‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 208 sur 223 · Cassano · texte numérisé non relu

Cassano

Janv. 1525] DEUXIÈME LIVRE. 331

ville tenue par les François, mais mal fortifiée. Auquel lieu estant arrivé, après avoir mis son artillerie en batterie, les soldats se rendirent leurs bagues sauves.

Le lendemain vindrent nouvelles au vice-roy, de la part d'Antoine de Levé, comme les Allemans, estans dedans Pavie, menassoient qu'au cas qu'ils ne fussent payez, ils rendroient la ville entre les mains du Roy. Ces choses entendues, chercha les moyens d'y pourveoir, car il n'estoit en leur puissance de recouvrer argent, et encores qu'ils en eussent, ils n'avoient le moyen de le mettre dedans la ville en seureté.

Invention de faire entrer argent en Pavie. — Sur la fin, ils s'avisèrent d'un stratagème qui fut que deux hommes ausquels ils avoient fidélité portèrent en nostre camp sur deux chevaux quatre barils de vin à vendre, dedans lesquels estoient trois mille escus, et allèrent loger pour vendre leur vin le plus près de la ville qu'ils peurent, faisans entendre par un espion au seigneur Antoine de Levé Testât de leur affaire ; de quoy estant adverty, feit faire une saillie de l'autre costé, et, durant que l'escarmouche estoit bien attaquée, un des villains rompit ses barils et print les trois mille escus, avecques lesquels il se sauva dedans la ville. Antoine de Levé, pour monstrer aux lansquenets que ce n'estoit faulle d'argent ny de bonne volonté qu'ils ne fussent payez, mais par faulte d'avoir moyen de mettre l'argent dedans la ville en seureté, feit assembler le ban et leur remonstra le hazard où s'estoit mis le vilain pour apporter cest argent et que tout le reste de leur payement estoit au camp impérial. Les lansquenets, pensans que ce qu'il leur disoit fust véritable, levèrent tous les mains en

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signe de bonne volonté, declarans tous en gênerai que tant que le siège dureroit ils serviroient sans argent la Majesté Imperialle, moyennant qu'après le siège ils fussent satisfaicts, ce qui leur fut promis.

Esmeute à Savonne et deffaitte d'Espagnols. — Au commencement du mois de mars audit an mille cinq cens vingt-quatre, Michel Antoine, marquis de Salluces, lequel (comme j'ay dit) avoit esté envoyé lieutenant du Roy à Savonne, après avoir faict faire la monstre de ses gens de pied, en envoya deux mille en garnison dedans Varas^ petite ville mal fermée sur le bord de la mer, mi-chemin de Savonne à Gennes, dom Hugues de Montcade^, vice-roy de Sicile, qui pour lors estoit gouverneur de Gennes pour l'Empereur, estant averty que lesdits gens de pied estoient dedans Varas, délibéra de les aller deffaire et, pour cest effect, feit faire force à toutes les galleres de l'Empereur, pour du costé de la mer donner des canonnades dedans la porte dudit Varas, espérant que les soldats, pour la débilité de la place, ne pouvans endurer la batterie, prendroient leur retraitte droict à Savonne, tout le long de la marine; et, sur ceste espérance, luy-mesmes s'en alla mettre en embuscade, avecques quatre mille hommes de pied, entre Varas et Savonne pour deffaire nos gens sur leurditte retraitte. Mais, estans ses galleres arrivées devant Varas, et ayans commencé leur batterie à la porte,

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