‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 104 sur 200 · Çarpeneto, lur U commune de la Loggia, près de Cari · texte numérisé non relu

Çarpeneto, lur U commune de la Loggia, près de Cari

Ftftr.-mart 1S44) DIXlftMB LIVUL I»

oonuDodité, tant deçà que delà l'eau, et que Teoneiny ne ooas le peust oster, fut ordonné à chacun bout dudict pont un fort ausquels furent mis quatre ense^nes de gens de pied italiens, sçavoir est Hercules BoutigefesS Hercules Viconte, Bernardin Corse et un autre. Gela faict, nostre armée partit de Vimeux et, passant le Pau par le pont des Sablons, vint loger à YiUedestelon, qui est entre Carignan et Quiers, distant de deux mille de Carignan et trois de Quiers, pour empescher les ennemis de venir secourir ou pefreschir ledict Carignan . Car du costé d'Âst leur estoit melaisé sans nous combatre, à cause de Villeneuive d^Ast, que nous tenions en nostre obéissance. Ëstans audict lieu de Villedestelon, nous y fortifiasmes nostre camp et, au bout de delà du pont que nous avions bruslé, fut faict un fort auquel furent logées deux enseignes de gens de pied de Dauphiné, sçavoir est le capitaine Passin- et un autre. £n ce poinct demeura nostre camp, depuis environ la Chandeleur jusques en Quareme, non sans qu'il j eust ordinairement de belles eecarrooucbes ; car les jeunes gens du camp, desirans à faire armes, de jour en autre passoient le pont et, à la faveur de la garde d'iceiuy et des garnisons de yimeuz et du fort de S. Martin, se faisoient de belles entreprinses et de beaux faicts d'armes, quelquesfois à l'advantage des nostres, autresfois au prouffict des

i. Ercole BottigelU. Voir É. Picot, les luUiens en Framce au XVT tièele^ dans le Bulletin italien, 1903, p. 28, note 9.

2. FraBçoU de Grôlée, s' de Passins et Cozance, fils de Philibert de Grôlée et de Claudine de Longecombe. 11 fut tué à Corisoles. Paatins est un bourg voiain de Morestel, arr. de la Tour-du-Pin (Isère).

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assiégez, d'autant qu'ils estoient quatre mille Espagnols et lansquenets des plus aguerris de l'Europe ^

Environ le moys de mars mille cinq cens quarante trois, monseigneur d'Anguien eut nouvelles que le marquis du Guast faisoit diligence d'assembler ses forces pour secourir les assiégez; et, pour cest effect, ledit marquis avoit délibéré de venir prendre le logis de Carmagnole, lequel s'il eust prios il estoit en son pouvoir sans hasard de les refreschir. Car, se fortifiant ledit lieu, il y eust peu faire un pont pour passer deçà l'eau et nous laisser delà mourir de faim, parce qu'il eust trouvé le marquisat de Salusses remply de tous biens, et nous n'avions que tout pals mangé ; d'avan> tage nous estions contraincts de Quiers, Ast, Fossan, Montdevis, Cony, Busqué et autres places, tellement qu'il nous estoit malaisé d'avoir vivres qu'avecques les armes. Ces nouvelles entendues, ledit seigneur assembla le conseil, auquel après plusieurs opinions diverses (car aucuns estoient d'advis qu'on devoit demeurer à Yilledestelon) fut conclud de prévenir à Carmagnole, pour oster à l'ennemy ceste commodité de faire un pont pour avoir vivres au marquisat de Salusses.

L'armée françoise estant à Carmagnole, les Impériaux assiégez entrèrent en plus grande nécessité de vivres que devant, par quoy advertirent le marquis du Guast que si dedans la my avril ils n'estoient secourus, la famine les contraindroit de faire ce qu'ils n'avoient délibéré, s'ils estoient refrescfais. Le marquis, ayant eu

1. Sur ces événements, voir anc lettre da comte d'Bnghien i M. de Crassol, de Villaitellone, 21 mars 1544 (d'Anbaii» Pièee$ JuMtifieativêêf t. U,WéUÊMgt», p. 86; Sftgre, op. eu., p. 60-52).

Mara 1M4] omÈMl livre. tM

oest advertiMement, fit de toutes parts diligenter ses forces, et cootremanda quatre mille lansquenets, lesquels estoient à Geoes, prests d'embarquer, qu'ils se Tintiffîtit joindre avecques luy. Dequoy monseigneur d'Aoguien, adverty, depescba un gentilhomme ^ devers le Roy pour le luy faire entendre, et que son bon plaisir fust envoyer le payement de trois rooys deus à ses gens de pied, car il craignoit qu'arrivant la nécessité de combattre, par faulte de leur soulde, ils en feissent refus, spécialement les Suisses, desquels estoit sa principale force avecques les vieilles bandes françoises. Outre plus il manda au Roy sçavoir si le marquis se presentoit en lieu raisonnable, il luy plairoit l'authoriser de bazarder la bataille plustost que laisser secourir une ville, laquelle luy a voit tant cousté, pour estre réduite en oeste extrémité. Audit seigneur d'Anguien le Roy fit responce que de brief il luy depescheroit le sieur de Langey, gouverneur de Turin, lequel luy porteroit argent, et qu'il l'avoit retenu près de luy pour cest effect; quant à la bataille, le remettoit à en user par l'advis des capitaines qui estoient auprès de luy, lesquels pou voient mieux cognoistre (estans sur les lieux) ce que la nécessité commanderoit à ses a£&ires, que luy qui ne le voioit à l'œil.

Noblesse française passant en Piémont. — Estant pablié par la cour que le Roy avoit permis au seigneur d'Anguien de donner la bataille, la jeunesse de la cour congneut bien que malaisément se passeroit la

1. Noos ignorons le nom de ce gentilhomme. On sait que Monluc s'est «ttritmé l'honneur de cette mission; mais les Commentaire» sont seuls à l'affirmer. Voir P. Courteault, Monluc historienf p. 152-155; Commentaires^ t. I, p. 237-238.

Wt MtMOnilS Dl MARTIff DU BELLAY. [Ifara 1544

partie sans qu'il y eust du pasactempê, parquoj, selon qu'est la coustume de la noblesse de France, chacun se prépara pour s'y trouver, les uns partirent sans congé et les autres avecques congé du Roy. Entre autres le sieur de S. André, le sieur de Dampierre, de la maison de Cler^ mont en Dauphiné, tous deux fort favoris de monseigneur le Dauphin ; le sieur de Jamac, Gaspar de Colligny, sieur de Ghastillon, François de Vendosme, vidame de Chartres, les deux frères de Bonnivet, le sieur de Bourdilloo, le sieur d'Escars, les deux frères de Genly*, le sieur d'Assier*, capitaine de l'artillerie, lequel avoit sa compagnie de cinquante hommes d'armes en Piémont, le sieur de la llunaudaye, fils unique de l'amiral d'Annebault, le sieur de Rochefori, le sieur de Lusarches^, le sieur de Wartis^ el le sieur Lassigny^, de sorte que peu de jeunesse demeura en la cour, principallement de celle qui suivoit monseigneur le Dauphin. 11 fault entendre que les finances de mondict sieur d'Anguien estoient si courtes, qu'il n'y avoit plus rien entre les mains, ny de trésoriers, ny d'homme du camp, parquoy ceste arrivée fut commode, car, pour estre gens de maison, chacun avoit apporté le fonds du coffre, lequel soudain moodict sei-

1. François de Hangest, i* de GenlU, second fils d'Adrien de Hangest et de Claude du Mas ; son frère cadet, Louis, dit le jeune Genlis, qui fut tuë devant ChAlons quelques mois plus ifcrd.

2. François de Genooillac, t* d'Assier, né vers 1516, sénéchal de Quercy en survivance de son père (1528). Voir Brantôme, Œupre$, t. III, p. 76.

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