Delettes, arr. de Saint-Omer (Pas-de-Calais
6. Heuchin, cant. de l'arr. de Saint-Pol, sur la Faux, afiQuent de la Ternoise.
nostre cavalerie en desordre, devant qu'ils eussent loisir de monter sur leurs grands chevaux et prendre leurs habillemens de teste, furent mis en tel desordre qu'il se trouva peu des nostres qui eussent le moyen de combatre, et parce que les espérons servirent plus que l'espée, fut nommée la journée des espérons. En ladite roupte furent pris le duc Louis de Longueville et le seigneur de la Palisse (mais ils furent recous), le capitaine Bayard, le seigneur de Glermont d'Anjou, lieutenant de monsieur d'Angoulesme, le seigneur de Bussy d'Amboise et plusieurs autres, tant capitaines que soldats.
Prise et ruine de Terouenne par les ennemis. — Le Roy, estant à Paris ^, eut nouvelles de ladite roupte, et, parce qu'il estoit fort tourmenté des gouttes, se feit porter en une littiere jusques à Amiens et envoya monsieur d'Angoulesme, qui depuis a esté roy, son lieutenant gênerai en Picardie, trouver le camp à Blangy, parce qu'il fut bien adverty que ladite defifaicte estoit advenue pour les partialitez qui estoient entre les chefs de son armée, luy commandant expressément de ne rien faire sans l'advis des vieils capitaines. Lequel prenant l'armée en main, délogeant de Blangy, alla loger à Ancre ^ delà la rivière de Somme, qui est lieu propre pour faire teste à l'ennemy quelque part qu'il vueille marcher, car c'est au milieu de la frontière ; puis le Roy se voyant hors d'espérance de pou-
1. Louis XII avait gagné Amiens dans les premiers jours d'août, et c'est là, non à Paris, qu'il apprit la nouvelle de la défaite.
2. Aujourd'hui Albert, cant. de l'arr. de Péronne, sur l'Ancre, affluent de la Somme. Le nom d'Albert vient d'Albert
voir assembler son armée à temps pour secourir Terouenne (car desja vivres deffailloient) feit entendre aux assiégez qu'ils trouvassent moyen de faire composition honorable, ce qu'ils feirent^ ; car après avoir tenu neuf sepmaines, et estans en extrémité de vivres, sortirent leurs bagues sauves, enseignes desployées, armet en teste et la lance sur la cuisse, et les gens de pied marchans en bataille, enseignes desployées et tabourin sonnant, et les habitans de la ville leurs bagues sauves. Ayant ledit roy d'Angleterre la ville de Terouenne entre ses mains, à la suscitation des Flamans, la feit démolir, remplir les fossez et brusler toutes les maisons, hormis l'église et les maisons des chanoines.
Au mesme temps que ces choses se faisoient à Terouenne, estant (comme j'ay prédit) le seigneur de la Trimouille retiré d'Italie, il fut suivy par quatorze ou quinze mille Suisses incitez par le pape Jules ^ et l'empereur Maximilian, accompagnez de la gendarmerie de la Franche-Comté et de quelques chevaux AUemans conduits par Ulrich, duc d'Uvittemberg^, lesquels le vindrent assiéger dedans Dijon, principale
de Luynes, le favori de Louis XIII, qui, des dépouilles de Concini, eut le marquisat d'Ancre.
1. La capitulation est du 23 août 1513; Maximilien et Henry VIII entrèrent dans la ville le 28. Voir Mémoires de Fleuranges, chap. xl.
2. Lisez Léon X, qui avait remplacé Jules II, mort le 20 février
3. Ulrich VI, né en 1487, duc de Wurtemberg de 1498 à 1520, puis de 1534 jusqu'à sa mort (1550). Voir F. Heyd, Ulrich, Herzog zu Wurtemberg, Tubingen, 1841-1844, 3 vol. — Ce dernier membre de phrase manque dans le manuscrit.
ville de Bourgongne, qui n'estoit remparée ny fortifiée en sorte du monde, mais la vertu des hommes servit de murailles. Lesdits Suisses ayans esté cinq ou six sepmaines audit siège* et le seigneur de la Trimouille se voyant hors d'espérance de secours, pour estre l'Empereur et le roy d'Angleterre en Picardie, estant aussi la guerre en Guienne du costé de Fontarabie et de Navarre, chercha moyen de les pouvoir renvoyer et en fin tant pratiqua envers eux, qu'en leur promettant quatre cent mille escus, qu'ils disoient leur estre deus pour les services qu'ils avoient faicts au Roy aux guerres précédentes en Italie, les renvoya en leur pais, leur fournissant vingt mille escus comptant, et pour le reste de ladite somme leur bailla pour hostages le seigneur de Mezieres^, son nepveu, le baillif de Dijon, nommé de Roche-Fort^, et quatre bourgeois de ladite ville, et par ce moyen furent apaisez lesdits Suisses et se retirèrent en leur pais et ceux de
1. Contrairement à ce qu'affirme Martin du Bellay, la résistance ne dura même pas une semaine. Les Suisses parurent devant Dijon le 7 septembre et le traité fut signé le 13. — Sur ce siège, voir Jules Thomas, la Délivrance de Dijon, Dijon, 1898, in-8°.
2. René d'Anjou, sieur de Mézières, second fils de Louis d'Anjou et d'Antoinette de La Trémouille, né le 5 octobre 1483, mort à Avignon en 1527. Sa captivité en Suisse dura jusqu'en janvier 1515. Voir E. Rott, Histoire de la Représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, de leurs alliés et de leurs confédérés, Berne et Paris, 1900, t. I, p. 191-192.
3. Jean de Rochefort, seigneur de Pleuvant, fils de Guy de Rochefort, le chancelier de France (1497-1507). Il put se soustraire par la fuite à la captivité. Voir Rott, lac. cit. En dehors de Jean de Rochefort, il n'y eut que trois bourgeois donnés en otage : Bénigne Serre, Jean Noël et Philibert Godran.
Bourgongne demourerent en leur liberté. Vray est qu'il y avoit des conditions audit traitté qui n'estoient honnorables pour un tel prince que le Roy ; mais la nécessité n'a point de loy pour sauver une province ; aussi le Roy les ayant entendues ne voulut ratifier lesdites conditions, mais les reprouva comme indignes de Sa Majesté.
Prise de Tournay 'par les Anglais. — Le roy d'Angleterre ayant faict raser Terouenne (comme cy devant est dit) et voyant l'armée du Roy se préparer, et desja la saison estre tardifve, délibéra de laisser la Picardie ; et à l'instigation de Maximilian print le chemin de Tournay, ville de toute ancienneté de l'obéissance du Roy ; mais pour l'heure estoit sans garnison et n'y avoit autre gens pour la garde, sinon les citadins, parce que jamais le Roy n'eust présumé que l'Anglois eust laissé son entreprise de Picardie pour aller attaquer une place, laquelle ayant prise luy estoit de peu de commodité pour estre enclavée dedans tous les Pais Bas, ayant d'un costé Henault et d'autre le comté de Flandres, et loing de la mer; toutesfois, à la persuasion dudit esleu Empereur, il y alla; et fault entendre que l'armée dudit Maximilian estoit souldoyée aux despens du roy d'Angleterre, et mesmes ledit esleu Empereur avoit cent escus par jour pour son plat; et pour ledit voyage print son chemin par l'Isle en Flandres *, qui est à cinq lieues dudit Tournay. Arrivée que fut cette grosse armée devant Tournay, et les habitans se voyans sans chef et hors d'espérance de secours, parce que le