Quintilien, Inttitutiom oratoire^ 1. X, ch. i
Mt PROLOGUE DES OGDOADIS
Et ceste crainte paradventure aura destoumé puis n'agaerec aucuns sçavans hommes, qui volontiers eussent entrepris d'escrire les hystoires de France, s'ils eussent eu le moyen de fidellement et à la vérité s'en informer. Et certes ja par long temps me faisoit mal, que je ne veoye aucun les vouloir secourir en' ceste part. Et nonobstant que plusieurs suy vent le jugement de celuy qui jadis interrogué, meit entre l'hystorien et celuy qui fait chose digne d'hystoire, pareille différence qu'entre le herauh ou trompette, et le tournoyant en la lice, je toulesfoys meu à l'exemple des personnages dessus nommez, qui en faisant n'ont detdaigné d'escrire, après mon adolescence et ma première jeunesse, que je commençay à suyvre les armes (aiofti qu'est la cuustume et ordinaire vaccation de la noblesse de France, et par laquelle mes progeniteurs et ancestres au temps passé sont parvenuz en réputation et bault degrez) n'ay point estimé de faire chose indigne et mal séante à Testât de noblesse (encorcs que je sache l'opinion d'aucuns estre contraire) quand je m'appliqueroy à un estude, auquel non seulement se soyent employez tant de grandz et notables personnages dessus nommez, mais lequel ne se trouve avoir jamais esté traité, sinon par gens de noble maison, jusques h ce que L. Octacilius, précepteur de Pompée, qui fut le premier homme non noble qui escrivit hystoire, fut par ledit Pompée authorisé de ee . faire. Et pource me suis je dclecté souvent pour en aucune manière laisser mémoire des choses en mon temps adveneues, à en escrire dyalogues, epigrammes, élégies, sylves, epistres et panegeriques selon que la madère subjecte estoit h l'une ou à l'autre forme d'escrire à mon jugement plus convenable et propice, sans esparguer peines, voyages ne despens pour retirer de divers lieux ce qui faisoit k m'esolarctr la chose dont je vouloye eacrire. 1^ mesme affection et désir de voir aucuncfovs les dieis.
Di GmixAUMB DU hllay. su
finslt et choMt mémorables de Gaule et de France ettre mit Ml lumière et à la eognouMnee de« autres nationi (qui pour la bonté des escri^ans nous surpassent esdites choses et ne seroient à comparer à nous si escrivans ne nous eussent failly) m'a voit meu pieça de travailler et d'essayer en remuant tiltres, livres, Chartres, epitaphes, fondations et autres choses antiques, si on pourroit déduire Tancieiineté d'icelles deux nations, en forme d'hystoire prosecutive et continente, chose que je sçache jamais auparavant entreprise, et par moy souvent désespérée, laquelle tonte^oys j'espère mettre en avant et au hazard du jugement divers, et correction, aprobation ou réprobation de tous lecteurs; ensemble un mien recueil et vocabulaire en ordre alphabétique de toutes les provinces, citez, villes, chasteaux, montagnes, vallées, forestz, rivières et autres lieux de ce Royaume, avecques exposition des dénominations dUceux, et des batailles, rencontres, sièges, et autres choses dignes de mémoires qui se trouvent y estre advenenes; aussi à l'imitation de Valere le grande autre recueil d'exemple d'iceux faits et dits mémorables, et autre à l'exemple de Plutarche de la conférence des vies et gestes d'aucuns roys, princes et capitaines de ce Royaume, avecques celles d'aucuns autres Grecz, Latins, et Barbares. En quoy ayant esté meu à l'intention que dessus, je me tiendray pour bien satisfait, si par ce mien labeur j'excite et semons à entreprendre de mesmes ceux qui trop mieux le pourront faire que moy. Or, m'ayant le désir de
i. Valère Maxime, historien du temps de Tibère, dont l'ouvrage : De dictis faetisque memorabilibus libri IX, eut & la Renaissance une très grande popularité. En 1527, Simon de Colines en avait donné une édition (réimprimée en 1531, 1533, 1535 et 1541) qui contenait, outre les neuf livres, l'Épitome du X* livre retrouvé dans Titus Probus et qui ne se rencontrait pas dans les éditions aidines.
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plus cognoi8tr<> atiré en cette Court, puisqu'il a pieu au Roy mondit seigneur, non seulement m'y retenir à son senrice, en si honorable estât qu'auprès de sa personne, mais bien souvent m'employer en et dehors son Royaume, en plusieurs et principaulx de ses affaires d'Estat, si que non seulement je puis parler au vray de l'exécution et yssue des guerres depuis iceluy temps advenues, et auxquelles presque tousjours me suis trouvé, autant par mer que par terre, et eu moyen et occasion d'entendre et sçavoir les causes, fins et délibérations d'icelles, non seulement de nostre costé, mais du costé aussi des ennemis, il m'a semblé que, durant le repoz des armes, je ne pourroy mieux ne plus honorablement employer et convertir mon estude qu'à raporter en ceste partie aucun secours aux erudits et doctes hystoriens qui, après moy, en plus élégant et poly langage en voudront escrire. Bien sçay je combien il m'estoit moins sujet à calumnie de m'arrester à ce que j'avoye entrepris sans m'adonner à si périlleuse chose que d'escrire les vertuz ou vices des vivans, car de l'un on acquiert hayne et malveillance, de l'autre on est tenu pour blandiftseur et flateur ; mais en tout ce ma conscience me juge, et avecques elle je me réconforte, me sentant net de toute maligne simulation ou dissimulation. Et tout ainsi (que vueillc ou non) il m'est force de m'en raporter au jugement des liseurs, auquel je ne puis ne dois reculler; ainsi je sou> haite les avoir telz, et aussi purement jugeans. comme j'ay voulu purement escrire. Car tant v a qu'en ceste mienne entreprise, qui est d'escrire ou commentaires ou mémoires des choses, je ne me vueil attribuer la perfection de slile ne présumer qu'en suyvant autre vacation ou quotidien exercice, je puisse escrire ce qu'au jugement des sçavans hommes puisse satisfaire, vcu qu'à grand'peiue y arrivent ceux qui ont ceste seule ou propre vacation ; mais je voeil bien toutesfoyi, et ozc affermer certainement, que tout y
M GVILUUMI DO BILUT. Stt
sera fiiiel«inent escni et sans alterrr la vérité, {H>ur grâce, ambition, hayne ou faveur d'aucun; ains e»t et sera ma principale inleQtion, fournir aux plus sçavans, experts et doctes hystoriens matière de véritablement escrire et leur représenter en tant que possible me sera, ce que pour leur estude domestique ilz ne peuvent à la venté cognoistre; en quoy si je puis obtenir d'estre receu k fidèle et vray tesmoing, ou d'inciter autres à mieux faire que moy, j'auray (comme je disoye nagueres) en ceste partie suflTisante cause ne m'esjouir et paistre du fniict de mon labeur; ainsi comme entre les statuaires et entailleurs d'images, ceulx qui se trouvent insuflisans à bien parfaire et polir une image et sont toutesfoys expertz à bien choisir et esbaucher la pierre ou le boys, et 2i compasser les traitz et membres, pour relever de ceste peine les plus subtilz et diligens entailleurs, se contentent assez quand iceulx excelleos et singuliers maistres les employent et reçoivent en société de l'ouvrage, ne les fraudant de leur honneur. Et l>ourroit cstre paraventure (ainsi que le marescbal en forgeant se fait) que par continuation d'escnre j'amenderoye aussi et meuriroye mon stile, pour après reformer de moy> roesmes tout Tœuvre en meilleur et plus suffisant langage; car à vray dire ce me seroil bien estude perdu, si je ne pcnsoye en continuant tousjours apprendre. Si sera quant à présent le commencement de ces Mémoires dès la première adolescence du Roy mondict souverain prince et seigneur, lesquelz Mémoires si on veult mettre au parangon des hystoires qui ont esté puis n'agueres escritn si très au brief et cniement, que tous les faits de vingt ou trente ans ne montent tant que Tune année d'iceulx, et que tootetfoys on trouve que plustost j'y aye obmis aucunes choses mémorables que deduyt choses non nécessaires ou inutiles, on cognoistra lors qu'il fault nécessairement que les autres ayent obmis prou d'entreprises assez recommen*
né PROLOOUI DIS OOOOAOn
dables et dignes d'estrc par vraye histoire reinemoriet. C>r, avoys je avant qu'entrer en matière, prcrois un recueil, sommaire et abrégé récit de la première origine et du premier nom et descente, tant des Gauioys que des Françoys, et des alliances et unions d'icelles deux nations gaaioyse et françoyse, unies et réduites en un corps de republique, pour Boy vindiqucr et retraire en leur ancienne franchise et liberté naturelle, hors de la contrainte submission paravant faite aux Romains, en laquelle liberté par eux recouverte, ils ont jusques à huy persévéré et, au vouloir de Dieu, persévéreront à jamais. Lequel abrégé récit, pour ce qu'il sembloit à aucuns mes amys estre aliène eo cest endroit et non servant à mon propos, j'ay réséqué depuis et totalement osté, non pas qu'il fust ii mon advis reprchensible, ai par un mesmes moyen on ne vouloit taxer Thucydide, Saluste et Tite Live (car l'un d'icenx pour tomber à la guerre des Athéniens et Lacedemoniens n'a estimé à vice de premettre l'origine et progrès non seulement d'icelles deux citez, mais universellement de toute la Grèce et isles voysines; le second, avant qu'entrer ii la conjuration de Catilina, privé citoyen de Rome, a commancé dès la fondation d'icelle, avecques récit des artx et moyens, par lesquelz Rome de si extrême petitesse parvint à extrême domination, et d'icelle retomba en décadence et ruine ; le tiers, pour escrire les faitz romains a proposé comme chose nécessaire l'origine et succession des roys latins et albains, progeniteurs de ceux de Rome); ce nonobstant j'ay bien voulu satisfaire au jugement d'autruy. Et ce principalement à cause qu'en icelny abrégé recueil, je deduisoye les deaausditee choses som« mairemcnt et sans allégation de mes aueteurs. dont à plusieurs elles sembloicnt estre controavées et fabuleuses (et, si pour y obvier, j'eusse en chacun article voulu alléguer mon tesmoing, la nomeoclature seule des aueteurt eost
. M OlILLAITlIl DO BILLAT. 3«7
pins monté qae la narration entière, ti que pour éviter un vice je fusse tombé en an plus ^rand), à «este cause, et p<iur a\uir moy«ii de reciter les choses au long et allegant mon aucteur en chacun poinct, les rendre croyables ainsi qu'elles m*apan>issent estre véritables, à fin aussi quand je vicndrav à la narration des affaires, il ne me faille la interrompre et m'amuser à faire entendre la variation des noms des provioees, citex, montaignes, rivières, aussi des olfi^, estatz, charg!» et magistrats, desquelles choses déclarer oeenaion ou besoing s'offrira incidemment, et à ce qu'il ne m*T advienne, comme aux paresseux et negligens mariniers, lesc]uelz, à l'heure de la plus forte tourmente et plus dangereux fortunal , sont contraints de s'cmbarasser et empescher à recouidre et rapiécer les vieilles voylles, et à renouer et trenchefiller leurs cables et cordages, choses qu'iUavoient peu et dévoient faire avant la main, au temps du séjour et quand ils estoient surgis en port ou plage de seoreté, et pource donques aj je bien voulu de ce que paravant (ainsi que j'ay dit) j'avoye de divers lieux recueilly des choses que dessus faire une Ogdoade à part (celuy est le tiltre que j'ay imposé aux tomes ou particuliers nombres des livres de mes Mémoires), en laquelle Ogdoade j'ay recueilly et compris en huit livres' : premièrement l'antiquité des Gauloys et Françovs (et des uns depuis la destruction de Troye, et des autres de plus loing en arrière, le tout jusques à l'union des deux nations et conjonction des noms de Gaule et France, avecques la supputation des ans et succession des princes qui ce pendant y ont régné); secondement, j'ay inséré la division et description des
1. L'Épùome ne contient que le résumé des quatre premiers livres de cette Ogdoade : Guillaume du Bellay y traite seuleraent de « l'antiquité des Gaulois et François «jusqu'à la naissance du Christ. Il n'y a rien qui touche à. la partie géographique, ni aux « coutumes et loix •.
968 PROLOGUE DBS OGDOAMMiW ^ODIULAITinE IHJ BBLLAT.
Gaules, tant cisalpine que transalpine, et de la France tant cisrhenane que transrhcnane; ensemble la conçois dance des noms antiques avecques les modernes, autant qu*il m'a esté possible d'y arriver; tiercement, j'ay recueilly les uz, coustumes et loix, tant militaires que politique, et les noms des charges, estatz, dignitez et magistratz, en apropriant le temps passé au présent au mieux et au plus près que j'ay peu faire, suyvant l'interprétation et propriété des vocables. Lesquelles choses offrant et soubzmettant au jugement et amendement d'autruy, je descens il mon instituée narration.
INDEX ALPHABÉTIQUE
DES NOMS DE PERSOIfNBS ET DE LIEUX
Aft, I, 257.
Abbei
mile (Somme), I, ?0, 49, «34, !70, î(»,«45;m. 387- 390; IV. !Î5, 144, 279, 310.
AbbiategrmMO (Italie), I, 287, 302, M6. 307, St 1,323.
Abnasies (luUe), U, 62, (U, 85, 92. 94. 120.
Achey (GbAiiet d'), siear de
Serqaigny, IV, 150.
chille». IV,
Achitlêt. IV. 338.
Acquariva (André d'), dae d'A-
tri, UI, 336.
Adda. I, 84, 194. 195,213,214,