‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 207 sur 258 · Charles de Saint- Aubin, sieur de la Mothe des Noyers · texte numérisé non relu

Charles de Saint- Aubin, sieur de la Mothe des Noyers

266 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Août 1523

laissant en Champagne le seigneur d'Orval, puisné d'Àllebret, dont il estoit gouverneur; et au lieu du seigneur de la Tri mouille, qui estoit gouverneur de Bourgongne, laissa le duc de Guise; en Guienne et Languedoc, le seigneur de Lautrec, Odet de Foix, et madame Louise, sa mère, régente en France 1 .

Le Roy, arrivé audit Moulins, trouva le duc de Bourbon contrefaisant le malade, mais le gentil prince, qui tousjours estoit plus enclin à miséricorde qu'à vengence, espérant réduire ledit de Bourbon, et le divertir de son opinion, alla le visiter en sa chambre ; auquel lieu, après l'avoir reconforté de sa maladie, qui toutesfois estoit simulée, luy déclara les avertissemens qu'il avoit des praticques que faisoit faire ledit Empereur par le seigneur du Ru pour l'attirer à son service, et le divertir de la bonne affection qu'il estoit asseuré qu'il portoit à la couronne de France, et qu'il pensoit bien qu'il n'avoit escouté lesdits propos pour mauvaise volonté qu'il portast à luy ny au royaume, estant sorty de sa maison, dont il estoit si proche, mais que desespoir et crainte de perdre son estât luy pouvoient avoir troublé la bonne amitié et affection qu'il avoit tousjours porté envers son prince et seigneur, et qu'il eust à mettre hors de sa fantasie telles choses qui le troubloient; l'asseurant qu'au cas qu'il perdist son procès contre luy et contre madame sa mère, de luy restituer tous ses biens, et qu'il se tint préparé pour l'accompagner en son voyage d'Italie 2 .

1. La déclaration donnant à Louise de Savoie les pouvoirs de régente est datée de Gien- sur-Loire, 12 août 1523.

2. Voir le récit de cette visite fait par François I er lui-même

Août 4523] DEUXIÈME LIVRE. 267

Ledit seigneur de Bourbon, comme sage et prudent, sceut bien dissimuler sa délibération : bien confessa au Roy que ledit Àdrian de Crouy, seigneur du Ru, l'avoit recherché de la part de l'Empereur, mais que luy n'y avoit jamais voulu prester l'oreille, et qu'il avoit bien eu en pensée d'en advertir le Roy au premier lieu qu'il parlerait à luy. Toutesfois qu'il ne l'avoit voulu mettre en la bouche d'autruy, asseurant quand et quand le Roy que les médecins luy promettaient que dedans peu de jours il pourrait aller en littiere, et qu'incontinant ne faudrait se trouver à Lion après Sa Majesté. Ce neantmoins le Roy fut de plusieurs conseillé de se saisir de sa personne; mais, estant prince humain, ne voulut faire exécuter ladite opinion, veu mesmes que les choses n'estoient bien avérées, et qu'il n'estoit raisonnable de faire injure à un tel prince qu'estoit monsieur de Bourbon, sans premièrement estre les choses bien justifiées.

Le Roy, se pensant tenir asseuré de la promesse de monsieur de Bourbon, estimant l'avoir bien reconcilié, partit de Moulins et print son chemin à Lion, pour tousjours faire acheminer son armée ; fet laissa, pour accompagner ledit seigneur, Perot de la Breton niere, seigneur de Warty 4 . Peu de jours après, le duc de

dans une lettre à Louise de Savoie (sans date, mais probablement du 19 ou du 20 août) dans P. Paris, op. cit., t. II, p. 133-135. 1. Pierre de la Bretonnière, sieur de Warty, conseiller d'État, gentilhomme de la chambre du Roi, grand maître des eaux et forêts de France, chargé de plusieurs missions diplomatiques, mort le 16 octobre 1542. Le sieur de Warty ne fut pas laissé à Moulins après le départ du Roi, il y rat envoyé à la fin d'août, et une seconde fois dans les premiers jours de septembre pour s'enquérir de l'état de santé du connétable.

268 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Sept. 1523

Bourbon partit de Moulins et print le chemin de Lion ; mais, estant arrivé à la Palisse 1 , feignit sa maladie estre rengregée, et dudit lieu partit ledit de Warty, avec lettres de mondit seigneur de Bourbon, pour acertener le Roy de son partement. Après le partement dudit d'Warty, monsieur de Bourbon, considérant que, par arrest de la Cour de Parlement, tous ses biens estoient séquestrez, et que mal-aisement en pourroit il jamais jouir, ayant une si forte partie qu'estoit madame mère du Roy, voulut, avant que passer outre, entendre la volonté dudit seigneur ; attendant laquelle se retira à Ghan telles 2 , place sienne assez forte, où estoient tous ses meubles, duquel lieu, à son arrivée, depescha devers le Roy l'evesque d'Autun 3 , de la maison des Huraults, avecques lettres et instructions signées de sa main, lesquelles j'ay bien voulu icy insérer de mot à mot.

Lettres de monsieur de Bourbon au Roy. — < Monseigneur, je vous ay escrit bien amplement par Perot d'Warty; depuis je vous ay depesché l'evesque d'Autun, présent porteur, pour de tant plus par luy vous faire entendre la volonté que j'ay de vous faire service. Je vous supplie, monseigneur, le vouloir croire de ce qu'il vous dira de par moy, et vous asseurer sur mon honneur que je ne vous feray jamais faulte. De vostre maison de Ghantelles, le vu de septembre.

Instruction. — t Mais qu'il plaise au Roy faire rendre les bien? de feu monsieur de Bourbon, il promet de

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