DIXIESME LIVRE
dêê Mémoires de messire Martin du Bellay, seigneur de Langey.
Exploiets de guerre en Picardie et Artois, — Desjà estoit la fin du mois de may mil cinq cens quarante trois, que le Roy estant à Viiliers Geste Reets*, ordonna de rassembler de toutes parts son armée, pour se jetter en campagne, selon ce qu'il arresleroit en son Conseil. Les uns estoient d'advis qu'il devoit marcher à Liliers nouvellement prise et brusiée par monseigneur de Vendosme, et la fortiBer, car il estoit aisé, parce qu'elle est en forte assiette, des deux parts fermée d'un marais, et n'y a qu'une advenue à fortifier du costé tendant à Pernes; et quant et quant fortifier Sainct Venant^, qui est deux lieues plus outre sur la rivière du Lis, fort de nature, d'autant qu'il est en une isie triangulaire environnée de toutes parts d'icelle rivière et de marais, laquelle on ne peult oster, de sorte qu'il n'y a ordre d'y arriver que par deux chaussées, et le tenant on pourroit courir librement tout le bas pals de Flandres, sans trouver ou ville ou passage qui face obstacle ; puis à Saint Pol ou bien à Penies faire un cbasteau, pour asseurer le chemin à Liliers avecques Terouenne, qui est à quatre lieues de là, sur la main
1. François I*' séjourna à Viner»-(x>ttrreU |>endaQt U première quinsaine de juin 1543.
2. Saint-Tenant, sur la Lys, cant. de Liliers, arr. de Béthone (Pas-de-Calais).
Jain 1M3] DIXitMB uvmi. 1t5
gauche, tiraot de Peraes audit lieu, pour y mener vivres, car tenaDt Teroueone, Pernes et Liliere, et Hedin à la queue, le pals seroit suffisant pour s'avitailler sans le seoeors d*autruy.
Les autres disoient, qu'estant la ville d'Avennes desgarnie d'hommes, à cause que la garnison estoit à b guerre contre le duc de Cleves, l'allant investir à Timprovist, avant que Pennemy eust ropportunité de le secourir, on la prendroit sinon on prendrait Landrecy , qu'on pourroit fortiBer, et te chasteau d'Emcry * , el quelques autres, pour avoir entrée au pays de Renault. Qui fut l'opinion à laquelle le Roy s'arresta, et depescha l'amiral d'Annebault, nouvellenrK'nt amiral par le trespas de l'amiral de Brion, mort à Paris', à ce qu'il print le droit chemin pour, en attendant son arrivée, clorre ladicte ville d'Avenues*, et empescher qu'il n'y entrast secours; et manda monseigneur de Yendosme de rassembler son armée vers Abbeville, et prendre son chemin à travers le pais de l'ennemy pour yivre à ses despens sans fouller le sien, et le venir rencontrer au Cateau Cambrezis*, et par ce moyen il avoit l'armée que menoit l'amiral en forme d'avant garde à sa main dextre, et celle de monseigneur de Vendosme à sa gauche, et lui estoit au milieu.
L'amiral, ayant pris congé du Roy à Villiers Coste