Neuville, sur l'Escaut, cant. de Boucham
162 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Od. 4521
le nombre de quinze à seize cens hommes d'armes et vingt six mille hommes de pied, avec les chevaux légers. Toutesfois, à cause d'un brouiliar qui se leva, on ne pouvoit bien aiséement recognoistre le nombre des gens de l'ennemy. Aucuns de l'avant-garde ne furent d'opinion de les charger; autres, cognoissans qu'il y avoit sept ou buict cens chevaux des ennemis qui couvraient la retraitte des gens de pied, furent d'advis avec quatre cens hommes d'armes d'attaquer lesdits gens de cheval, car les rompans ou rembarrans dedans leursdits gens de pied, on pourrait sçavoir la contenance qu'ils feraient. Et mesmes le seigneur de la Trimouille feit offre de faire ladite charge avec sa compagnie de cent hommes d'armes et les guidons de l'avant-garde, aussi fist le mareschal de Chabannes; et qui l'eust faict, l'Empereur de ce jour là eust perdu honneur et chevance ; mais par aucuns autres il ne fut pas trouvé bon. Parquoy l'ennemy, qui avoit trois lieues de retraitte et toute plaine campagne, à peu de perte se retira et ne perdit à ladite retraitte homme de nom que le bastar d'Emery 1 et quelque peu de gens de cheval qui furent pris prisonniers. Leur retraitte fut à Valanciennes, auquel lieu estoit l'Empereur en tel desespoir que la nuict il se retira en Flandres avec cent chevaux, laissant tout le reste de son armée ; et ce jour là Dieu nous avoit baillé noz ennemis entre les mains, que nous ne voulûmes accepter, chose qui depuis nous a cousté cher, car qui
i. Le bâtard d'Aymeries fut blessé, le 25 octobre, au château de Monchequy, près de Denain, et mourut à Valenciennes. (Macquereau, op. cit., p. 159.)
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refuse ce que Dieu présente de bonne fortune, par après ne revient quand on le demande 1 .
Pendant ce temps, l'arriere-garde estoit passée et estoit le Roy, armet en teste, devant le bataillon de ses Suisses, lesquels sans cesse luy demandoient de donner la bataille, pour luy faire cognoistre le désir qu'ils avoient de luy faire service; d'autant que, depuis la journée de Marignan et qu'ils avoient faict alliance avec luy, ils ne s'estoient trouvez en armée à sa soulde, sinon quand l'Empereur Maximilian vint devant Milan ; mais encores n'estoit alors leur aliance bien confirmée. Lanuict venue, sans autre chose faire (horsmis quelques coureurs qui donnèrent devers Valanciennes), le Roy se logea avecques son armée le long de la rivière, près du lieu où il avoit passé; puis, le lendemain, envoya monsieur de Bourbon devant Bouchai n, laquelle ville se rendit à luy 2 . Aussi envoya monsieur de Vendosme avecques l'arrieregarde, à Sommain 3 , près de la rivière des Carpes 4 , laquelle vient de Douey 5 et va tomber dedans l'eau à
i. Sur ces opérations autour de Valenciennes (23 octobre), voir le Journal de Louise de Savoie, p. 92 ; une lettre de Budé à Guillaume du Maine du 24 octobre, Budxi epistolm grseese, éd. Pichon, p. 81-85; François I" à ses ambassadeurs à Calais, 22 et 25 octobre (Arc h. nat., J 665), et l'épître de Marot à la duchesse d'Àlençon « touchant l'armée du Roy en Haynaut ». Œuvres, éd. Jannet, t. I, p. 144-146. Cf. Fragments de la première Ogdoade, p. 131-139.
2. Le 24 octobre. (Journal de Louise de Savoie, p. 92; Fragments de la première Ogdoade, p. 139-140.)