Ms. : contraire et au desavantage du Roy
3. Ms. : alliances quil avoit avecques le Roy presta V oreille à l'Empereur, tellement quil feit ligue avecques luy par laquelle Hz dévoient à fraiz communs chasser les François d'Italye et devoit demourer au Pape pour sa portion Parme et
172 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Mai 1521
traitiez qu'il avoit eus par cy devant avecques le Roy (ainsi que j'ay dit), comme léger, commença à traitter une ligue avecques l'Empereur ^ par laquelle lesdits Pape et Empereur promettoient ensemblement chasser les François d'Italie à frais communs ; et pour sa part le Pape devoit avoir Parme et Plaisance qui seroient patrimoine de l'Église, à laquelle ligue estoit compris Francisque Sforce , fugitif en Allemagne, et frère puisné de Maximilian, nagueres duc de Milan, qui avoit remis son droit entre les mains du Roy ; lequel Sforce dévoient lesditz Pape ei Empereur faire à frais communs duc de Milan et luy maintenir ledit duché avecques les armes. Or, en ce temps, un sénateur de Milan nommé Hieronime Moron (homme auquel le Roy avoit faict beaucoup de biens, mais puis nagueres s'estoit mal contenté, pour avoir esté refusé du Roy, d'une maistrise des requestes de son hostel) se retira devers le Pape et devers Francisque Sforce, leur promettant de troubler Testât de Milan et faire de grandes révoltes; ce qu'il feit, et sans point de faute il servit d'un grand instrument à nous chasser du duché de Milan.
Plaisance et en ladicte ligue estoit comprins Francisque Sforce, fugitif en Alemagne, frère puisné de Maximilian^ nagueres duc de Millan, lequel le Pape et Empereur dévoient a fraiz communs faire j'oir du duché de Millan et luy maintenir avecques les armes. Mais ladicte ligue demeura longtemps entre eulx sans estre publiée pendant qu'ilz verraient en quel estât se porteraient les affaires de pardeçà. En ce temps, Hieronyme Moron, sénateur de Millan, homme de bonne cervelle, estant refuzé par le Roy d'une maistrise, etc.
1. Le traité fut signé le 29 mai. Voir Dumont, Corps diplomatique, t. IV, II, p. 96.
Mai-juin 1521] PREMIER LIVRE. 173
Couleur de la deffiance du pape Léon avec le Roy. — Pour* suivre ce que j'ai cy-devant commencé, je vous reciteray l'occasion pour laquelle le Pape estoit entré en deffience avecques le Roy, encores qu'il n'en eust donné aucune chose à cognoistre, jusques à ce qu'il en veit le moyen ; [mais] voyant le feu allumé du costé de deçà tel que j'ay predict, commença à dresser ses pratiques. Le seigneur de l'Escut, frère du seigneur de Lautrec, lequel (pendant que mondit seigneur de Lautrec estoit venu en France pour espouser la fille du seigneur d'Orval, qui estoit de la maison d'Albret) estoit, en son absence, demouré lieutenant du Roy, adverty que quelques bannis du duché de Milan s'estoient retirez à Busset^, place appartenante au seigneur Ghrestofle Palvoisin^, envoya'^ devers ledit Pal voisin luy faire deffence de par le Roy de ne retirer lesdits bannis, ennemis du Roy. Cependant celuy qui estoit envoyé de par mondit seigneur de l'Escut, nommé Cardin de Crémone, alla en une sienne maison près de là , pour mettre ordre à ses affaires ; mais incontinant fut rapporté audit Palvoisin que ledit Cardin estoit venu pour l'espier, parquoy il le feit
1. Le début de ce paragraphe est remplacé dans le ms. par la phrase suivante : Pendant que ces choses se faisaient, le mareschal de Foix adverty, etc.
2. Busseto, au nord-est de Firenzuola, sur l'Ongina, petit affluent du Pô (duché de Parme).
3. Cristoforo Pallavicini, fils de Pallavicino Pallavicini et de Catarina Fieschi. Il avait été au service de la France, lors de la ligue de Cambrai; puis il se rangea au parti de Sforza et fut fait prisonnier à Marignan. Il se retira ensuite à Busseto.
4. Ms. : luy manda qu'il eust à les mectre hors comme ennemys du Roy.
174 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Juin 1521
prendre, et luy donner tant de traits de corde qu'il confessa estre venu pour cest efFect. Après laquelle confession, le voulut faire condamner par son potestat à estre pendu et estranglé, ce que ledit potestat refusant de faire, ledit Palvoisin luy-mesmes le condamna et le feit exécutera
Cestuy Palvoisin estoit riche au Plaisantin et Parmesen^ de vingt-cinq mil ducats d'intrade^, et estoit aagé de lxx ans, bien allié, tenant grande despence, en la maison duquel un chacun estoit bien venu; lequel^, voyant le mandement à luy faict, ne voulut soustenir lesdits bannis en sa maison, et se retirèrent à Rege, terre de l'Église, encores que par traitté le Pape et le Roy ne les deussent respectivement soustenir en leurs terres. Et avec iceux bannis se retira un grand nombre d'autres, tellement qu'on estimoit le nombre de ceux que le seigneur de Lautrec avoit bannis de Testât de Milan aussi grand que celuy qui estoit demouré. Et disoit-on que la plus grande part a voient esté bannis pour bien peu d'occasion, ou pour avoir leurs biens; qui estoit cause de nous donner beaucoup
1. Ms. : le feit pendre et estrangler, c/iose que le maresclial de Foix print à grand desdaing.