Cameriano, à moitié chemin entre Novare et Verceil
310 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Mars 1524
seigneur de Montejan* et le seigneur de Boutieres^, lieutenant de la compagnie du capitaine Bayar, firent une entreprise assez mal digérée, parce qu'ayans levé cent ou six vingts hommes d'armes les mieux à cheval et choisis sur toute nostre gendarmerie (joinct qu'il fault entendre que la pluspart de ce qui demoura n'estoit monté que sur courtaulx, car leurs grands chevaux estoient morts de pauvreté), estans mal guidez, furent rencontrez des ennemis, jaçoit qu'ils fissent leur devoir de bien combatre, enfin furent deffaits et furent pris prisonniers lesdits seigneurs de Montejan et de Boutieres, et toute la trouppe qui estoit avecques eux, qui fut un grand affoiblissement pour nostre armée sur une arrière saison.
Monsieur l'Amiral, espérant tousjours temporiser, attendant le secours de Suisse qu'il avoit envoyé quérir, et quatre cens hommes d'armes de renfort que le Roy luy devoit envoyer, et six mille Grisons, lesquels par le Bergamasque se dévoient venir joindre à Laudes avec le seigneur Federic de Bozzolo, pour de ceste part assaillir le duché de Milan et les terres des Vénitiens, et par ce moyen divertir les forces de l'ennemy, s'en alla loger à Noare. Mais le seigneur Jean de Medicis, avecques quatre mille hommes de pied et
1. René de Montjehan, fils de Louis de Montjehan et de Jeanne du Chastel, valet tranchant (1520-1528), gentilhomme de la Chambre (1528), mourut en septembre 1539.
2. Guignes Guiffrey, sieur de Boutieres, né vers 1493, fit ses premières armes sous la direction de Bayart; maître d'hôtel du Roi, 1524-1532, gentilhomme de la Chambre, 1528, il vivait encore en février 1561.
Mars-avril 1524] DEUXIÈME LIVRE. 311
trois cens chevaux, fut depesché par le vice-roy, pour empescher le passage desdits Grisons; lequel estant arrivé sur la frontière dudit Bergamasque, estant secouru des Vénitiens, tourmenta lesdits Grisons, de sorte (parce qu'ils n'avoient point de cavallerie) qu'ils furent contraints de se retirer en leurs pais. Estans les Impériaux hors de la crainte des Grisons, cherchèrent le moyen de lever hors de noz mains la ville de Biegras, d'autant que de ce costé là venoient les vivres à nostre camp ; à ceste fin depescherent le seigneur Jean, lequel d'arrivée força le pont qui estoit gardé par noz genz, puis estant arrivé devant la ville, ayant mis son artillerie en batterie, sortirent de Milan cinq ou six mille citadins en bon équipage pour renforcer l'armée dudit seigneur Jean. Après avoir faict batterie de quatre ou cinq jours, ils donnèrent un assault, auquel ils furent repoulsez; mais au second la place fut forcée, et y fut trouvé fort grand butin qui cousta bien cher au Milanois, parce que toutes les maisons de Milan où fut porté dudit butin furent pestiférées, de sorte que la ville fut tant infectée qu'on tenoit pour certain qu'il y mourut quarante ou cinquante mille personnes.
La peste à Milan et au camp. — Le vice-roy, pour achever de fermer tous les passages à nostre armée, et aussi pour empescher les Suisses qui estoient descendus à Ivrée^ de se joindre à monsieur l'Amiral, alla logera Marian^. Cependant, la mortaHté se mit en