DEUXIESME LIVRE
des Mémoires de messire Martin du Bellay, chevalier de l'Ordre du Roy, des choses advenues en France de son temps jusques au trespas de très louable mémoire François premier de ce nom.
Année i52i. — En ce temps, la ligue d'entre le pape Léon et l'Empereur estoit du tout jurée et confirmée, en laquelle entrèrent le seigneur Federic de Gonzague, marquis de Mantouë et les Florentins; et, par commun consentement, avoient esleu pour chef de ladite ligue le seigneur Prospère Colonne, baron Romain, lequel a voit esté surpris, comme avez entendu par le précèdent livre, en l'an mil cinq cens quinze, dedans Villefranche. Ledit Gonzague, marquis de Mantouë, avoit esté nourry en sa jeunesse en la cour du roy Louis douziesme de ce nom, et le roy François, venant à la couronne, luy donna cent hommes d'armes, desquel, il feit lieutenant l'escuyer Boucar, nommé de Reffuge ; ledit Boucar voulut commander à ladite compagnie, disant que le marquis n'avoit que le tiltre et honneur, mais qu'à luy appartenoit d'y commander, et mesmes pourveut à l'enseigne et au guidon. Le marquis trouva cela de mauvaise digestion, toutesfois le dissimula, puis quand il veit le temps que le Pape et le Roy estoient en amitié, demanda congé au Roy d'accepter du Pape l'honneur qu'il luy offroit, de le faire Confanonnier de l'Eglise, chose que le Roy luy accorda. Puis, voyant l'occasion qui se présenta, d'au-
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tant que le Pape se déclara ennemy du Roy, renvoya au Roy son ordre et fut faict gênerai de l'Eglise.
Armée de V Empereur. — L'Empereur ordonna le seigneur Ferrand d'Avalon, marquis de Pesquaire*, pour se venir joindre aux dessusdits, avec les quatre cens hommes d'armes du royaume de Naples. Et en ce mesme temps, arriva le seigneur Hieronyme Adorne^; lequel amena trois mille Espagnols nouvellement descendus; tous lesquels, avec leurs forces, s'assemblèrent à Boulongne-la-Grasse, où ils conclurent de marcher à Parme, laissans le marquis de Pesquaire avecques trois cens hommes d'armes, et quelque nombre de gens de pied sur les confins du Mantoûan, pour favoriser quatre mille lansquenets et deux mille grisons qui venoient à leur service, craignans que les Vénitiens leur empeschassent le passage par leurs destroits.
Armée du Roy. — Le seigneur de Lautrec, adverty que l'armée de l'Empereur prenoit le chemin de Parme, y envoya le mareschal de Foix, son frère, avecques sa compagnie de cent hommes d'armes, et si peu d'hommes qu'il peut trouver promptemenl ; auquel lieu il trouva le seigneur Federic de Bozzolo, avec deux mille hommes de pied Italiens, et le sei-
1. Fernando-Francesco d'Avalos, marquis de Pescaire, fils aîné d'Alphonse d'Avalos et d'Hippolyte Diane de Cardona, né à Naples en 1490, mort au début de décembre 1525.
2. Girolamo Adorno, fils d'Agostino Adorno et d'Argenta de Guglielmo, gouverneur de Gênes (1513). Après la prise de Gênes par Fregoso, il se réfugia auprès de Charles-Quint, guerroya dans la province de Gênes (1521-1522), fut à la bataille de la Bicoque ; envoyé comme ambassadeur à Rome, Ferrare, Venise, il mourut en 1523.
188 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Août 1521
gneur du Pontdormy, avec sa compagnie de cinquante lances, et les cent hommes d'armes Ecossois, estans soubs la charge du seigneur d'Aubigny, conduite par le capitaine Lucas, son lieutenant, et la compagnie de Philippe Chabot, seigneur de Brion, de quarante hommes d'armes, conduite par le capitaine Paris ^ gentilhomme de Dauphiné, son lieutenant, homme de bonne réputation ; celle du capitaine Louis d'As, de soixante hommes d'armes ; celle du comte de Sainct- Pol, de trente hommes d'armes, et le seigneur Jean Hieronyme de Chastillon^, et le comte Ludovic de Bellejoyeuse^, ayans charge de gens de pied Italiens. Les ennemis, partans de Rege, où ils avoient faict séjour de six sepmaines, marchèrent tous ensemble jusques à un torrent*, à six mille de Parme, lequel sépare le duché de Milan d'avecques le territoire de Rege, qui est terre d'Eglise, sans courir les uns sur les autres. Les ennemis séjournèrent sur ledit torrent environ quinze jours ; au boutdesdits quinze jours ils passèrent le torrent et entrèrent à main armée dedans les terres du duché de Milan, qui fut la déclaration de