Garlasco, à 15 kil. au sud-est de Mortara
Févr.-mars 1524] DEUXIÈME LIVRE. 307
assaillis, n'eurent la puissance de soustenir l'effort de l'ennemy, et furent forcez; puis, y ayant laissé bonne garnison, ledit duc d'Urbin se retira au camp impérial. Geste prise fut fort commode à l'ennemy, parce qu'après icelle les vivres venoient de Pavie à leur camp en toute liberté. Monsieur l'Amiral, voyant les ennemis avoir passé le Tesin et avoir pris Garlas, ayant peur que le chemin de l'Omeline luy fust clos, et consequemment d'estre affamé, d'autant que de ce costé là luy venoient tous les vivres, laissant à Biegras mille hommes de pied et cent chevaux légers, vint logera Vigeve 4 .
Estant logé le camp impérial audit Garlas, et à Binasq 2 , le seigneur Jean de Medicis, estant en campagne, rencontra deux cens Suisses des nostres qui estaient allez au fourrage, lesquels, ne se sentons nombre suffisant pour le combatre, se retirèrent en lieu fort; mais, après s'estre rendus audit seigneur Jean la vie sauve, nonobstant la foy à eux baillée, les feit passer au fil de l'espée. Les Suisses, irritez de cest outrage, demandèrent à monsieur l'Amiral qu'il leur permist de faire la mauvaise guerre, laquelle pour les contenter leur accorda; de sorte que durant trois sepmaines aucun des ennemis ne tomba entre les mains desdits Suisses qu'il ne fust massacré, et s'il s'amenoit quelques prisonniers en nosfre camp, il leur estoit permis de les tuer. Si nous eussions continué ce train, il est apparant que la fin de la guerre eut esté