‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 119 sur 223 · Au bout de la Strada Maestra, du côté de l'ouest · texte numérisé non relu

Au bout de la Strada Maestra, du côté de l'ouest

190 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Aoùt-Sept. 1521

defFences, et ceux du dehors à la leur, les picques de ceux de dehors estoient veuës par ceux de dedans, et celles de dedans aussi par les ennemis, au droict de ladite brèche. Parquoy advint qu'il entra tel effroy parmy noz gens de pied Italiens que la pluspart passa par la brèche, et s'en alla rendre au camp des ennemis, tellement que, de cinq ou six mille Italiens, n'en demoura pas deux mille ; mais les capitaines y feirent bien leur devoir. Monseigneur le mareschal, après avoir gardé environ l'espace de quinze jours la basse ville, ayant eu l'advis des capitaines, fut conclu que la nuict elle seroit abandonnée, pour ne pouvoir plus endurer la fatigue du jour et de la nuict. A ces causes, la nuict du samedy, après avoir retiré dedans la ville toute l'artillerie et autres choses qui leur pouvoient servir, une heure avant le jour, se retirèrent dedans la ville, laissans à la brèche un capitaine d'arquebousiers, qui estoit au seigneur Federic, jusques à ce qu'un chacun fust retiré; lequel capitaine, voyant qu'il estoit temps de faire sa retraitte, usa d'une grande ruse pour n'estre suivy : car à tous ses arquebouziers feit coupper un bout de leur corde allumée et leur feit coucher ladite corde sur le rempar, aux lieux où ils avoient accoustumé de faire leur garde, et par intervalles, de sorte que nos ennemis, pensans encores noz gens estre à leurs gardes accoustumées, n'en eurent cognoissance qu'il ne fust une heure de jour; par ce moyen, ceux qui estoient dedans eurent tout loisir de pourveoir à leurs affaires.

Les ennemis, après avoir la cognoissance de la retraite de noz gens dedans la ville, passèrent leur artillerie par la brèche mesmes où ils avoient esté

Sept. 1521] DEUXIÈME LIVRE. 491

repoussez, et feirent leurs approches de la ville en plain midy, car les maisons du faubourg leur servoient de gabions, et assirent, leur artillerie du costé du pont, où ils ne feirent grande brèche pour ce jour; mais le capitaine Lucas y fut tué d'un coup de canon. Finablement, les ennemis, voyans l'obstination de ceux de la ville, et estans advertis que monsieur de Lautrec approchoit avecques son armée, en laquelle estoient vingt mille payes de Suisses, le lundy matin, après avoir tiré encores quelques coups de canon, retirèrent leur artillerie et s'en allèrent à deux mille loing de Parme, tirant le chemin du Pau. Le seigneur de Lautrec, lequel (comme dit est) marchoit avecques les Suisses, et sept ou huict cens hommes d'armes, et quelques bandes de gens de pied françois, qu'il avoit levez par cy par là, et l'armée des Vénitiens, qui estoient cinq cens hommes d'armes à leur mode, et sept ou huict mille hommes de pied, se mist à suivre l'ennemy. Mais il s'arresta à batre un chasteau nommé Roquebianque*, où il fut deux ou trois jours avant que le prendre, qui donna loisir aux ennemis de reprendre leurs esprits, tant qu'ils passèrent le Pau; ce qu'ils n'eussent pasfaict, si ledit seigneur de Lautrec les eust suivis chaudement.

Au reste, le seigneur de Lautrec manda le mareschal de Foix pour se venir joindre avecques luy, à tout

1. Roccabianca, sur la rive droite du Pô, à proximité du confluent du Taro. « La place estoit à Rolland Pal voisin, laquelle est une forte place, bien remparée et fournye, et s'est faict batre un jour et demy et hier se rendirent à ma volonté. » Lautrec au Roi, 13 septembre. Bibl. nat., ms. fr. 3060, fol. 77.

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ce qu'il avoit d'hommes, lequel, ayant abandonné Parme sans garde, peu de jours après, les habitans se mirent entre les mains du Pape. Le mareschal de Foix vint passer le Pau vis-à-vis de Crémone, où il trouva nostre armée. Estans les deux frères unis ensemble, vindrent loger à Bourdelene\ à deux mille près du camp des ennemis, qui estoient logez à Rebec^, près un chasteau appelé Pont-lvi^, appartenant aux Vénitiens, à VII mille de Crémone, et est ledit Rebec sur un ruisseau^ qui sépare le duché de Milan du pais des Vénitiens. Ledit chasteau de Pont-Ivy est delà le ruisseau, sur un hault, duquel on voyoit tout le camp de nostre ennemy, et qui le fust allé combattre audit lieu de Pont-Ivi, où il séjourna deux jours, et nostre camp autant audit Bourdelene, il estoit impossible à nostre ennemy de se jetter en bataille, qu'à coups d'artillerie on ne l'eust mis en desordre du chasteau. On pensoit le troisiesme jour les aller combattre, mais la tardiveté de noz chefs fut cause de les nous faire perdre, car le jour que mondit seigneur de Lautrec les esperoit aller combattre, ils deslogerent; parquoy ledit sieur de Lautrec alla loger cedit jour à Rebec ^, duquel lieu l'ennemy estoit deslogé. Le lendemain, il suivit ledit ennemy et alla loger à un mille près de son

1. Bordellano. Lautrec au Roi, 7 et 9 octobre. Bibl. nat., mss. fr. 2985, fol. 83; 2978, fol. 175.

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