l'appui de votre apologie, dont je vous remercie, et pour la confirmer dans l'occasion, voici les faits qui seront consignés dans mes Mémoires; j'en ai les preuves, que le ministre de la police * a vues ; elles ont motivé de sa part l'intérêt qui a succédé à la persécution qu'il m'a fait subir pendant un an.

iT. ll,p. ÎS9.

9 Fouché.

MALOUET. 5d5

 mon arrivée à Londres, au mois de septembre 1792, deux députés y avaient été envoyés de Saint-Domingue pour remet* tre la colonie aux Anglais en toute propriété, et leurs offres avaient été acceptées par le ministère \ ils vinrent me prévenir de cette belle transaction, dont je fus indigné. Il y avait alors à Londres Félite des grands propriétaires de la colonie ; nous étions quatre-vingt-dix possédant les plus riches habitations: M. de la Ferronays, M. Tévéque de Gomminges, aujourd'hui évéque de Nancy, M. de Fontenille, etc. Je leur dis ce que je venais d^apprendre, et combien il était indécent, coupable, que des particuliers inconnus, se disant députés des habitants de Saint-Domingue, disposassent de cette possession ; que nous, grands propriétaires, n'avions pas le droit de faire un tel traité au préjudice de notre pays, de notre souverain ; que, chassés et proscrits en France par les conventionnels, égorgés à Saint- Domingue par nos nègres, nous avions bien le droit de demander protection et secours à une puissance étrangère qui n'était ^ pas en guerre avec la France, mais non celui d'aliéner une de ses plus belles possessions. — Sur cet exposé, les propriétaires s'ameutent et se rassemblent : ils me nomment leur député, leur fondé de pouvoirs auprès du ministère anglais, pour solliciter sa protection dans les termes et aux conditions que je trouvais seuls légitimes.

Je vais & M. Pitt avec cette mission ; je lui parle de nos devoirs de Français, des intérêts même de l'Angleterre, qui étaient d'étouffer une révolte de nègres et de ne pas se hâter ainsi de dépouiller la France. Je lui dis ces propres paroles qui lui firent impression : « Il paratt qu'il est question d'une coalition entre FAngleterre et les puissances du continent contre la Convention : quelle en sera la base, et comment pensez-vous vous entendre, si votre début est de prendre pour vous notre plus belle colonie ? Il faudra donc diviser toutes nos provinces entre les coalisés ; mais croyez-vous qu'il y ait un seul Français honnête, quelle que soit son opinion, qui ne se réunisse à ceux

qui combattent pour empêcher le démembrement ?» M. Pitt entend raison : le premier traité est annulé ; il n^est plus question, pour l'Angleterre y de s'approprier Saint-Domingue et d'en recevoir l'investiture des propriétaires, qui se mettent, jusqu'à la paix, sous la protection de Sa Majesté Britannique. — Je conserve donc aux Français le droit de rester Français, et je le conserve si bien, que le serment d'obéissance n'est prêté dans la colonie que jusqu'à la paix; mais je le conserve mieux encore, ainsi que vous l'allez voir : je reste député; les habitants de la colonie confirment le choix fait à Londres; les Anglais arrivent, occupent à peu près les deux tiers de la colonie et ne peuvent parvenir à s'emparer de l'autre tiers. — Alors, j'interviens auprès du gouvernement anglais, en ma qualité de député ; je dis aux ministres : « Tous savez que nous sommes restés Français ; vous combattez pour votre compte comme pour le nôtre une révolution anticoloniale; vous y dépensez beaucoup d'hommes et beaucoup d'argent. Le gouvernement français s'améliore ; une assez bonne composition dans les deux Conseils me fait croire que les principes conservateurs des colonies y prévaudront : votre objet sera rempli, si nous délivrons la Jamaïque de toute crainte d'insurrection, en nous en délivrant nous-mêmes. Je vous offre de vous débarrasser des deux tiers de vos dépenses; accordez-nous seulement un subside, avec lequel nous solderons des Espagnols; avec eux, nos nègres fidèles et nos milices, nous viendrons à bout des révoltés, si vous me permettez de négocier cet arrangement avec le Directoire en lui garantissant la restitution de Saint-Domingue ; et pour cela laissez-nous nous gouverner nous-mêmes. »

Ces propositions sont acceptées; je suis moi-même investi des pouvoirs du gouvernement, que je partage avec M. de Bouille : j'écris, avec la permission des ministres, au Directoire, aux deux Conseils ; j'adresse mes lettres à MM. Portali^, Marbois et Vaublanc, qui communiquent le tout au sénateur Barthélémy, alors directeur. — Ils me répondent que le Directoire n'enten-

dra à aucune proposition de ma part. Je gémis de son aveuglement ; je résigne les pouvoirs que j'avais reçus ; et comme j'avais préparé la colonie à ce changement de scène, sans pouvoir lui dire tout, quelques imbéciles persuadent à la tourbe que je les trahis, que je trahis le gouvernement anglais, que je suis devenu Jacobin, agent du Directoire. Un décret de leur Conseil révoque ma mission en me signalant comme traître; les papiers anglais publient ce décret, et le public à Londres, qui ignorait tous ces détails, me croit un moment sot ou perfide; et M. de Staliremberg \ aristocrate zélé, va trouver le duc de Portland pour me faire renvoyer d'Angleterre ; il en a bien été honteux depuis. — Tous les ^ministres anglais se récrièrent sur cette infamie; tous déclarèrent que j'avais servi mon pays avec leur consentement; et comme j'étais privé du traitement que me faisait la colonie, M. Pitt me fit donner, ma vie durabt, celui que l'on faisait au vice-amiral français, M. le comte d'Hector. Après le 18 brumaire, lorsque je vis le gouvernement consulaire établi, je remets le traitement, j'annonce mon retour en France avant d*en avoir reçu la permission; je l'annonce aux princes français et aux ministres anglais ; j'écris au consul Lebrun ; je reste six mois sans obtenir la permission de rentrer; je pars sans l'avoir obtenue; je suis arrêté à Dunkerque et exilé pendant un an, jusqu'à ce que le ministre de la police, instruit des faits, me dit : « Votre conduite a été telle, dans une ligne très-différente de la mienne, que je ne connais personne qui ne voulût l'avoir tenue. — Je pense comme vous, lui répondis-je, mais je n'en suis pas moins ruiné. »

Tels sont les faits, ,mon cher ami, sur lesquels je vous demande d'autant moins le secret, qu'ils seront tré»-publics un jour, ainsi que mes rapports avec les princes, et tout ce que j'ai fait d'efforts inutiles pour les mettre dans la route de leurs vrais intérêts. — Si M. Maret et vos personnages éminents ignorent

1 Ambassadeur de l'empereur; il a été question de lui, page 222.

538 CORRESPOiNDANGE.

tout cela, comme cVst probable, qu'ils consultent Fouché, qui a vu les preuves.

P, S. L'incorrection de mon style est un vice habituel; j*écris trop vite pour écrire purement, mais je corrige, si Ton

a la bonté de noter au crayon les négligences.

Certainement il y aura un supplément, c'est-à-dire un autre volume; mais il n'est pas fait \

Vous ne me dites rien de mes lettres philosophiques ', d'où je conclus que vous ne les aimez pas ; hé bien ! je ne vous en aime pas moins, et votre excellente femme.

' Voy. la note, t. II, page 251.

^ Ces lettres n*ont pas été publiées.

FIK DU TOME SBCOifO BT DBnBlIBII.

l'assemblée.

Les 5 et 6 octobre. — Projets de démission des députés. — Lally et Mounier. — Une opinion de M. Ferrand. — Intervention du public dans les séances de l'Assemblée. — M. Bouche. — Dénonciation à l'Assemblée d'une lettre de Malouet au comte d'Estaing. — Compte rendu de l'affaire • i à 26

Nouvelle démarche de Mirabeau. — Décret rendu sur la proposition de Lanjuinais. — Formation du club des Impartiaujç. — Adhésion du roi et de Madame Adélaïde. — Réflexions de l'auteur. — Réunions aux Grands- Au(][ustins. — Ouvertures faites à M. de La Fayette. — Réunions chei le duc de La Rochefoucauld. — Lettre aux Amis de la Paix. ... 27 à 60

Exposé de la conduite de Tauteur depuis l'ouverture des états généraux. 61 à 95

MORT DE MIRADBAU*

Dernière tentative pour arrêter la marche des événements. — Présidence de Mirabeau. ^- Rendez-vous pris chez Montmorin. — Un Mémoire de Mirabeau.*- Plan de contre-révolution. — Dernière conférence entre Mirabeau, Malouet et Montmorin. — Mort de Mirabeau. — Note pour les journaux et l'Assemblée 96 à 116

l'abbé ray»al.

L'Assemblée après la mort de Mirabeau. — ^ Réunion des citoyens. — La Fayette invité à se mettre à la tête du parti royaliste. — Rut du voyage de Varennes. — Gomment les intentions de la majorité se trouvaient annulées.

— Pensée de donner un successeur à Mirabeau. — Correspondance avec Tabbé Raynal. — Proposition d'un décret tendant à autoriser son retour.

— Projet d'adresse de l'abbé Raynal communiqué au président. — Lecture de l'adresse à la tribune. — Discours de Robespierre. — Effet produit dans l'Assemblée 117 à 136

BABNATE. Lk CONSTITUTION. FIN DE l'aSSEMBLÉE.

Le parti La Fayette et le parti Barnave. — Découragement de l'abbé Raynal.

— Nouveau projet d'éloigner le roi de Paris. — Le roi s'y refuse. — M. de Montmorin est tenu dans l'ignorance du voyage de Yarennes. — Ouvertures faites à Malouet par plusieurs députés de la gauche. — Lettre de Bouille à l'Assemblée. — Le roi prisonnier aux Tuileries. — Conversion de Barnave. — Il se rapproche de Malouet. — Chapelier. — Acceptation de la Constitution. — Opinion sur l'acte constitutionnel. — Deux lettres au comité de constitution , 137 à 192

Etat de la France et des partis. — Rôle de la minorité dans les assemblées. — Indécision du roi. — Insurrection de Saint-Domingue. — Un article du Patriote français, — Malouet renonce à quitter la France. — Déclaration de guerre à l'empereur. — Plan de défense à l'intérieur. — Mission donnée à Mallet du Pan. — Suppression de la garde constitutionnelle. — Le 20 juin. -~ La Fayette à l'Assemblée. — Correspondance avec Mallet du Pan , 193 à 220

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