Le val d'Aoste (Doria Baltea
3. Cesanna, sur la Doria Riparia, au pied du col du mont Genèvre.
316 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Mai 1524
Reddition de Laudes et Alexandrie. — Le vice-roy de Naples, voyant le duché de Milan délivré de l'armée de France, fut d'advis que le duc d'Urbin avecques l'armée vénitienne se retirerait, et en passant mettrait la ville de Laudes, encores tenue par le seigneur Federic de Bozzolo au nom du Roy, entre les mains du duc Sforce, et le marquis de Pesquaire irait avec une partie de l'armée pour réduire Alexandrie entre les mains dudit duc, pour lors encores gardée par le seigneur de Bussy d'Âmboise au nom du Roy. Lesdits seigneurs Federic et d'Amboise, voyans entièrement nostre armée retirée, et nulle espérance de secours, après avoir faict leur devoir, capitulèrent qu'il leur serait permis d'envoyer devers le Roy, et que si dedans quinze jours ils n'avoient responce dudit seigneur, ils remettraient lesdites places entre les mains de l'Empereur 4 . Ayans dedans ledit temps eu response du Roy, qu'il n'avoit le moyen de les secourir, et qu'ils eussent à faire la plus honnorable composition qu'il leur serait possible, s'en revindrent en France par composition faicte, bagues sauves et enseignes desployées, conduits à seureté jusques à Suze, remettans lesdites places es mains des députez de l'Empereur.
1524. — Armée imperialle devant Marseille. — En ce temps arriva mandement au vice-roy, de la part de l'Empereur et du roy d'Angleterre, par lequel luy estoit commandé, qu'ayant mis nostre armée hors d'Italie, suivant la victoire, il eust à faire l'entreprise
i. La capitulation de Lodi est du 18 mai, celle d'Alexandrie du 26. Voir les textes dans Sanuto, Diarti, t. XXXVI, col. 357-359, 377-380.
Juill. 1524] DEUXIÈME LIVRE. 317
sur le royaume de France, car ils se promettaient de grandes choses, par la faveur et intelligence que le seigneur de Bourbon disoit avoir en France. Et pour cest effect avoient esté envoyez de la part de l'Empereur deux cens mille escus à Gennes, avecques autre grosse somme de deniers que devoit le roy d'Angleterre contribuer tous les mois pour ladite exécution 1 . Pour conduire l'armée fut ordonné monsieur de Bourbon, chef, le marquis de Pesquaire en sa compagnie, avecques xv mille hommes de pied, deux mille chevaux et dix huict pièces d'artillerie. Le duc de Bourbon, suivant son desseing, se persuadoit qu'estant arrivé en ce royaume, la pluspart de la noblesse se retirerait à luy ; de laquelle espérance il fut frustré, car le naturel du François est de n'abandonner jamais son prince; ayant receu son armée en main, entreprint d'aller assaillir Marceille, espérant, par ce qu'elle n'estoit remparée, et aussi peu flanquée, aisément la pouvoir conquérir, aussi qu'il la trouveroit despourveue d'hommes et de munitions.
Le Roy, adverty du chemin que prenoit ledit de Bourbon, depescha le seigneur de Rence de Gère, homme fort expert au faict des armes, et avecques luy le seigneur de Brion, et environ deux cens hommes d'armes et trois mille hommes de pied, pour se mettre dedans Marseille. Auquel lieu estans arrivez feirent telle diligence de ramparer et faire plateformes, qu'en peu de jours, avecques l'ayde tant des soldats que des citadins de ladite ville la mirent en tel estât que pour