‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 144 sur 146 · PRISE DE BAPA.UME · texte numérisé non relu

PRISE DE BAPA.UME

Le vendredi 20 septembre, le sieur Saintot vint au Parlement , et ne trouvant personne au Palais, la chambre des Vacations n'étant point entrée, fut au

1 . Mole était alors sur les rangs pour les fonctions devenues vacantes de premier président du Parlement de Paris.

2. Collection Colberf, t. II, p. 342. — Quelques jours après, le 18 septembre, sur la requête du Procureur Général, il y eut un arrêt du Parlement relatif à une bulfe du Pape intitulée Con^ stitutio super prxservatione juriiim Sedis aposiolic» y que Von trouvera à V Appendice des Mémoires de Mole ^ à sa date.

5tS MÉMOIRES

logis de M. le président de Bellièvre, qui étoit seul à Paris, et lui bailla la lettre suivante, qu'il envoya aussitôt par les maisons , pour se trouver au Palais le lendemain 21 , jour de Saint-Matthieu, sur les quatre heures. On s'assembla à la salie de Saint-Louis au nombre de quatorze seulement, en robes rouges, et partit-on pour aller à Notre-Dame. Et aussitôt que nous eûmes pris nos places accoutumées, M. le Chancelier sui^int, qui prit la première place au-dessus de M. de Bellièvre. Le Te Deum dit, chacun se retira. Le sieur de Riquetty, avec les gardes du Roi , y étoit et la chambre des Comptes est sortie par la porte proche du chœur. Le canon a tiré de la ville, de la Bastille et de l'Arsenal. Des feux de joie ont été faits le soir.

LETT&B DU ROI ÀPPOETis FIE SAimrOT.

w Nos amés et féaux , nous vous envoyons exprès le sieur de Saintot, maître de nos cérémonies, pour vous donner la bonne nouvelle de la prise de la ville de Bapaume', qui fut hier remise en notre obéissance, ayant été si vivement attaquée par nos armées de Flandre, commandées par nos très-chers etbien amés cousins les maréchaux de Brezé et de la Meilleraye, que la

i . « Deux mines faites sous les deux bastions étant prêtes à jouer, le gouverneur de Bapaume fut sommé de se rendre , ce qu'il avoit refusé de faire jusques à ce qu'il vît sa muraille emportée. Sur quoi, on lui a offert de lui faire voir nos mines et déclaré que, si après les avoir visitées, il se rcduisoit à attendre l'extrémité qu'elles eussent joué , il n'y avoit plus de quartier à espérer pour lui ni pour sa garnison. » (Gazette, p. 6i8.} Voy. aussi à \ Appendice le complément des Mémoires de Richelieu de Tannée i64i.

DE MATHIEU MOLE. (i64i.) IS»

bonne défense de ceux qui la gardoient n'a pas empêché qu'ils ne l'eussent mise, en huit jours, en état de la prendre par assaut, au même temps que le gouverneur Ta rendue par composition. Et comme c'est une des plus considérables places du Pays-Bas , non-seulement par sa fortification qui est'accomplie en toutes façons, mais par sa situation en un lieu où les armées ne sçauroîent subsister sans une extrême peine, à cause du manquement d^eau, eu sorte que si nous n'y eussions apporté tout ce que peut la prévoyance humaine, il eût été comme impossible d'y tenir de si puissants corps de troupes; et^ d'ailleurs, voyant qu'il n'y a point de place dont la prise assure plus avant le bien et le repos de notre frontière et de toute notre province de Picardie , dont la conservation est de l'importance que chacun sçait^ nous estimons être grandement obligés , avec tous nos bons sujets, de rendre grâces à Dieu d'une si avantageuse conquête , en laquelle son assistance à nos justes armes, est autant ou plus manifeste qu'elle ait encore été en aucun succès que nous ayons eu depuis la guerre ouverte. Et après avoir essayé, de notre part, d'y satisfaire avec toute la recognoissance que nous devons , nous vous exhortons de faire le seniblable en l'église de Notre- Dame de notre bonne ville de Paris, où nous mandons au sieur archevêque de faire chanter le Te Deum solennellement à cette fin, désirant que vous vous y trouviez en corps et en robes rouges, au jour et à l'heure que notre très-cher et féal le sieur Séguier, chancelier de France, vous fera donner en notre nom par ledit sieur de Saintot : auquel nous en remettant, nous ne vous ferons la présente plus longue ni plus expresse. M'y faites

donc faute y car tel est notre plaisir ^ Donné à Paris, le 19 septembre 1641. »

PRISE DE CONI PAR l' ARMÉE FRAIVÇAISE. LEVÉE DES SliCES DE CHERASCO ET DE CHIVAS.

Le 25 septembre, les lettres suivantes du Roi ont été apportées par le sieur Saintot en la chambre des Vacations , et il fut arrêté que Ton s*y trouveroit, le lendemain, à quatre heures, pour aller à Notre-Dame ; ce qui a été fait , en robes rouges ; M. le Chancelier s'y est trouvé, et M. Bouthilier, surintendant, comme conseiller d'honneur, et s'est mis après M. le prési* dent de Bellièvre ; et le reste s'est passé comme l'autre précédent, suivant l'ordre du Roi, en ces termes ; « Nos aniés et féaux, comme les progrès de nos armes en Italie et ailleurs, où elles sont heureusement employées pour garantir nos alliés de l'oppression des ennemis déclarés de cette couronne, ne sont pas moins glorieux pour nous et pour cet Élat et utiles à nos affaires, que les conquêtes que nous faisons dans les Pays-Bas ; aussi ne croyons - nous pas être moins obligés de témoigner notre gratitude et recognoissance envers Dieu , des bons succès qui nous arrivent de ce côté-là , que de ceux qui nous arrivent en ces quartiers. C'est pourquoi , ayant eu avis que notre trèscher et bien amé cousin le comte d'Harcourt , notre lieutenant général en Italie, a réduit en notre pouvoir la ville et citadelle de Coni, après un siège de six. semaines et divers assauts aussi vaillamment soute*

t. Collection Colbert, t. CXXXIX, p. Î33 *//.

nus qu'ils ont été généreusement entrepris*, la place étant une des plus fortes de toute Tltalie , défendue par beaucoup de braves gens qui se persuadoient que n ayant jamais été prise, bien que plusieurs grands sièges avec des armées royales y aient été faits par le passé y le semblable arriveroit encore en leurs mains. Et à la vérité , les ennemis qui s'en étoient emparés par intelligence, avoient sujet de s'y attacher, prévoyant qu'elle assuroit, comme elle fait à présent, à notre très-cher et très-amé neveu le duc de Savoie la meilleure partie du Piémont , outre qu'elle rend les passages libres de la Provence en Italie. Aussi, ils ont eu tant d'envie de la conserver , qu'ils qnt fait , pour cette fin , toutes les diversions qui leur ont été possibles , ayant pendant le siège vivement assailli la ville de Cherasdo, d'où ils ont été repoussés avec perte de plus de huit cents hommes des leurs, et depuis ayant assiégé celle de Chivas, ils l'ont aussi abandonnée , voyant notre entreprise de Coni heureusement accomplie, avant qu'ils eussent beaucoup avancé la leur : et ce succès nous ap[tortant de si grands avantages et à nos alliés*, nous désirons qu'il en soit

i Le journal du siège de Coni, est imprime dans la Galette, p. 641, ainsi que le récit de la prise de cette ville (p. 681),

2. Ce fut le dernier des iu) portants succès militaires ùbtentts par les amices françaises pendant L'année 16iL La Gaiette an^ nonça en ces termes (p. 808J ie retour du Roi dans sa résidence au mois de novembre : « Cette semaine [1 novembre), le Roi est retourné à Chantilly et Son Eminence à Rueit , après une campagne si pleine d'heur et de gloire , que nonobstant les orngcs presque aussitôt dissipés que sotilevt's (par le duc de Bond ton et le comte de Soissons), en cet élati Sa Majfste venant récréer de sa présence tant désirée la Reine et la famille royale, après avoir été partout victorieuseï a le contentement de voir aes ennemi» ré^

Jà

rendu grâces à Dieu, avec la même solennité qu'il aura été pour la réduction de Bapaume à notre obéissance; et mandons à notre amé et féal le sieur archevêque de Paris d en faire chanter le Te Deum en son église cathédrale. Nous vous ordonnons très-expressément de vous y trouver en corps et en robes rouges , au jour et à Theure que notre très-cher et féal le sieur Séguier, chancelier de France, vous fera donner par le sieur de Saintot , maître de nos cérémonies , ou autre personne de notre part, vous assurant que vous ferez chose qui nous sera très-agréable. N'y faites faute, car tel est notre plaisir \ Donné à Péronne, le 21 septembre 1641 • »

LETTRE DE MOL]£ A M. DOPUT

La santé de madame Mole s^améliore. — Elle se rend à Champlâtreux. — Traités à déposer au Trésor des Chartes. — Rabutin. — Jostel.

' ce Monsieur, la santé de la dame, qui est meilleure*, nous permettra d'aller passer quelques jours au petit désert , où j'espère que nous nous y entretiendrons ;

duits à un tel point, que toute leur consolation de cette année n'aboutit qu'à la seule espérance de recouvrer le tiers des conquêtes qu'elle a naguère faites sur eux. »

i. Collection Colbert, t. CXXXIX, p. 234 bis.

S. La santé de madame Mole, gravement affectée depuis quelque temps, t'était un moment améliorée; mais elle donna, bientôt après l'époque où cette lettre fut écrite, les plus grandes inquiétudes au Premier Président, et le 23 novembre 4641, les registres de la Cour nous apprennent, en ces termes, la mort de la compagne de MoIé : « Ce jour samedi, la Cour, à cause du décès arrivé de la femme de M. le Premier Président, a remis l'ouverture de l'audience, qui devoit être faite mardi prochain, au lundi ensuivant. »

Un célèbre prédicateur de l'époque, U péri Léon de Saint-Jean,

DE MATHIEO MOLE. (1641.) 5S7

ce sera pour mardi sur les dix heures^ si votre emploi vous donne cette liberté. Vous n'oublierez pas le Recueil des Régences et quelques autres , à la charge que vous ne les lirez pas.

w Vous m'envoyerez, s'il vous plait, Rabutin *, afin que j'y trouve ce que je n'ai pas trouve ailleurs.

« M. Justel' m'a envoyé ce matin le traité de M. de Bouillon fait avec le Roi, et non celui d'Espagne.

a Je vous rends grâces de celui de Lorraine . Par lettre du 12, le duc poursuit en Cour la neutralité. 11 est à Dieuze avec sa prétendue femme', et le reste de son armée. Mes respects à M. votre frère. Je serai toujours, )> etc.

MATHIEU MOL]£ PREMIER FfUÉSmEXTI DU PARLEME]fT\

Du mardi 19 novembre 1641. Ce jour la Cour, après avoir vu l'information faite d'office, à la requête

carme réformé , publia sur cette mort une Lettre funèbre que nous regrettons de ne pouvoir reproduire ; mais elle était imprimée à la fin d'un de ses ouvrages , ayant pour titre : Méditation du saint amour ile Dieu ^ Paris, 1653, in-iî; aucune bibliothèque publique de Paris ne le possède. On le trouve mentionné dans la Bibliothèque historique de Fontette^ n' 4810.

1 . Commentaires des guerres de Belgique entre Henri II, Charles V, Philippe II, etc.

2. Christophe Justel, anteur du Discours du duché de Bouiiion^ 4633. ^ •#

3. Collection Dupuy, t. DCCXCn, lettre lxxx. — Le traité fait avec M. de Bouillon est du mois d'août 1641, celui de Lorraine du 29 mars. La Gazette en a imprimé le texte p. 633, ainsi que les Jrticles secrets,

4. Nous avons vainement cherché les lettres patentes de nomination de Mathieu Mole aux fonctions de premier président du Parlement de Paris. Elles n'existent ni parmi les papiers de Mole, ni à la Bibliothèque ifppéritle, ni aux Archives des Affaires Étran*

5fS MÉMOIRES Df MATHIEU MOLE. (164i].

du procureur général du Roi, des vie, mœurs, religion catholique, apostolique et romaine, et fidélité au service du Roi de raaihe Mathieu Mole , chevalier, naguère Procureur Général, pourvu de l'état et office de Premier Président en icelle, conclusion dudit Procureur Général ^ : la matière mise en délibération, a arrêté et ordonné que ledit Mole sera reçu audit état et oflice, faisant le serment en tel cas requis et accoutumé, et que pour cet effet toutes les Chambres seront assemblées.

Et à l'instant lesdites Chambres assemblées, ledit Mole , étant au parquet des gens du Roi , mandé , a fait ledit serment, juré fidélité au Roi et a été reçu.

gères, ni aux Archives impériales , à la section judiciaire formée des pièces provenant de l'ancien Parlement de Paris. I-es registres de celte Cour ne disent rien de plus sur l'installation du premier Président.

1. Le nouveau Procureur Général fut Blaize Méliant, président aux Enquêtes , que Mathieu Mole installa dans ses fonctions pendant la séance du 20 novembre, où, pour la première fois, il siégea comme Premier Président; et le 27, Jean Mole, son fils , fut reçu président de la cinquième chambre des Enquêtes.

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