NOV. 1521] DEUXIÈME LIVRE
combalre, à vau de roupie, abandonnans leurs gardes et fortifications. Le seigneur Théodore Trevoulce, chef de l'armée de la Seigneurie, qui estoit au lict malade, se leva et marcha droit aux ennemis, avecques si peu d'hommes qu'il peut recouvrer, pour soustenir l'effort, pensant estre suivy ; mais la nuit n'eut point de honte ; parquoy, estant trop foible, fut renversé et pris prisonnier, dont il fut depuis rachepté par dix mille escus ; pareillement y furent pris le seigneur Jules de Sai nct-Se vérin ^ et le marquis de Vigeve^.
Le seigneur de Lautrec, voyant l'armée vénitienne avoir abandonné le faubourg sans combatre, se retira avecques le reste de son armée en la place devant le chasteau; puis, voyant n*y avoir ordre de garder la ville, estant perdu ledit faubourg, délibéra se retirer, prenant le chemin de Come pour approcher près des Suisses, attendant le secours qui devoit venir de France; mais, avant que partir, laissa dedans le chasteau, pour capitaine, le seigneur de Mascaron^, Gascon ; l'evesque de Gouserans, qui n'eut moyen de suivre les autres, y demeura et cinquante hommes d'armes et six cens hommes de pied françois.
Sac et prise de Milan. — Le cardinal de Medicis, suivant le marquis de Pesquaire avecques l'armée du
1. Giulio di San Severino, frère puîné du grand écuyer, marquis de Valenza.
2. Gian-Francesco Trivulzio, marquis de Vigevano, petitfils de Gian-Giacopo, grand fauconnier et grand veneur de Milan, capitaine de gendarmes (1519), mort en 1573.
3. Sans doute ce capitaine « Masqueron » qui avait été chargé de relever les ruines du château de Milan et à qui Lautrec voulut faire donner la succession du capitaine Richebourg, Lautrec à François P% 13 août. (Bibl. nat., ms. fr. 2992, fol. 67.)
198 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Nov. 1521
Pape, entra dedans Milan environ le poinct du jour, où il se feit un butin inestimable, car dix jours entiers n'y eut ordre, pour commandement qui se fist, de faire cesser le sac.
Estans les Impériaux et Papistes seigneurs de la ville de Milan, adviserent le moyen de pouvoir achever leur guerre; après toutes choses debatues, conclurent qu'il falloit divertir les Suisses de l'alliance de France, et pour cest effect despescherent devers eux l'evesque de Veronne^ de la part du Pape, et autres ambassadeurs de la part des Milanois. Lesquels, arrivans aux confins des pais des ligues, les Milanois ne voulurent passer outre sans saufconduit; mais l'evesque de Veronne, sans aucune seureté, y alla, dont mal luy print, car les Suisses le meirent en prison fermée pour estre venu dedans leur pais, allié des François, sans avoir saufconduit. Cependant, le seigneur de Lautrec print le chemin de Come, et pouvoit avoir en sa compagnie cinq cens hommes d'armes et quatre mille Suisses, et peu d'autres gens de pied, et les Vénitiens quatre cens hommes d'armes à leur coustume et six mille hommes de pied, et sans grand bagage. Environ le poinct du jour arriva à Corne 2, où tout le camp logea. Le lendemain, quatre mille Suisses, qui nous estoient demeurez, se retirent en leur pais. Mondit seigneur de Lautrec, avecques toute la gendarmerie, print le chemin de Lec^, où il passa la rivière, pour
1. Ennio Filonardi, évêque de Veroli, nonce apostolique en Suisse.
2. Il y était le 20 novembre. Cf. sa lettre au Roi de ce jour. (Bibl. nat., ms. fr. 2978, fol. 198.)