‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 212 sur 258 · Peut-être Vocance, arr. de Tournon (Ardèche · texte numérisé non relu

Peut-être Vocance, arr. de Tournon (Ardèche

272 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Sept. 1523

dudit lieu recogneut Pomperont, et luy dist nouvelles comme ses grands chevaux avoîent passé le jour précédant par là ; et, pour laquelle cognoissance, l'hostesse luy presta une jument de relaiz, parce que son cheval estoit recreu, et luy bailla son fils pour guide.

Dudit Vauquelles partit mondit seigneur de Bourbon, feignant estre serviteur de Pomperant, environ minuict, et au poinct du jour arriva à Dauce 1 près de Vienne, estant la rivière du Rhosne entre deux. Le seigneur de Bourbon demoura caché derrière une maison, craignant qu'il y eust garde de par le Roy sur ladite rivière, ce pendant que Pomperant alla pour entendre des nouvelles; lequel, estant arrivé près du pont de Vienne, trouva un boucher, auquel il fit entendre qu'il estoit archer de la garde du Roy, luy demandant si ses compagnons n'estoient pas venus à Vienne pour garder le passage, à ce que monsieur de Bourbon ne passast la rivière, et que ses compagnons luy avoient mandé que leur enseigne s'y devoit trouver. Le boucher luy feit responce qu'il n'y en avoit aucuns, mais bien avoit il entendu qu'il y avoit force gens de cheval du costé de Dauphiné. Pomperant, ayant entendu le passage n'estre gardé, retourna devers monsieur de Bourbon, et conclurent de ne passer point le pont, craignans d'estre cogneus, mais aller passer à un bac à* demie lieue de là ; auquel lieu estans embarquez, dix ou douze soldats de pied s'embarquèrent avec eux, chose qui estonna ledit de Bourbon; mesmes qu'es-

i. Peut-être Andance, arr. de Tournon. Mais Andance est déjà à une certaine distance au sud de Tournon.

2. Ms. : à une lieue de là, ce qu'ils feirent en grand doubte. Le reste du paragraphe manque dans le manuscrit.

Sept. 1523] DEUXIÈME LIVRE. 273

tans au milieu de la rivière, Pomperant fut recogneu par aucuns desdits soldats, qui donna plus grande terreur à mondit seigneur de Bourbon ; toutesfois il fut rasseuré par ledit Pomperant, disant que, s'ils cognoissoient quelque hazard, ils couperaient la corde pour faire tourner le bac vers le pais de Vivarez, où ils pourraient gaigner les montagnes et se mettre hors de danger; mais ils ne tombèrent en cest inconvénient.

Ayans mesdits seigneurs de Bourbon et Pomperant passé la rivière, tant qu'ils furent' à la veue des hommes, suivirent le grand chemin de Grenoble; puis tournèrent à travers les bois, droict à Sainct-Antoinede-Viennois 1 , et allèrent loger à Nanty 2 , en la maison d'une ancienne dame vefve, laquelle, durant le soupper, recogneut Pomperant, et luy demanda s'il estoit du nombre de ceux qui avoient faict les fols avecques monsieur de Bourbon; Pomperant respondit que non, mais que bien il voudrait avoir perdu tout son bien et estre en sa compagnie. Sur la fin de table, vindrent nouvelles que le prevost de l'hostel estoit ou avoit esté à une lieue de là, bien accompagné, à la poursuitte de monsieur de Bourbon, dont il fut estonné, de sorte qu'il se voulut lever de table pour se sauver; mais il en fut empesché par ledit Pomperant, pour crainte de donner souspeçon à la compagnie. Au sortir de table, montèrent à cheval et allèrent loger à six lieues de là, auquel lieu ils séjournèrent un jour pour reposer leurs

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