Ms. : Charles de Mouy (en surcharge
334 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Janv. 1525
commandé, fist telle diligence qu'il meit à vau de route les quatre mille hommes impériaux avec l'ayde des galleres (comme j'ay dit). Voyant ledit Montcade ses gens en routte, print avecques luy les principaulx de ses capitaines, desquels il avoit fiance, et demeura sur la queue pour soustenir l'effort, mais il fut chargé de telle furie qu'il fut prins, et tous ceux qui estoient avecques luy. Puis, après les avoir envoyez à Savonne en seure garde, noz gens suivirent leur victoire jusques à trois mille de Gennes, mettans au fil de l'espée tout ce qui s'en trouva devant eux.
Le marquis de Salluces, avecques l'armée de mer, suivit les galleres jusques à Gennes, auquel lieu estant arrivé, trouva l'amiralle de Gennes à la rade, laquelle il assaillit à coups de canon, où, après long combat, ladite amiralle se rendit, dedans laquelle fut trouvé grand nombre d'artillerie et d'autres munitions et richesses. Aussi, noz galleres poursuivirent celles des ennemis, dont ils en prindrent deux. Ce faict, le marquis, avecques les prisonniers et butin, se retira à Savonne; s'il eust eu armée pour assiéger Gennes aussi bien par terre que par mer, veu l'estonnement qui s'estoit mis dedans la ville pour avoir perdu leur chef avecques plusieurs capitaines et soldats, elle estoit en grand hazard d'estre perdue pour l'Empereur et remise entre les mains du Roy 1 .
Guerre en Picardie. — Durant ce temps que le Roy estoit devant Pavie et que monseigneur de Vendosme estoit demouré lieutenant du Roy en Picardie, se fan
1. Le combat de Varazze est du 29 janvier et la tentative sur Gènes du lendemain. Voir C. de la Roncière, op. cit., t. III, p. 195-196.
Janv.-févr. 1525] DEUXIEME LIVRE. 335
soit ordinairement la guerre guerroyable, un jour à l'avantage de l'un, autre fois de l'autre; et entre autres choses un jour messire Antoine de Crequy, seigneur du Pontdormy, lieutenant du Roy audit pais en l'absence de mondit seigneur de Vendosme, partant de Montreul, feit une entreprise pour mettre vivres dedans Terouenne et, en ce faisant, tenter la fortune s'il pourroit forcer le Neuf fossé 1 , qui est une grande tranchée plaine d'eau qui ferme le val de Gassel, depuis Saint-Omer jusques à Aire, et à chaque entrée que on arrive audit val le long de ladite tranchée, y a des blocus de terre que nous appelions boullevers, dedans lesquels se retirèrent en seureté les soldats de la garde d'iceux, estans bien pourveus de grosse et menue artillerie pour garder lesdits passages et entrées dudit val, dedans lequel tous les biens et bestial du pais sont retirez. Ledit seigneur du Pontdormy, pour exécuter son entreprise, manda au baillif de Somer au Bos, gentilhomme boullenois ayant crédit parmy les soldats, qu'il eust à faire levée dedans ledit pais de mille ou xn cens hommes de pied et de se trouver le lendemain au village de Foucamberge, sur le soir ; auquel jour, le seigneur du Pontdormy, partant de Montreul, arriva environ deux heures devant le soleil couché, ayant avecques luy la compagnie de monsieur de Vendosme, de cent hommes d'armes, conduitte par le seigneur de Torsy*, son
1. La tranchée de Neuf-Fossé, de Saint-Oraer suiTAa à Aire sur la Lys, avait été commencée au xi* siècle par le comte Baudouin de Flandre pour défendre le territoire d'Aire; elle ne fut transformée en canal qu'à la fin du xvn° siècle.