‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 60 sur 258 · AU ROY TRÈS-CHRESTIEN · texte numérisé non relu

AU ROY TRÈS-CHRESTIEN

à celle de messire Philippes de Commînes, par ce qu'apartenant de si près à l'autheur, seroy estimé juge recusable ; bien dirây , ce que chacun m'accordera, que monsieur de Langey n'a eu moins de charges et honneurs en vostre royaume, et que son stile, son discours, ses termes le monstrent bien versé aux affaires dont il escrit; outre ce, qu'en luy on peut remarquer autant de sçavoir et d'éloquence : aussi estoit il nay en un siècle bien fort lettré, et ne se trouvera au par-sus moins diligent d'escrire la pure vérité de ce qu'il a veu et cogneu. 11 me souvient luy avoir ouy dire maintesfois (lors qu'il detestoit les mensonges et adulations d'aucuns historiographes de son temps) que ceux qui escrivoyent faux en histoire devoyent estre punis au double des faux tesmoins ; et avoit raison d'ainsi le dire, car, bien que l'histoire ne soit autre chose qu'un tesmoignage de ce qui s'est passé en chacun siècle, la conséquence de la fauceté d'icelle est d'autant plus grande qu'elle ne circonvient un juge au dommage de quelques particuliers, comme le faux tesmoignage, mais abuse ceux du temps présent et la postérité, qui recevront par ce moyen le faux pour le vray, estant, en ce faisant, l'honneur desrobé à qui il appartient et donné à qui ne le mérite. Feu monsieur de Langey s'est bien gardé de tomber en ce péché, car, comme il ne celé les actes louables d'aucuns, soyent des nostres ou des estrangers, aussi il ne s'espargne à remarquer leurs fautes, parlant neantmoins reveremment des princes et seigneurs qu'il a deu respecter; et, descrivant leurs desseins et exécutions, ne le fait selon le bruit qui couroit à l'heure, bien souvent faux et variable, mais comme il les avoit apris, ou pour s'y estre trouvé, ou

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