‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 111 sur 223 · Le 23 juin · texte numérisé non relu

Le 23 juin

17G MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Juin 152i

un, accompagné de quatre cens honmmes d'armes, partit pour aller audit lieu de Rege demander au comte Guy de Rangon^, alors gouverneur dudit lieu pour le Pape, qu'il luy livrast entre les mains lesdits bannis, suivant le traitté. Puis, estant à deux mille près dudit Rege, laissa la plus grande part de sa gendarmerie, et s'en alla à Rege, accompagné du seigneur Alexandre Trevoulce-, chevalier de l'ordre du Roy et capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances dudit seigneur. Et envoya le chevalier d'Ambres qui portoit le guidon de sa compagnie et le seigneur d'Estay^, guidon de la compagnie du marquis de Salluces, Miquel Antoine'^ avec les archers desdites deux compagnies, se jetter à la porte qui tire à Modene, craignant que, pendant qu'il parlamenteroit avec ledit de

1. Guido Rangone, comte de Spilimberto, né le 12 juillet 1485, tour à tour au service des Médicis, de Clément VII, de François I"'", chevalier de l'Ordre (1527), mort le 13 janvier 1539. Cf. E. Picot, les Italiens en France au XVP siècle, dans le Bull, ital., t. I, p. 114-115.

2. Alessandro Trivulzio, sieur de Sartirana, fils de Gian- Ferrao ïrivulzio et de Marguerite de Valperga, chevalier de l'Ordre, capitaine de trente lances à la place de Gian-Giacopo ïrivulzio (22 décembre 1518). Il mourut, à Parme, le 25 juin 1521. Voir la lettre de Lescun au Roi, 26 juin [1521]. Bibl. nat., ras. fr. 2992, fol. 15-16 : il indique les termes de l'accord conclu avec Guido Rangone.

3. Manaud d'Aure, vicomte d'Aster, second fils de .Tean d'Aure et de Jeanne de Foix-Béarn, mariés le 15 janvier 1484, homme d'armes à la compagnie du sieur de Lescun, puis à celle de Michel-Antoine, marquis de Saluées, capitaine de gendarmes (1529), mort le 5 juin 1534.

4. Michel-Antoine, marquis de Saluées, fils aîné de Louis II de Saluées et de Marguerite de Foix-Candale, né le 20 mars 1495, débuta à Agnadel, capitaine de gendarmes en 1517.

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Rangon, les bannis ne se sauvassent par ladicte porte.

Estant donc arrivé audit lieu de Rege, ledit seigneur de l'Escut demanda de parler au gouverneur, lequel sortit hors la porte, plus avant que la barrière, et ledit seigneur de l'Escut descendit à pied. Pendant leur parlement, l'alarme se donna dedans la ville, et fut crié de dessus la muraille audit gouverneur que l'assault se donnoit à la porte de Modene. Laquelle chose entendue, le comte Guy dit à mondit seigneur le mareschal : « Monseigneur, entrez dedans pour donner ordre à voz gens, qu'ils ne facent quelque effort. » Mais, entrant dedans, quelqu'un de la ville, estant sur la muraille, tira un coup d'arquebouze, duquel fut frappé à travers le corps le seigneur Alexandre Trevoulce, et cinq ou six jours après il mourut dedans Parme. Soudain le bruit vint à la gendarmerie, demeurée à deux mille près de Rege, comme ledit mareschal de Foix estoit arresté prisonnier dedans ladite ville, parquoy y eut de diverses opinions : les uns estoient d'opinion qu'on marchast à toutes brides droit à la ville, pour veoir s'il y auroit moyen de recourre leur chef; autres, au contraire, qu'on devoit retourner à Parme pour sauver la ville, pensans que ce fust une chose apostée, et que, pendant qu'ils seroient dehors, la ville ne fust surprise.

Estans en ces disputes, arriva le mareschal de Foix, relâché par le comte Guy, lequel alla loger à dix mille de Rege, dedans les terres de l'Eglise ; auquel lieu se vint joindre avecques luy le seigneur Federic de Bozzolo^, accompagné de quatorze à quinze cens

1. Ms. : Fédéric de Baugé. C'est ainsi qu'il est toujours appelé dans le ms. Frédéric de Gonzague, sieur de Bozzolo et I 12

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hommes de pied. Le mareschal de Foix, cognoissant bien que les choses ainsi arrivées pourroient tourner à conséquence, et que le Pape, qui desja estoit en quelques traittez avecques l'Empereur, là dessus pourroit prendre couleur d'entrer en ligue et rompre avec le Roy, depescha le seigneur de la Motte au Groiiin*, porteur d'enseigne de la compagnie du seigneur Louis d'As 2, lequel il envoya en poste devers le Pape, pour luy remonstrer que ce qu'il avoit faict n'estoit pour entreprendre ny sur luy, ny sur Testât de l'Eglise. Le Pape luy feit response en grande colère, que mondit seigneur le mareschal avoit logé sur ses terres en armes, comme ennemy, et qu'il feroit cognoistre au Roy le grand desservice qu'il luy avoit faict; puis excommunia et interdit ledit mareschal de la communion de l'Eglise^. Le mareschal

marquis de Baugé, fut tour à tour au service de Florence, du duc d'Urbin et de la France, capitaine de gendarmes, chevalier de l'Ordre, mort en 1527.

1. Marc le Groing, vicomte de La Mothe au Groing, gentilhomme de la Chambre (1519), prévôt de l'hôtel du roi (1533). Voir Bibl. nat., fr. 2931, fol. 99, la lettre qu'il adressa à François P"", de Rome, sans date (début de juillet), pour lui annoncer sa mission. « Moy arrivé, je trouvé Sa Saincteté fort troublée et en rupture avec vous. » Cf. la lettre de Lescun au comte de Carpi, ms. fr. 2931, fol. 71-72; Sanuto, Diarii, t. XXXI, col. 12, 54, lettres de Rome des 1, 6-8 juillet.

2. Louis d'Ars, sieur d'Ars, s'était distingué dans les guerres d'Italie sous Louis XII, capitaine de 50 lances, mort à Pavie en 1525.

3. Voir le texte de la bulle d'excommunication du Pape contre Thomas de Foix, lieutenant de M. de Lautrec au duché de Milan, pour avoir pris la ville de Reggio, « Sexta Calendas Augusti » [17 juillet 1521]. Bibl. nat., ms. fr. 2831, fol. 127- 132, Dupuy 89, fol. 74-78; Sanuto, Diarii, t. XXXI, col. 498-503.

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de Foix demoura audit lieu où il estoit environ dix ou douze jours, toutesfois sans faire guerre, puis retourna à Parme, auquel lieu le vint trouver le seigneur de Pontdormy, gouverneur dudit lieu, ayant esté depesché du Roy, lors estant à Dijon, pour faire entendre son intention audit de Foix ; laquelle estoit, entre autres, de ne rompre avecques le Pape, ne voulant avoir deux ennemis tout à un coup sur les bras. Parquoy, laissant dedans Parme le seigneur du Pontdormy pour chef, se retira ledit mareschal à Milan, parce qu'il fut adverty qu'on y disoit qu'il estoit tenu prisonnier à Rege, ce qui avoit fort estonné les serviteurs du Roy.

La fouldre emporte la grosse tour du chasteau de Milan. — Or, avoit ledit seigneur de l'Escut (voyant l'assemblée des bannis) mandé à Milan pour luy estre envoyée une bande d'artillerie; et par ce qu'il n'y avoit chevaux pour la mener, furent empruntez les chevaux des chariots des dames de Milan, lesquelles les presterent libéralement. La veille de sainct Pierre ^ le commissaire et contreroolleur de l'artillerie vindrent au chasteau devers le capitaine Richebourg, capitaine dudit chasteau, pour avoir ladite artillerie et munitions, lequel feit quelque difficulté de la livrer; à ceste cause se retira ledit commissaire devers l'evesque de Couserens^, qui estoit demouré lieutenant du Roy à Milan.

Pendant lequel temps la fouldre du ciel, environ les six heures du soir, tomba sur la grosse tour du

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