‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 99 sur 258 · Chivasso, sur le Pô, au confluent de l'Orco (22 août · texte numérisé non relu

Chivasso, sur le Pô, au confluent de l'Orco (22 août

6. Verceil, sur la Sesia, à 25 kil. au nord de Casai (27 août).

7. Novare, sur l'Agogna, à 25 kil. au nord-est de Verceil (30 août).

le seigneur de Tavennes, son lieutenant. Ayant doncques le Roy recueilly toutes ses forces ensemble, print le chemin de Marignan.

Durant ce temps, par le moyen du duc de Savoye etdubastard de Savoye, se brassoit un appointtement entre le Roy et lesdits Suisses, lequel fut tellement démené qu'il fut conclu 1 . Et estoit tel que le Roy leur fournissoit comptant une grosse somme de deniers qu'ils disoient leur estre deus, tant par le feu Roy que ses prédécesseurs, pour les services qu'ils leur avoient faicts, et mesmes par le traitté de Dijon faict par le seigneur de la Trimouille, moyennant lesquels deniers ils remetteroient entre les mains du Roy le duché de Milan; et le Roy donnoit soixante mille ducats de pension à Haximilian S force, pour lors usurpateur dudit duché; et, pour trouver lesdits deniers, fut prise toute la vaisselle tant des princes que des gentilshommes particuliers avec tout l'argent qu'ils pouvoient avoir, leur laissant seulement de quoy faire leur despense de huict jours.

Le duc de Gueldres, voyant la paix conclue et ayant les nouvelles que les Brabançons estoient entrez en ses pais, prenant congé du Roy, laissa sa charge au comte de Guise, son nepveu, et print la poste pour aller secourir ses subjets; mais, arrivé à Lion, estant adverty que la bataille se donnoit, en print tel ennuy

1. Sur ces négociations que conduisit avec les Suisses le bâtard de Savoie, le duc de Savoie Charles jouant le rôle de médiateur, voir le Journal de Barrillon, t. I, p. 87-90, 93-99. Elles aboutirent au traité de Gallarate, 8 septembre. Voir le texte dans le Journal de Barrillon, t. I, p. 102-108, et dans les Ordonnances, 1. 1, n° 69.

qu'il en tomba en fièvre continue, dont il fut en danger de mort.

Estant ledit traitté conclu et les deniers mis ensemble, furent ordonnez le seigneur de Lautrec et le bastard de Savoye, avec quatre cens hommes d'armes, pour porter lesdits deniers à Bufferolle 1 , auquel lieu se dévoient trouver les députez de par les Ligues pour recevoir lesdits deniers. Et le Roy, pensant que, suivant le traitté, luy deust estre livrée la ville et le chasteau de Milan, marcha jusques auprès de Saincte-Brigide 2 , sur la grande estrade milanoise, auquel lieu il se logea, espérant le lendemain aller loger à deux mille près de Milan.

Or estoit l'armée du Pape conduitte par le magnifique Laurens de Medicis 3 , nepveu dudit Pape, à Plaisance, et l'armée du roy d'Espagne conduitte par dom Raimon de Cardone*, qui est celuy qui estoit chef de l'armée espagnolle, à la journée de Ravenne, près dudit lieu de Plaisance, sur la rivière du Pau ; lesquels, encores qu'ils fussent fort sollicitez, tant du duc Maximilian que

1. Buffalora, sur la rive gauche du Tessin, à une vingtaine de kil. à Test de Milan.

2. Santa-Brigida, près de Melegnano, sur la grande route (estrade = strada) conduisant à Milan, qui se trouve à 18 kil. au nord-ouest.

3. Laurent II de Médicis, né le 13 septembre 1492, à Florence, fils de Pierre II et neveu de Léon X, duc d'Urbin (août 1515). Il épousa, en 1518, Madeleine de La Tour-d'Auvergne et mourut le 28 avril 1519. C'est le père de Catherine de Médicis.

4. Raimon de Cardona, vice-roi de Naples (1509), battu à Ravenne par Gaston de Foix, vainqueur de l'Alviano à la Motta (octobre 1513). Après Marignan, il se retira dans le royaume de Naples.

du cardinal de Sion, de se venir joindre avec les Suisses, n'y voulurent jamais consentir pour deux occasions : l'une, que l'un ne se fioit de l'autre, car le seigneur Laurens craignoit que dom Rai mon, attendu les dissimulations dont il usoit, eust commandement du roy son maistre d'ainsi le faire, ayant quelque traitté secret avecques le Roy ; aussi dom Rftimon avoit doute dudit Laurens de Medicis à cause que plusieurs ambassadeurs estoient allez devers le Roy de la part du Pape 1 ; et tous deux aussi en gênerai craignoient d'entrer entre l'armée du Roy tant gaillarde et celle des Vénitiens qu'amenoit le seigneur Barthélémy d' Al vienne ; qui nous donna grand avantage.

Les Suisses, estans prests à depescher leurs députez pour aller à Bufferolle, furent par le cardinal de Sion dissuadez de ce faire et persuadez de rompre et faulser leur foy, leur remonstrant qu'estant le Roy asseuré du traitté de la paix, auroit laissé son armée en nonchalloir, et mesmes que le Roy, sur ladite asseurance, avoit contremandé Barthélémy d'Âlvienne, qui estoit à Laudes 2 avec l'armée vénitienne, de ne passer outre. Parquoy, partans à l'improviste, feraient deux effects : l'un, passant audit Bufferolle, pourraient ravir l'argent que monsieur de Lautrec y avoit porté, et, quand et quand, venir donner la bataille au Roy, luy ne se doub-

1. A Marignan, en effet, un envoyé du Pape, le secrétaire Cinzio Filonardi, vint trouver François I* r . Voir les lettres du cardinal Jules de Médicis à Laurent dans Desjardins, Négociations avec la Toscane, t. II, p. 723-731, et Journal de Barrit /on, t. I, p. 110-ili. Voir aussi P. Richard, Une correspondance diplomatique de la curie romaine à la veille de Marignan (Î5Î5), Paris, in-8°, 1904.

2. Lodi, sur la rive droite de l'Adda, à 33 kil. à Test de Milan.

tant d'aucun ennemy, ayant séparé d'avecques luy ses forces, comme l'armée vénitienne et les quatre cens hommes d'armes qu'avoit mené mondit seigneur de Lautrec. Mais ledit seigneur de Lautrec, adverty par ses espies de la délibération faicte par les Suisses, se meit hors du chemin avec les deniers et se retira à Galleras 1 . Parquoy les Suisses, ne trouvans ce qu'ils cherchoient, passèrent outre pour exécuter leur entreprise sur le Roy.

Journée des Suisses. — Le jeudy treziesme de septembre, jour de saincte Croix, mille cinq cens quinze, environ deux heures après midy, vindrent lesdits Suisses donner sur nostre avant-garde, de laquelle avoit la conduitte le duc de Bourbon, connestable de France; mais ils trouvèrent ledit connestable en armes, lequel à ceste première abordée les recueillit vigoureusement, non sans perte; car il entra un eflroy en un des bataillons de noz lansquenets, tel qu'ils s'esbranlerent pour se mettre à vau de roupte, ayans mis en leur opinion que le traitté que le Roy avoit faict avecques les Suisses estoit demouré en son entier et que ce qui se faisoit estoit une fainte pour les vouloir livrer entre les mains des Suisses, leurs anciens ennemis 2 . Mais, voyans la gendarmerie qui soustint l'effort des ennemis, reprindrent asseurance telle qu'ils retournèrent au combat, voyans aussi le Roy qui marchoit avec les bandes noires, coste à coste de son

1. Gallarate, entre le Tessin et l'Olona, à 40 kil. au nordouest de Milan.

2. Guillaume du Bellay (Fragments de la première Ogdoade, p. 9) donne le même détail, mais le place le 14 septembre au matin.

artillerie. À ladite charge fut tué François, monsieur de Bourbon, le seigneur d'Imbercourt, le comte de Sanxerre et plusieurs autres gens de bien; et dura le combat jusques à la nuict, qui fut si obscure, mesmes à cause de la grande poulciere que faisoient les deux armées, que nul ne cognoissoit l'autre; et mesmes que les Suisses portoient pour leur signal la croix blanche aussi bien que les François, ne portons pour différence sinon une clef de drap blanc chacun en l'espaule ou en l'estomac ; et, pour mieux surprendre nostre armée, n'avoient porté aucuns tabourins, mais seulement des cornets pour se rallier ; et fut la chose en tel desordre, pour l'obscurité de la nuict, qu'en plusieurs lieux se trouvèrent les François et les Suisses couchez auprès les uns des autres, des nostres dedans leur camp et des leurs dedans le nostre ; et coucha le Roy toute la nuict, armé de toutes ses pièces (hors mis son habillement de teste), sur l'affust d'un canon 1 .

Le jour venu qu'on se recognut, chacun se retira soubs son enseigne et commença le combat plus furieux que le soir, de sorte que je vey un des principaux bataillons de noz lansquenets estre reculé de plus de cent pas, et un Suisse, passant toutes les batailles, vint toucher de la main sur l'artillerie du Roy, où il fut tué 2 , et sans la gendarmerie qui soustint le faix, on estoit en hazard. A ladite bataille 3 fut tué messire François de la Trimouille, prince de Tallemont, seul fils

1. Voir la lettre écrite par François I er à sa mère, le 14 septembre, dans Michaud et Poujoulat, t. V, p. 595-597.

2. On trouve le même détail dans le Journal de Barrillon, t. I, p. 119-120, qui le place le 13 septembre.

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