L'Adour et la Nive
Sept. 1523] DEUXIÈME LIVRE. 285
telle resistence, encores qu'elle feust pourveue de bon nombre d'hommes et d'autres choses nécessaires, car le capitaine Frauget, après avoir tenu peu de jours, neantmoins lesdites forces qu'il avoit et veu la grandeur de la place, rendit la ville qui n'estoit forçable et en sortit ses bagues sauves ; vray est qu'il disoit avoir esté contraint de ce faire parce que dom Petre, fils du feu mareschal de Navarre, avoit intelligence aux ennemis. Toutesfois, ledit Frauget fut à Lion sur un eschaffault dégradé de noblesse et déclaré roturier luy et ses descendans pour avoir esté négligent et failly de cueur à pourveoir à la conspiration dudit dom Petre, si ainsi estoit qu'elle fust vraye*.
Succez de monsieur l' Amiral en Italie. — Retournons à l'amiral de Bonnivet, lequel print son chemin pour marcher droict où estoit ledit seigneur Prospère avecques son armée, délibéré de luy donner la bataille. Le seigneur Antoine de Levé estant à Ast, adverty du passage de nostre armée, en toute diligence se retira delà le Tesin; à l'occasion de quoy mondit seigneur l'Amiral print Noare et toutes les autres villes de rOmeline. Le seigneur Prospère, estant tombé en extrême maladie, s'estoit faict porter sur le bord du Tesin, faisant contenance de vouloir combatre; mais estant adverty que noz coureurs estoient arrivez sur le bord de la rivière, se voyant hors d'espoir de gar-
1. Voir Bibl. nat., ms. fr. 17525, fol. 2-3, le texte de l'arrêt rendu à Lyon le 7 octobre 1524 contre François de Franget, chevalier, Gacien de Mondenord, sieur d'Estillac, Jehannot de Franget et Bertrand de Martres, à cause de la reddition de Fontarabie. Une note en marge ajoute que cet arrêt fut exécuté à Lyon « le samedy 3 décembre 1524 ».
286 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Sept.-nOV. 1523
der le passage pour estre gayable en plusieurs lieux, renvoya sa grosse artillerie à Milan; le lendemain, estant adverty que le reste de nostre armée estoit à Vigeve et que desja à coups d'artillerie elle avoit faict abandonner la garde dudict passage aux lansquenets impériaux et que noz gens de cheval et de pied commençoient à passer ^ cognent (mais trop tard) son erreur^ d'avoir voulu entreprendre de garder le pas d'une rivière contre une armée Françoise venant en sa première furie ; parquoy se retira à Milan, auquel lieu estant arrivé trouva un tel effroy tant parmy les gens de guerre que citadins qu'il résolut d'abandonner la ville et se retirer à Laudes. Mais la fortune fut si mauvaise pour monsieur l'Amiral qu'il s'inclina aux persuasions de plusieurs Milanois et speciallement de Galeas Visconte, qui luy faisoient entendre que, s'il marchoit droict à la ville, elle seroit mise à sac, de sorte que le Roy ne s'en pourroit prevalloir et que, laissant aller ledit Galeas parler ausdits citadins, il trouveroit moyen qu'ils mettroient les Impériaux hors de la ville et fourniroient au Roy une bonne somme de deniers pour ayder à soustenir les frais de la guerre, lesquelles remonstrances furent cause que le seigneur Amiral séjourna deux ou trois jours sans suivre sa fortune; et y fut envoyé ledit Galeas et, pour l'accompagner, le gênerai de Normandie Royer^ et quelques autres. Les parlemens furent longs, mais enfin ce fut toute tromperie et la ruine qui depuis advint de nostre