‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 92 sur 223 · Rethel (Ardennes · texte numérisé non relu

Rethel (Ardennes

144 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Sept. 1521

lois pour coupper chemin aux ennemis chargez de butin, ayans jette devant eux quelques avant-coureurs pour amuzer l'ennemy, cependant qu'ils les suivirent au petit trop. Le comte Rifourcet, lequel n'esperoit trouver l'ennemy en campagne, oyant l'alarme, feit soudain au son de la trompette rassembler ses gens escartez çà et là^ Puis, voyans noz coureurs en petit nombre, n'estimans qu'ils fussent suivis, se mirent à marcher lentement pour attirer lesdits coureurs et les deffaire; mais, après avoir descouvert la^ trouppe qui estoit environ de quatre vingts hommes d'armes, feirent un bataillon de ce qu'ils avoient, tant de gens de cheval que de pied, et soustindrent vigoureusement la charge qui leur fut faicte par les François, de sorte que la victoire fut doubteuse ; mais enfin la gendarmerie françoise (qui^ ne se laisse comparer à autre nation) leur feist une dernière charge de telle furie qu'ils rompirent tous leurs rangs. Le comte, voyant le desastre tourner sur luy, se meit à la fuitte à travers des bois, lequel, estant apperceu de quelques-uns des nostres, fut suivy et pris dedans la forest où il estoit caché. Le reste, s'estant sauvé dedans les bois, fut suivy par les païsans qui avoient esté pillez, qui les saccagèrent tous ou la plus part, de sorte qu'il ne s'en

1. Ms. : pour butyner, puis voyant ... et n'estimant qu'ilz feussent suiviz de plus grande troppe, se meit ... pour les attirer dans la plaine...

2. Ms. : la grosse troppe qui estoit de ... que conduisait le bailly de Caen, feit ung bataillon de ses gens de cheval et ung autre des gens de pied et soustint vigoureusement la première charge qui luy fut faicte...

3. Ms. : laquelle bien conduite ne se laisse comparer à autre nation à cheval...

Sept. 1521] PREMIER LIVRE. 145

sauva que cinq ou six, ausquels les gensdarmes sauvèrent la vie, qui furent menez à Reims prisonniers avec ledit comte.

Cependant, ceux qui estoient dedans Mesieres, ayans tenu un mois, commencèrent à avoir faulte de toutes choses, et mesmes d'hommes, à cause des maladies de flux de ventre qui, s'estoient mises dedans la ville ; de sorte qu'il leur estoit malaisé qu'ils fournissent aux gardes qu'il leur convenoit faire, pour la grande batterie que les ennemis avoient faicte depuis la tour qui faict le coing devers le costé d'Attigny jusques à la tour Jolie et depuis la tour Jolie jusques à la porte de Bourgongne. Toutesfois, depuis que le duc d'Alançon vint loger à Reims et les gens de pied du comte de S.-Pol au Pont-Favergy* et la gendarmerie à Reteil et chasteau en Portien^, ils ne furent si travaillez, à l'occasion que le seigneur Francisque, qui estoit logé deçà l'eaue (duquel ils estoient fort tourmentez à coups d'artillerie), craignant d'avoir une camisade, estoit repassé l'eaue et s'estoit logé au camp du comte de Nansau. Quoy voyant, les seigneurs Bayar et Montmorency assemblèrent les capitaines pour avoir advis de ce qu'ils avoient à faire, où, après toutes choses debatues, fut conclu que, puisque le passage estoit ouvert du costé où estoit le camp dudit Francisque, il estoit raisonnable d'advertir le Roy de Testât de la place et des choses qui estoient nécessaires et le moyen qu'il y a voit de les en secourir. Pour cest efifect fut esleu le seigneur de Maubuisson, gentilhomme de la maison du seigneur de Montmorency, et Brignac, homme

Page 1