Bruay, arr. de Béthune
6. Ms. : d'oà il renvoya chacun en sa garnison 9 rompant son assemblée.
212 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Mai 1522
armée à Douvres, pour faire descente à Gallaiz, et mesmes qu'il y avoit un herault par les chemins pour deffier le Roy. Parquoy mondit seigneur de Vendosme inoontinant depescha en poste le seigneur Martin du Bellay, afin d'en advertir le Roy qui estoit à Lion, pour favoriser l'armée qu'il avoit envoyée en Italie, soubs la charge (comme j'ay dit) du Bastar de Savoye, grand maistre de France, du mareschal de Ghabannes et du seigneur de Montmorency. Et fondoit ledit roy d'Angleterre ses deffiences sur ce 4 qu'il se disoit estre juge arbitraire des querelles qui pourraient survenir entre le Roy et l'Empereur Charles d'Autriche, et qu'il estoit tenu de courir sus à celuy qui refuserait les traittez par luy mis en avant, comme arbitre de leur différend. Si disoit-il que l'an précédant, parle deffault du Roy, lors qu'il estoit devant Valanciennes, et les ambassadeurs d'Angleterre estans là envoyez de sa part pour moyenner la paix, elle n'avoit esté accordée, pour n'avoir voulu le Roy rendre Fontarabie, prise (à ce que disoit l'Empereur) depuis le traité de paix mis en avant.
En ce temps, Soliman, roy des Turcs, voyant tous les princes chrestiens en guerre, entreprist de mettre en son obéissance l'isle de Rhodes, ce qu'il fit après l'avoir assiégée huict mois, par faulte d'estre secourue des princes chrestiens 2 .
foires d'Italie. — Tandis que ces choses se fai-
1. Ms. : sur le reffus qu'il disoit que le Roy avoit faict de rendre Fàntarrabie, dont la roupture de la paix qui avoit esté conclutte devant ValenUènnes estoit provenue. En ce temps, etc.
2. Rhodes fut investie le 26 juin 1522; elle fut prise le 25 décembre suivant. Voir à ce sujet Ch. de La Roncière : Histoire de la marine française, t. III, p. 148-163.
Janv.-févr. 1522] DEUXIÈME LIVRE. 213
soient en Picardie, le seigneur de Lautrec, estant adverty que le secours venant de France approchoit en toute diligence, fit assembler son armée, qui estoit séparée en plusieurs lieux, pour leur donner moyen de vivre.
Quand et quand fist diligence de solliciter les Vénitiens à ce qu'ils eussent à préparer le secours auquel ils estoient tenus par la ligue, afin qu'arrivans les Suisses, ils fussent prests de se jetter en campagne sans perdre temps ; et mesmes manda ausdits Vénitiens qu'ils eussent à prendre garde sur leurs limites à ce que Hieronyme Adorne, qui amenoit six mille lansquenets pour le secours des Impériaux, n'eust passage par leurs destroicts. Mais ils firent si mal leur devoir d'y pourveoir, que ledit Hieronyme avecques lesdits lansquenets, passa à Bergame, devant qu'ils eussent mis gens ensemble pour l'empescher. Le seigneur Prospère, se voyant venir sur les bras si grandes forces et n'ayant le moyen de tenir la campagne, délibéra de fortifier Milan, et mesmes de brider le chasteau, à ce qu'il ne peust estre secouru par les nostres ; et pour cest effect, fist du costé du parc de grandes tranchées doubles, avec plusieurs plateformes par les endroits qui estoient nécessaires. Et estoient lesdites tranchées deffensables, contre les saillies que pouvoient faire ceux du chasteau, et du costé dont pouvoit nostre armée les venir assaillir, dedans lesquelles il mist une partie de ses forces ; puis, après avoir pourveu aux choses susdites, alla loger avec le reste de son armée entre la rivière d'Àdde et le Tesin, et envoya le comte Philippe Tourniel 1 dedans Noare.