Le sieur d'Inville (Catalogue des acte», ibid
3. Gercarop-sur-Canche, comm. de Frérent, cant. d'Auxyle-ChAteau, arr. de Saint- Pol (Pas-de-Calais).
4. Le sieur de Langej ne fut renvoyé au Piémont <iu'att mois d'août suivant. Voir V.-L. BourriUj, GmUUuume du BeUa^f p. 243, 252, n. 1.
Mai IftST] HUITIÈME LtVM. S7I
bla les capiUioes qui esloieni demourez avec luj ; ei parce qu'aucuns d*entreux jamais a'avoiciit veu la ville depuis le oonimencemeiit de la fortification, fut ad visé que tous eiij»euiblc Ut visituroieat, pour après rapporter cbMiiB ioo advis au conseil, pour donner ordre de ililifitBr lea ohoaet qui sembleroient eslre plus ha»- Uvea el ueenaairet. Après l'avoir visitée, se trouvèrent par opimoo eomuMine, que sans toucher au dedans de la ville (laquelle estoit plus que neoeasaire de remparer) il estoit impossible que de trois mois les boullevtrt ftnaent mis en deffence, esquels toutesfois consistoit la prindpalle espérance et force de la ville. A ces causes, pour mieux diligenter, fut advisé de distriiNjer les quartiers aux capitaines qu'ils devroient garder, avenant le siège, afin que chacun en son cndroict meit la main à l'oeuvre et feit besongner ses soldats avec les pionniers.
Au seigneur de Villeboo, lieutenant du Roy, csclieut à garder avec sa compagnie et mille hommes de pied des capitaines la Salle et Sainct Aubin, le grand boullevert qui {"espond au chemin tendant à Mouchy, au seigneur de Moiencourt avecques sa compagnie et les bandes du capitaine René de la Paletiere, le chasteau et le bouUevert qui couvroil ledit chasteau, à messire Martin du Bellay avec sa bande de deux cens chevaux légers et les gens de pied de Blerencourt et Yville, qui dévoient avoir chacun cinq cens hommes, les deux bastions d'embaa qui respondent vers Hedin et Dourlans, avec trots courtines qui attouchent ausdits boullevers. Ce département ainsi faict, un chacun meit la main à l'cBuvre, faisant diligenter les pionniers, besongnans eux mesmes à Tenvy; mais leur ouvrage
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paroissoit peu, veu la mauvaise assiette de la ville. Ne passa la Hn du mois de may qu'ils eurent nouvelles comment Tennemy dressoit une grosse armée à Laos, en Artois, et autres lieux ciroonvoisins, desquelles nouvelles il leur sembla devoir adverUr le Roy et demander renfort de gens; car en effecl les bandes estoient tort mal complettes, et sur le nombre de trois mille hommes de pied qu'ils dévoient avoir il en defTailloit plus de XV cens et des cent hommes d'armes n'en avoient pas quatre vingts, ne des deux cens chevaux légers plus hault de huict vingts. Sur ce leur fut respondu que de bricf ils auroient le renfort qu'ils deroandoient ; et cependant furent envoyez vers eux le jeune Picquet, commissaire des guerres, le seigneur de Marivaulx^ avecques aident pour faire la reveue des gens de guerre et les payer, aussi pour faire discretioo des vivres et munitions et de tout en faire rapport au Roy. Au devant d'eux fut envoyé escorte de ceux de S. Paul, jusques près de Sercamp, car jusques là furent conduits par ceux de Dourlans. Advint que lesdits commissaires ne furent si tost retirez à S. Paul qu'il vint alarme de gens fuyans des champs à la ville qui disoient avoir veu les ennemis près de là, pillans les pals et amenans butins et prisonniers. Soudain remonta à cheval une trouppe d'hommes d'armes de la compagnie du sieur de Moiencourt et le sieur Martin du Bellay avec ses chevaux légers, le sieur de Moiencourt marcha au pas, ledit du Bellay se mist devant, suivant le chemin que leur monstroient les fuyans, et gueres ne marchèrent avant qu'ils eurent nouvelles
1. Jetn de lisle, tient de MtriTaux, né en 1500, mort en 1572. Voir Catalogue des aeuê, t. VHI, n«< 29337, 29400.
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comme les ennemis avoicnt pillé te village de Stinct Martin, et amenoient prisonniers aucuns des chevaux légers dudit du Bellay, lesquels ils aYoient mis en garnison audit chasteau de Sainct Martin, en se retirant de b cooduitte di-inlits coninii^saires; ces nouvelles entendues, ib poursuivirent lesdits eonemis à trois lieues kMog de S. Paul et quatre d'Arras, et, les ayans attains, il les chargèrent et recouvrèrent tout le butin et les priaouoiers et prindreot des leurs cinq hommes de eberd et quelques gens de pied.
Dès le viir jour de juin, le seigneur du Reux, qui •voit la conduitte de Tavantgarde de TEmpereur, accompagné de mille ou douze cens chevaux, vint recognoistre la ville et visiter les avenues, pour choisir lieu convenable à planter son camp ; à l'endroit de la justice patibulaire de la ville, il s'adressa pour regarder le psSs; à ceux de dedans sembla estre chose à eux deshonorable s'ils ne sailloient au devant de luy, et pour ce meirent ils un nombre de gens de cheval de toutes bandes dehors qui luy dressèrent l'escarmouche , où il y eut quelques lances rompues et un homme d'armes des leurs prins, qui estoit de la compagnie du seigneur d'AustratS par le rapport duquel on sceust que tout leur camp estoit à Aubigny, deux lieues près d*Arras. Mais, pour en entendre nouvelles plus certaines, fut advisé que sur soleil couché le capitaine Martin du Bellay iroit celle part avec une trouppe de ses chevaux légers pour y arriver devant le jour et essayer de prendre quelqu'un pour sçavoir si le rapport dudit homme d*arroes prisonnier seroit certain. Ainsi qu'il fut ordonné il fut exécuté : lesdits chevaux
i. Probabiement Antoine de Lalaing, comte de Hoogstraten.
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légers marchèrent sans bruit jusques auprès d'Aubigoy et là par le grand nombre de feux cogneurent oei^ tainement (|ue leur camp y estoit logé ; puis ledit du Bellay coupant entre leur guet et leurs s<*ntinelles avec dix chevaux, se renversant sur le chemin de sa retraitte, emporta leursdittes sentinelles et fut sur sa retraitte avant que leur camp fust à cheval ; par iceux prisonniers ils sceurent asseurement que Tintention des ennemis estoit de venir assiéger S. Paul. Il fault noter que la délibération du comte de Bures n*estoit de si tost assaillir Sainct Paul, mais d'aller chercher le comte Guillaume de Fustemberg, qui estoit logé près de la ville de Dourlans, car il luy sembloit bien qu*ayant desfaict le régiment d*Âllemans dudit comte, il auroit bon marché et de Dourlans et de S. Paul. Mais le seigneur de Licque, lieutenant du duc d*Arscot, estant allé rebourser le chemin entre Dourlans et S. Paul, rencontra un messager qui estoit sorty de Sainct Paul, envoyé de la part d'un Italien, que Ton nommoit me*sire Francisque, qui avoit charge dedans la place de conduire pionniers, et portoit ledit messager lettres de son maistre a un gros personnage estant près de la personne du Roy, par lesquelles il luy faisoit entendre la débilité de la place ; mais que, si Tennemy leur donnoit temps de vingt jours, il esperoit que la place meriteroit bien faire recevoir honte à l'enoeroy. Monsieur de Bures, ayant ces nouvelles, changea d*opinion, car laissant le chemin de Dourlans, tourna la teste à S. Paul. Et le dimenche, iieuHesme jour de juin, au matin, environ soleil levant, appanit leur avantgarde devant le bastion d'embas tirant droict à Dourlans, et la oonduisoit le comte du Reux, grand maistre
Juin I&17] MtinÈIIB uvn. 975
de l*Siilperetir, lequel efi passant avoit prins le cbasteau de Saiool Muriio par composition, où y avoit seulement cinq hommes qu*on y avoit laissez pour fermer la porte, en retirant le plus grand nombre qui y estoit auparavant .
A l'arrivée de Tavantgarde se dreatt rescarmouche par ceux de dedans, tant de gens de cheval que de gens de pied, sans que les ennemis prinssent avantage sur eux parce que ceux de dedans avoient pourveu d'arquebuserie tous les cavins et lieux avantageux pour les soustenir, et dura laditte escarmouche jusques environ niidy; et cependant arriva le comte de Bures, lieutenant gênerai de TEmpereur, lequel se vint loger aveoques la bataille audit lieu de Saiocl Martin et aux environs. Sur le soleil couchant, à l'assiette du guet de Pavant garde, se renforça l'escarmouche par ceux de la ville au devant dudit bastion, mais seulement de gens de pied, car ceux de cheval ne pou voient plus sortir, à cause que l'on avoit desja reparé la porte parce qu'elle ne valloit rien. Au lendemain, tout le camp passa le ruisseau (|ui court au long du village de S. Martin et vindrent passer par le hault au dessus du chasteau, entre la forest et ledit chasteau, et logèrent une partie de leurs gens de pied en un gros village qui est au dessus du grand l>astion -et le reste de leur armée, tant de cheval que de pied, au long de la prairie qui tire droit à Mouchy, parmy les prez, hayes et villages à l'entour. Leur guet ordinairement estoit de mille ou douze cens chevaux et deux mille hommes de pied sur le chemin qui vient entre Hedin et Dourlans, car ils doutoicnt tousjours que la garnison de Dourlans, qui estoit forte tant de gens de cheval que
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de pied, joincte avec celle de Hedto, leur viot donner une eslroitte et mettre leur camp en desarroy.
Or est il que pour venir de leur camp changer ce guet il leur convcnoit passer devant le boullever d'embas, où estoient leurs chevaux légers et les gens de pied picards, lesquels faisoient leurs saillies par une canonnière; par(|uoy ordinairement au changement du guet du malin l'escarmouche duroit jusques sur le midy, où tous les bons compagnons du camp impérial ne failloient jamais à se trouver ; aussi faisoient ceux de dedans, car ils avoient la plus belle plaine qu*il estoit possible pour dresser l'escarmouche ; et pareillement au changement du guet du soir se faisoit le sem> blable jusques à la nuict. En ces escarmouches furent plusieurs blessez, tant d'une part que d'autre : et entre les autres le seigneur de Gomicour', guidon du seigneur du Reux, eut un coup d'arquebuse à travers du corps, dont il fut en très grand danger, mais depuis il hit guery . Les ennemis, durant cesdites escarmouches, ne perdoient toutesfois temps à faire leurs approches en la plus grande diligence qu'il leur estoit possible* car ils craignoient que le Roy, qui a voit encores bon nombre de gens ensemble, remeist son camp sus et vint pour secourir la ville (comme de faict il fust advenu, si laditte ville eust peu résister quelque temps à si grande force), et faisans leurs approches tiraient ordinairement aux deffences de la ville, et principalle-
1. Peut-être Adrien de Gomicourt, chevalier, sieur 4» Goroicourt, qui avait épouse Anne de Poix, dame de lifne» rf>uil, fille afnéfî du iieur de Ligncreuil, dont il a ili question ci-drs9us, p. 359, n. 3. II mourut en 1542 des suites de la blessure reçue au siège de Saint- Pol.
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ment à b grosse tour du chasteau, parce qu*au bsult d'icelie on avoit guindé une longue coulevrine qui leur doonoit de l'ennuy beaucoup à faire leurs approches. Le mercredy au matin, qui fut le xu jour de juin, ceux de la ville commencèrent à desoouvrir les trenobées des ennemis, et voyans qu'ils faisoieot kars approdies pour faire batterie depuis la porte qui va à Moucliy jusi|uei> au petit bastion qui avoit esté faict à Tendroit de la porte de Hedin (et en eflfect c*esU>it le plus débile endroict de la ville, car il n*y avoit ny fbsié, ny rempart, ny defTence aucune que dudit bastino, lequel n'estoit encores si liaull qu'il ne fust dominé par deux montaignes qui regardoient dedans), les capitaines s'assemblèrent pour adviser qui prendroit la charge dudit lieu et de deflfendre la bresche si elle 8*y faisoit.
Geste charge escheut au capitaine Martin du Bellay avec ses chevaux légers et au capitaine BlerencouK avec ses gens de pied, et que le capitaine Y ville demeureroit avecques les siens à la garde du bastion devers Dourlans. Ce jour, en faisant les approches, fut blessé d*un coup d'arquebuse venant de la ville le capitaine Conrad de Bemnelbergh^ surnommé au camp impérial le petit Hesse, duquel coup toutesfois il fut depuis guery. Environ quatre cens pas contenoit la longueur de la courtine qui estoit l>aillée en garde avecques ledit t>astion aux susdits du Bellay et Blerencourt, et n*y avoit en toute ceste longueur commencement de fossé nyde rempart et n'avoit point la muraille plus de trois bons pieds d'espoisseur, de sorte que le nombre de
i. Conrad de Bemmelberg, seigneur d'Ehingen dant le Warteml>erg, cbeiralier de U Toison d'or.
S78 latMOiRBS me mastin du bkllat. [Juin IS91
pionniers qu'ils avoienl estoit fort petit au regard de grand ouvrage, toutesfois cliacun y mettoit la main comme pour soy et pour sauver sa vie et hooneur et acquérir réputation. Les capitaines ne partoient point de dessus le lieu, t)esongnans eulx mesmes et donnans courage aux autres et faisoient apporter à boire et à manger sur le lieu pour départir aux compagnons, mais Tentreprisc estoit si grande que la journée de tous y paroissoit peu, joinct qu'ils estoient contraincts de consumer autant de temps à desmolir et abbattre les maisons voisines et contigues la muraille comme ils faisoient à pionner et remparer; et telle estoit la diligence de Tennemy, que faisant les approches de ce costé il ne se reposoit de Tautre.
Au dessus du grand bastion d'en hault y avoit un grand chemin creux qui excusoit Tennemy de faire trenchées, et n'avoient eu ceux de la ville loisir de Tesplanader pour la soudaine arrivée du camp impérial. Par là vindrent les ennemis à couvert et dès le mardy environ midy avoient gaigné le pied de la poincte dudit grand boullevert, sans pouvoir estre aucunement deslogez de ceux de dedans, et arrivez qu'ils y furent ne cessèrent de sapper et jour et nuict jusques au jeudy ensuivant, qui fut le xnii de juin, et par là donnèrent l'assault, ainsi que je vous diray cy après. Ceux qui avoient la charge du pan de mur que j'ay prédit, quelque difficulté qu'il y eust pour les coups de canon qui ordinairement donnoient parmy eux et le peu de gens qu'ils estoient, avoient toutesfois usé de telle promptitude, sans perdre temps ne jour ne nuict, qu'au troisiesme jour ils eurent remparé plus de cent pas, commençant depuis la porte jusques à un
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Hostel Dieu qui touchoit contre la muraille, où ils furent oontraincts d'interromprt* l'entreprise pour abt>aUre ledit Hostd Dieu, cliose qui ne se pouvoit si legerennent faire. Et ledit troisiesnic jour, (|ui fut le vendredy quinziesme du mois, les ennemis ayans faict leurs approches, envoyèrent un trompette avccques un Hérault et le (»pilaine Tonnoire, espagnol, capitaine de Gravelines, au petit t)astion qui estoit à la porte de Hedin, environ le soleil levé, lesquels sommèrent le sieur de Villetwn et autres capitaines qu'ils eussent à rendre la ville, pour et au nom de l'Empereur, es mains du comte de Bures, gouverneur et lieutenant gênerai pour Sa Majesté Imperialle en tous ses Pais Bas, dedans xuiu heures, autrement estans forcez (comme il estoit apparent, veu la débilité de la place), il les feroit tous passer au (il de i'espée; à quoy fut respondu par ledit seigneur de Villebon et autres capitaines qu'ils avoient charge du Roy, leur maistre, de la garder pour et en son nom et que jusques à la mort ils en feroient leur plain devoir. Lesdits capitaines et herault, après plusieurs remonstrances faictes, s'en retournèrent porter response et se plaignirent qu'aucuns soldats en manière de dérision leur avoient dit qu'ils attendissent à sommer Sainct Paul jusqu'à ce qu'ils eussent prins Peronne, et que Peronne prinse, s'ils retournoient sommer S. Paul, ils pensenoient alors ce qu'ils devroient respondre.
Le seigneur de Bures, la response ouie, feit coromenoer la batterie depuis le portail où estoit l'horloge jusques au tMuilevert où estoit la porte de Hedin et dura laditte batterie continuelle depuis les quatre heures du matin jusques à cinq heures du soir, pendant
380 MÉMOmiS DI MAITIN DD BILLAT. [Juin 1537
lequel temps il fut tiré par compte faici le nombre de seize à dix huict cens coups de canon, de manière que la brèche pouvoit avoir ouverture de trois à quatrt cens pas et à la pluspart des lieux on y pouvoit bien monter à cheval. Et fault entendre (|ue du costé de Dourlans, en un liaull lieu qui regardoit dedans le bastion, ils a voient mis sept ou huict pièces qui contraignirent ceux de la ville d'abandonner ledit bastion, qui estoit leur principalle ou (pour mieux dire) seule deffence. Cela faict, ils vindrent donner un assault, avecques environ de cinq à six cens hommes, non pour intention d'entrer en la ville de oeste poincte, mais seulement pour recognoistre la brecbe et au demeurant faire selon que l'aventure en donneroit occasion, et bien pou voient lesdits six cens hommes venir au pied de la brèche à seureté, car le bastion (comme je vous ay dit) estoit du tout habandonné et ceux de dedans esloient contraincts de se tenir couchez sur le ventre à l'endroit de la brèche, car autrement ne se pouvoient ils garantir des pièces qui estoient au dessus, lesquelles battoient tout le long de la brèche par dedans et avoient faict si grand meurdre de ceux qui remparoient et abbattoient les maisons pour remparer, que de ce qui estoit ordonné pour deflciidrc la brèche plus du tiers estoient morts ou tellement blessez qu'ils ne pouvoient faire aucun service.
Les ennemis, ayans recc^neu la brèche, ordonm^rrat autres sept ou huict enseignes pour se venir jetter au fossé qui separoit le grand bastion d'avec la ville, lequel estoit assez competemmenl profond en terre freiche. Or est il que pour entrer de la ville dedans
loin 1537] HUlTIÉlfl UVRI. Stl
ledit bouUevert falloit passer par le fons dudit fossé ; et parce qu*on n'a voit eu le loisir de faire deux cour> tiiies pour joindre ledit boullevert avecques la ville, ou a voit seulement faict deux courtines de vaisseaux à vin plains de terre pour b defTense dudit chemin qui alloit par le fons dudit fossé du bastion en la ville, et ce faict, meirent le feu dedans les estançons qui sous> tenoieot la poincte dudit bastion, où ils a voient sappé les jours passez, de sorte que laditte poincte alla par terre et quand et quand tombèrent es trenchées des eonemis tous ceux qui estoient sur laditte poincte à la dcflbnoe. Parquoy incontinant donnèrent Tassault par ledit endroit, où ils furent très bien recueillis par les ospitaines La Salle et Sainct Aubin avecques leurs gens et jamais ils n'eussent prins le bastion par là, mais tandis qu'ils donnoient l'assault, ceux qu'ils avoient faict descendre au fossé tournouyerent tant qu'ils arrivèrent à laditte courtine faicte de poinsons, laquelle ils trouvèrent gardée seulement de vingt cinq ou trente arquebusiers, lesquels ils forcèrent incontinant et meirent en fuitte, parce que depuis qu'ils eurent gaigné le fons du fossé ils estoient à couvert de toutes parts. Aucuns des fuyans se retirèrent dedans le bastion ; autres par la porte qui alloit de la ville au bastion, qui estoit par dessouk» terre, se retirèrent dedans la ville; les uns et les autres furent suivis par les ennemis qui entrèrent pesle mesle avec eux. Ceux qui deifendoient le bastion contre l'assault qui se donnoit à la poincte ne se donnèrent garde qu'ils veirent derrière eux quatre enseignes de Bourguignons et se veirent assaillis par deux costez ; tout ce (jue vertu et
an MÉMOIRSS DB MARTIN OU BELLAY. (Join t&37
force naturelle peuvent faire de resistence ils y feirent, inais le grand nombre vainquit le petit» tous furent tuez et taillez en pièces ou bien peu s'en fault. Sainct Aubin, son lieutenant et enseigne y furent tuez, La Salle prins, mais si blessé que peu après il en mourut, son lieutenant et son enseigne y moururent pareillement, aussi feit le portenseigne du seigneur de Villelion, nommé Sainct Martin*.
Piise de Saint Haul. — Cependant que telle exécution se faisoit, Tassault continuoit tousjours à b brèche, d'entre la porte de Uedin et le portail de Thorloge, et se defîendoient très bien ceux de dedans et desja avoient soustenu un furieux assault, ne sçachans rien de ce qui s'estoit faict dautre costé, quand ceux qui estoient entrez dedans la ville par la porte du grand bastion, après avoir gaigné le marché, tirèrent droict à laditte brèche et furent les deffendans assaillis par devant et par derrière. Le seigneur de Moiencourt, capitaine de cinquante hommes d'armes, qui estoit venu du chasteau au secours de son compagnon le capitaine Martin du Bellay, ayant l'un des bouts de la brèche en garde, le plus proche de laditte place, sentant Tennemy à son cul, tourna la teste droit au marché, auquel lieu il fui tué, et auprès de luy son frère, sieur d'Yve', ei tout ceux qui l'avoient suivy. Les ennemis, suivant leur poincte, vindrent donner par le derrière à la brèche, où estoit ledit du Bellay, là où estans assaillis par devant et par derrière furent massacrez vil" de la