‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 71 sur 223 · Hierges, arr. de Rocroy (Ardennes · texte numérisé non relu

Hierges, arr. de Rocroy (Ardennes

vers Charles d'Autriche et les plus grands de sa cour iceluy seigneur d'Emery, se persuada que facilement il seroit relevé de n'avoir appelle en temps, si appeller pouvoit, fondant les causes de son relievement sur les empeschemens qu'il avoit eus durant les guerres, pour y avoir tousjours esté en personne (comme il disoit), combien que ce fust une couleur palliée plustost que vive raison. Encores se voulut-il aider d'une finesse pour parvenir à son intention, car lorsqu'iceluy Charles d'Autriche pratiquoit les Allemans pour monter à ceste dignité impériale, cherchant de tous costez deniers, il en emprunta grosse somme dudit d'Emery, à la caution du marquis d'Ascot*. Auquel d'Ascot s'adressa iceluy d'Emery, pour attaindre au but où il pretendoit : luy remonstrant qu'il estoit en grande nécessité d'argent, et que le terme de payer estoit expiré, parquoy estoit contraint de s'adresser à luy qui estoit plege, en luy faisant toutesfois sonner à l'oreille, par personnes interposées, qu'il auroit patience tant qu'il luy plairoit de son payement, pourveu que suivant le droit qu'il y pretendoit il luy aydast à estre relevé de la sentence donnée contre luy pour la ville d'Hierge ; chose qui fut facile à impetrer, pour la grande authorité et crédit * que ledit seigneur d'Ascot avoit autour de son prince, duquel l'oncle, qui estoit le seigneur de Chieures, estoit gouverneur de la jeunesse dudit Empereur; tellement qu'à sa persuasion et instance, commission fut décernée par-devant le grand chancelier de Braban , et jour assigné aux héritiers dudit prince de Simay pour venir ouïr les

1. Philippe de Croy, marquis, puis duc d'Arschot, né en 1496, mort en 1549.

no MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [1521

raisons dudit d'Emery et veoir casser (si besoing estoit) l'arrest donné à leur prouffit pour la ville d'Hierge, de laquelle leur père et eux estoient en longue et paisible possession, sans jamais en avoir esté aucunement inquiétez par force d'armes, ny par justice de loy; joinct aussi que ceux du duché de Bouillon, de tout temps ne recongnoissent roy ne seigneur que leur duc, auquel lors ils s'addresserent comme à leur seigneur et protecteur, afin qu'il deffendit les libertez et privilèges de son duché, à quoy il n'estoit pour deffaillir, estant de bon cœur et bon entendement. Et y avoit d'avantage une autre occasion fort suffisante pour l'induire à y mettre la main, c'est qu'il estoit tuteur des enfants de Simay, ayant epouzé leur tante*, fille du prince de Simay. A ces causes, il n'obmist un seul poinct de diligence ny de solicitation, tant envers Charles d'Autriche, et ceux qui le gouvernoient, qu'envers iceluy d'Emery, pour obtenir d'eux, par prières et requestes, ce que d'eux-mesmes par raison ils dévoient consentir et accorder (tant pour le droict particulier des enfans mineurs dudit de Simay, que pour le bien commun des franchises et facultez du duché de Bouillon), sans empescher comme ils faisoient que les choses décidées et jugées par juges irréfragables et souverains ne fussent permanentes et stables, comme procedées de la volonté de Dieu qui a estably et ordonné les magistrats, les sentences desquels ne doivent estre enfrainctes ne violées par les faveurs des hommes.

Finalement, quelque poursuite que sceut faire ledit

1. Catherine de Croy, en 1491. — M s. : fille du feu prince de

Simay.

messire Robert de la Marche, il n'en peut jamais avoir fin, tellement que voyant que justice luy estoit déniée, et qu'il estoit bien loing d'estre recompensé et favorisé, il se retira devers le Roy, estant mesmement à cela solicité par sa femme, fille de Simay, et par celle de monseigneur de Florenges, son fils, laquelle estoit fille du comte de Brenne', de la maison de Sallebruche, lesquelles, par une gentille invention^, avoient auparavant trouvé moyen de venir en France et préparer les choses envers Madame, mère du Roy; de sorte que toutes vieilles querelles furent assopies et mises soubs le pied, et iceluy seigneur de Sedan bien recueilly, lorsqu'il vint trouver le Roy à Romorantin, où il estoit blessé (comme j'ay dit) d'un coup de tison sur la teste; auquel il meit entre les mains et sa personne et ses places, luy suppliant de luy donner ayde, faveur et secours pour avoir justice du grand tort et injure qu'on lui faisoit^, nonobstant que Charles d'Autriche, le voyant en ces termes, eut fort essayé de le regaigner et induire, par les moyens et conditions de son frère, l'evesque du Liège, luy faisant entendre que ce qui avoit esté faict ne procedoit de luy, et luy promettant que s'il y avoit eu rien de gasté, il le feroit rabiller, de sorte qu'il en demoureroit satisfaict et content. Mais il estoit trop tard, car il avoit desja le cœur trop ulcéré, et se délibéra (quoy qu'il en deust

1. Le sieur de Fleuranges avait épousé, en 1510, Guillemette de Sarrebriàck, fille de Robert de Sarrebriick, comte de Brayne.

2. On trouvera le détail de cette invention dans les Fragments de la première Ogdoade, p. 31.

3. L'accord entre François P' et Robert de La Marck fut conclu à Romorantin le 14 février 1521. Voir le texte dans les Fragments de la première Ogdoade, p. 155-156.

advenir) d'avoir par force ce qu'il n'avoit sceu obtenir par raison.

Deffy et guerres de messire Robert de la Marche contre l'Empereur. — Messire Robert de la Marche ayant asseuré ses affaires avecques le Roy et sçachant l'Empereur à Vuorme*, ville impériale, auquel lieu avoit assemblé une diette des princes et villes franches de la Germanie, pour remédier aux tumultes nouvellement excitez par Martin Luther, l'envoya ledit messire Robert deffier en plaine diette ; chose qui fut trouvée et prise tant par l'Empereur qu'autres princes en grand dedaing, qu'un simple seigneur (comme messire Robert) envoyast deffier un Empereur, seigneur de tant de pais et d'hommes belliqueux. Après ladite deffiance, le seigneur de Florenges, fils aisné dudit messire Robert, leva tant en France qu'autres lieux circonvoisins^ jusques au nombre de trois mille hommes de pied, et quatre ou cinq cens chevaux, contre la volonté du Roy et ses deffences expresses; toutesfois, ayant assemblé sesdites forces, s'en alla assiéger Vireton^, petite ville de Luxembourg, aux confins de Lorreine et des terres communes entre le duc de Luxembourg et de Lorreine.

Occasion sur le faict du royaume de Navarre. —

1. L'Empereur était entré à Worms, le 28 novembre 1520. La diète s'ouvrit le 27 janvier 1521.

2. Notamment en Suisse. Le sieur de Fleuranges était capitaine des Suisses de la garde depuis le 9 juin 1516; il envoya quérir 7,000 Suisses « par ung gentilhomme nommé Pierre Buisson ». Voir les Mémoires de Fleuranges, chap. lxx.

3. Virton, dans le Luxembourg belge, sur la Tonne, affluent du Chiers, à 15 kil. au nord-est de Montmédy.

Au mesme temps, estant le Roy à Sanxerre^ vint devers luy un gentilhomme de la part du roy d'Angleterre, pour le persuader de ne point entrer en guerre avecques l'Empereur, disant que s'il y avoit quelque différend, ledit roy d'Angleterre en seroit médiateur pour le vuider, comme neutre^. Le différend duquel lors estoit question estoit tel que le roy de Navarre avoit esté par le roy catholique spolié de son royaume pour la querelle de France ; et pourtant ledit roy avoit esté longtemps à la cour de France, poursuivant et demandant secours, afin de reconquérir sondit royaume. Or s'estoit-il faict un parlement à Noyon par les députez de la part de l'esleu Empereur et du Roy, ainsi qu'avez ouy; et depuis un autre à Montpellier, lequel n'eut point de resolution, obstant l'entrevenue de la mort de messire Arthus Gouffier, seigneur de Boisy, grand maistre de France ; mais par celuy de Noyon, entre autres choses, avoit esté dit que dedans six mois le roy catholique rendroit le royaume de Navarre, ou bien contenteroit le roy d'iceluy, à son gré et commodité, d'autant vallant que ledit royaume. Aussi l'esleu Empereur devoit satisfaire au Roy d'une pension tous les ans, pour le droit par luy prétendu au royaume de Naples, à toutes lesquelles choses ledit Empereur ne satisfeit en façon du monde^. Le roy de France estoit tenu par

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