Giovan Matteo Giberti, évêque de Vérone
Janv. 1525] DEUXIÈME LIVRE. 329
guilly avec sa compagnie de gens d'armes, et trois cens chevaux légers, cent de monsieur d'Albanie, la compagnie du duc de Longueville conduite par le seigneur des Loges, son lieutenant, dix mille hommes de pied et quelque nombre de chevaux légers, avec x ou xu pièces d'artillerie, ce que sembla à plusieurs n'estre raisonnable que le Roy separast son armée 1 . Le viceroy de Naples et le marquis de Pesquaire, qui estoient à Laudes (car monsieur de Bourbon n'y estoit pour lors, parce qu'il estoit allé en Allemagne faire levée de xu mille lansquenets, des deniers (comme j'ay nagueres dit) que le duc de Savoye luy avoit preste) avertis du partement de mondit seigneur d'Albanie, estimans seulement qu'il fust allé pour recevoir du duc de Ferrare un nombre de pouldres, de boullets, oustils à pionniers et autres munitions de guerre qu'il prestoit au Roy 2 , partirent de Laudes avec leurs forces et passèrent le Pau, pour coupper chemin au seigneur d'Albanie. Mais estans arrivez à Monticel 3 , v mille près de Gremonne, du costé de Plaisance, délibérez de marcher à Fleuransolles*, leur furent amenez de l'armée de monsieur d'Albanie deux chevaux légers qui avoient esté surpris au fourrage, par les-
1. Sur cette expédition du duc d'Albanie, voir J. Paquier, Nonciature..., p. 19-20; Desjardins, Négociations de la France avec la Toscane, t. II, p. 793, 797, 800, 805.
2. Voir les reçus de ces différents prêts datés des 26 novembre, 9 décembre 1524 et 8 février 1525. (Bibl. nat., ras. fr. 3044, fol. 89-90.)
3. Ms. et l re éd. : Moucelles. Monticelli, sur la rive droite du Pô, à 10 lui. au sud-est de Crémone.
4. Fiorenzuola, sur l'Arda, à 25 kil. au sud-est de Plaisance.
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quels ils furent asseurez que l'entreprise dudit seigneur d'Albanie estoit pour le royaume de Naples. Lesquelles choses entendues, se fermèrent à Mootissel, ne se sentons assez forts pour combatre nostre armée, et la laissèrent passer.
Le vice-roy de Naples, ayant entendu l'entreprise du duc d'Albanie qui marchoit avec la faveur du Pape, sentit le royaume de Naples en hazard, parquoy résolut d'y tourner la teste pour y pourveoir, mais il en fut dissuadé par le marquis de Pesquaire, luy remonstrant que s'il abandonnoit Testât de Milan, le Roy aisément viendrait à fin de son entreprise et se mettrait à sa queue, à raison dequoy ayant monsieur d'Albanie en teste et le Roy derrière, son entière ruine estoit manifeste ; à ceste cause il changea d'opinion. Peu après, estant les forces imperialles augmentées pour le secours qui leur estoit survenu, et ayant le vice-roy la cognoissance de la ruine de l'armée du Roy pour le long hy ver qu'elle avoit enduré en campagne, et aussi que le Roy avoit séparé son armée (sçavoir est ce qu'avoit mené monsieur d'Albanie, et quatre ou cinq mille hommes qu'avoit avec luy le marquis de Salluces, qui estoit lieutenant du Roy à Savonne, et aux environs, sans autre grand nombre qu'avoit le Roy, tant à Milan qu'aux autres places, pour la seureté des vivres), délibérèrent qu'attendans l'arrivée des lansquenets qu'amenoit monsieur de Bourbon, ils se jetteraient en campagne. Après laquelle resolution, le marquis de Pesquaire avec une partie de l'armée marcha droict à Gassan*, qui est sur la rivière d'Adde,