‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 103 sur 258 · Ms. : et qu'ilz avoient · texte numérisé non relu

Ms. : et qu'ilz avoient

venant toute nuict, en espérance d'arriver d'heure à la bataille, lequel fit telle diligence qu'environ les dix heures du matin arriva au combat avecques la cavalerie, estant suivy de loing de ses gens de pied ; mais le fils du comte de Petillane * , jeune homme desi rant de long temps se trouver au combat pour le service du Roy, fit une charge sur les Suisses qui estoient sur leur retraitte, où il fut tué et plusieurs avec luy. Lies Suisses, qui pouvoient estre au commencement en nombre trente cinq raille hommes, ne pouvans plus soustenir le faix du combat, ayans perdu la plus part de leurs capitaines, et le combat ayant duré deux jours, perdirent le cueur et se mirent en roupte; un bon nombre d'iceux se retira dedans le logis de monsieur de Bourbon, où, ne se voulans mettre à la mercy du Roy, le feu fut mis, et furent tous bruslez, et de noz gens parmy , qui estoient entrez pesle-mesle pour les deffaire ; et entre autres Jean de Mouy, seigneur de la Milleraye, qui portoit la cornette du Roy, y mourut; autres se retirèrent au chasteau de Milan, autres droit en Suisse, parce que le Roy, se voyant avoir eu la victoire, se contenta de les laisser aller; et y mourut des Suisses de quatorze à quinze mille 2 et des meilleurs capitaines et hommes qu'ils eussent et plus aguerris. Vous avez entendu comme le cardinal de Sion avoit amené les

i. Chiappino Orsini, fils naturel de Nicolas Orsini, comte de Noie et de Petigliano.

2. D'après la lettre de François I er au Parlement de Paris, 23 septembre, le chiffre des Suisses « occiz et tuez » aurait été « de quinze à seize mille » ; d'après Barrillon, Journal, t. I, p. 125, « de treize à quatorze mil ». Voir A. Spont, Marignan et l'organisation militaire sous François /•', dans Revue des Questions historiques, t. LXVI, p. 59-97.

Suisses au combat; or, les avoit-il accompagnez avecques cinq ou six cens chevaux jusques à la première charge, mais ayant trouvé nostre armée en estât, chose qu'il n'avoit espéré, s'enfuit dez le soir avecques toute sa cavalerie, prenant le chemin de Milan, où arrivé qu'il fut, voyant la ville mutinée et les Suisses pareillement, tant pour la perte qu'ils avoient faicte que pour le payement de trois mois qui leur estoit deu, s'enfuit en Allemagne devers l'empereur Maximilian.

Prise de Milan. — Ayant le Roy obtenu une si glorieuse victoire en son aage de vingt et un an, après avoir remercié Dieu, délibéra d'aller loger le lendemain à deux mille de Milan 1 , auquel lieu luy furent apportées les clefs de la ville, mais il ne fut d'advis de si tost y entrer, parce que Maximilian Sforce, avecques quatre mille Suisses, estoit dedans le chasteau. Parquoy fut conclu que le Roy n'entreroit dedans la ville que le chasteau ne fust en son obéissance, et fut envoyé monsieur de Bourbon avecques l'avant-garde loger dedans Milan et assiéger ledit chasteau ; puis, ayant mis ordre au siège, y fut laissé le sieur d'Aubigny, et se retira ledit Bourbon devers le Roy; et le Roy, avecques le reste de son armée, s'en alla à Pavie, où luy fut faicte toute obéissance. Pendant qu'il fut audit lieu de Pavie, le comte Petre de Navarre, auquel le Roy et monsieur de Bourbon avoient donné la principale charge de l'assiegement, en peu de jours tira l'eau hors des fossez et les mist à sec, entreprenant de le miner, car il en estoit fort expert, et en peu de

1. A Chiaravalle, où il séjourna, du 16 au 22 septembre. [Journal de Barrillon, t. I, p. 137.)

temps fit voiler une casemate, qui estoit à main droicte en entrant à la porte dudit chasteau devers la place de la ville vers la porte Gomoise. Ayant doncques levé le flanc que faisoit ladite casemate, commença avecques taudis à miner soubs la muraille, faisant lesdites mines et, estant dedans le fossé, ledit Petre de Navarre sortit de dessoubs les taudis qui estoient le long du mur recognoistre quelque chose : lors ceux qui estoient à nostre artillerie voyans un peu de l'avant-mur encores debout, tirèrent une voilée d'artillerie; ledit avantmur, de cas fortuit, tomba sur ledit Petre de Navarre et accabla ledit Petre soubs les ruines, dont il fut rapporté en son logis, estant en danger de mort.

Reddition du chasteau de Milan. — Le duc Maximilian et les Suisses qui dedans estoient assiégez, se voyans hors d'espérance de secours, et mesmes que le Roy estoit sur le traitté d'appointement avec Messieurs des Ligues, se désespérèrent de pouvoir tenir ladite place, encores que l'empereur Maximilian leur promist les secourir; mais enfin, après plusieurs parlemens entre eux et monsieur de Bourbon, par le commandement du Roy, les traittez se portèrent de sorte que les Suisses s'en iraient en leur pais leurs bagues sauves, et le duc Maximilian remettrait entre les mains du Roy ledit chasteau avecques celuy de Crémone et toutes les autres places qu'il tenoit, luy cédant le droict par luy prétendu audit duché, et qu'il s'en irait en France, et le Roy luy ferait, sa vie durant, soixante mille ducats de pension; et ferait sa demeure au royaume de France au lieu qui luy serait le plus agréable 1 . Toutes les

1. Le traité fut signé le 4 octobre. Voir le texte dans les Ordonnances y t. I, n° 71. Le Roi lui promettait une pension

choses susdites furent parachevées, et fut envoyé ledit Maximilian en France; et pour raccompagner luy furent baillez le seigneur de Mauleon 1 , frère du seigneur de la Trimouille, l'escuyer Francisque, comte de Pontreme 2 , et plusieurs autres gentilshommes 8 .

Ge fait, le Roy feit son entrée en armes à Milan 4 , ayant en sa compagnie les princes de son sang tels que monseigneur le duc d'Alançon, le duc Charles de Bourbon, connestable de France, Charles de Bourbon, comte de Vendosme, François de Bourbon, comte de Sainct-Pol , et le duc de Lorreine 5 , et Claude de Lorreine, comte de Guise, et toute la noblesse qu'il avoit amené de France (hormis ceux qui estoient demourez à la bataille), et xvm cens hommes d'armes, et sa maison, l'armet en teste < et tous les princes de son sang > , et les pentionnaires, dont avoit la charge Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur-Ion 6 , oncle de monsei-

annuelle de 36,000 écus, plus une somme de 94,000 écus payable en deux ans.

1. Jacques de La Trémoïlle, sieur de Mauléon, né en. 1467, mort en 1515.

2. Francesco di Noceto, comte de Pontremoli. Voir É. Picot, les Italiens en France au XVP siècle , dans le Bulletin italien, 1. 1, p. 288-289.

3. Barrillon, Journal, t. I, p. 148, cite M. de Mortemart, qui aurait été le chef de l'escorte donnée à Maximilien, et Fleuranges (Mémoires, chap. li) mentionne Gabriel de La Chastre, sieur de Nançay, capitaine des archers de la garde.

4. Sur cette entrée de François I ar à Milan, qui eut lieu le 11 octobre, voir les Mémoires de Fleuranges, chap. mi; Sanuto, Diarii, XXI, col. 233-234, 236-238.

Page 1