Collection Colbert, t. VI , p. 26i
LETTAS DE MOLE A M. DUPDY.
M. de Thoa. — Mole chez le Cardinal. - M. de Snze. — AfTaire da mariage de Monsieur.
oc Monsieur, je vous renvoie les deux lettres de M. de Thon 9 et vous remei'cie de la part que vous m'en avez donnée, et comme j'honore sa personne plus que nul autre, aussi suis-je consolé voyant l'état de sa santé et celui de nos affaires publiques de ces quartiers-là.
Je fus hier à Conflans^^où l'action de M. de Suze étoit sçue , et fut louée comme elle le doit être ; je n'y oubliai rien de ce que je dois à la cog^oissance de tant de généreuses actions , par lesquelles il s'est jusques ici signalé. En attendant l'entrevue, je vous dirai que l'affaire du mariage de Monsieur n'a point été mise en congrégation, ce qui ne pourroit être sans honte de notre couronne. Je suis, etc. »
UT DE JUSTICE DU ROI. — HONNEURS A RENDRE AU CHANCELIER. — VÉRUPICATIONS d'ÉDITS. — NOUVEAU CÉR]ÉMONlAL.
Le 1 9 décembre, je reçus commandement du Roi de me trouver au Louvre, lorsqu'il y arriveroit. Ce que je fis sur les trois heures, et vis prêter le serment à M. le chancelier Pierre Séguier, qui avoit obtenu des
i . Dans son Histoire de t Académie française , Pellisson dit : le cardinal de Richelieu témoigna au Procureur Général qui Tétait allé voir À Conflans , son extrême désir pour que la vérification des lettres patentes portant fondation de l'Académie française, eût lieu immédiatement , et que l'on obtînt aussi des lettres de cachet du Roi sur cette affaire , comme le Procureur Général en avait témoigné le désir.
Nous n'avons pas retrouvé, dans les papiers de Mole, ces lettres
lettres d'union de la charge de Garde des Sceaux à celle de Chancelier. Et lors, le Roi me commanda de dire à M. le Premier Président et à la Cour, si besoin étoity qu'il vouloit que les lettres de la chaîne de Chancelier fussent registrëes le lendemain , devant qu'il entrât pour tenir son lit de justice. Ce que j'exécutai à rinstanty et fus trouver M. le Premier Prép* dent , qui fit mettre par le greffier de la Comr le soii montré au Procureur Général sur la requête préseo* tée à la Cour par M. le Chancelier^ attachée à ses lettres dé provision ', et aussitôt fit dresser les conqlusionsy qui furent mises es mains tie M. le doyen.
I^ 20, sur les huit heures, tous Messieurs étant en robe d^écarlate , attendant la venue du Roi, M. le doyen a fait rapport des lettres, a pris les avis de ceux qui y éloient, et a été arrêté qu'il seroit TO9 qu'elles seront lues , publiées et registrées. Et , sur les dix heures , M. le Chancelier a fait sçavoir qu'il étoit à la Sainte-Chapelle , et a-t-on député deux de Messieurs pour aller au-devant jusques sous le eerf ', et Pont accompagné jusqu'en la Grand'Ghambre, et a
de cachet du Roi relatives à la vérification des lettvtt patMttci. Nous reproduisons, dans V Appendice à ces Mémoires^ le tvflfrj^ celle qui a été imprimée par PellissoD, avec les notes de Mçlé, qui se rapportent à cette affaire. Pellisson avait ajouté (p . 4f ) : « Le procureur général d'alors étoit ce grand homme à qcd j'ai de trèsgrandes obligations, qui est maintenant garde des sceaux de France. »
1 . Cette requête , présentée par M. le Chancelier, était agbei sée : « A nosseigneurs du Parlement; » et commençai! : « Supplie . humblement Pierre Séguier. » Elle se trouve parmi les pa* piers de .Mole, coUecdon Colbert, t. CXXXVI, p. i39.
2. Les personnes les mieux renseignées sur la topograpUe dt l'ancien Palais de Justice n'ont pu nous dire où était le cmff i il e^ ici que^ion.
été prendre sa place au-<[essus de M. le Premier fVésident, qui est celle due aux Chanceliers.
Ex un peu après , le Roi est venu. El lors il est alië en sa chaire, parée à cet effet, et Sa Majesté étant assise^ à main gauche étoit M. le cardinal duc de Richelieu seuL A main droite, MM. les ducs de la Trémoille, de la Valette et de Saint-Simon et M. de la Meilleiraye, grand maître de l'artillerie de France. Â ses pieds, M. de Chevreuse, comme grand chambellan. Le Roi n dit qu'il étoit venu en la compagnie pour témoigner |u'au milieu des nécessités, il se promettoit quelque secours notable, et que M. le Chancelier feroit plus [particulièrement entendre ses intentions.
£t aussitôt , le Chancelier est allé trouver le Roi et ('est mis à genoux et puis s'est relevé, est descendu et vssis a fait un discours sur l'obligation des rois de aire la guerre pour conserver les États ; et l'a dit en rèç-beaux termes, et sur les nécessités qui ne pou- ^oient être soulagées que parles déclarations d'offices.
W. le Premier Président s'est levé et debout, nu-téte, i parlé. Puis treize édits ayant été lus, M. Bignon a pris a parole, qui a courageusement montré le danger de a piultiplicité d'offices et la corruption nécessaire qui levoit suivre en la justice', néanmoins, que commandé par la présence du Roi, en requéroit l'enregistrement.
M. le Chancelier est allé trouver le Roi et sçavoir sa volonté, de là est allé au conseil a M. le Cardinal, puis aux ducs et pairs, est descendu à MM. les Présidents et aux autres. Et puis a été encore trouver
1 . Cette harangue fort remarquable existe manuscrite dans la collection Févret de Fontette. (Portefeuille XII, f» J22.) Nous la reproduisons dans V Appendice aux Mémoirts de Mole.
le Roi, est descendu, s'est assis et a prononce : que le Roi, séant en sou lit de justice, a ordonné que sur le repli il seroit mis que ces lettres ont été lues, etc., oui, ce requérant et consentant le Procureur Général du Roi, à la charge que les deniers provenant de l'exécution seront employés aux nécessités de la guerre, à peine de répétition, tant contre les trésoriers que contre les ordonnateurs.
Après cette action finie, Gautier, avocat, a dit qu'3 avoit plu au Roi donner audience à ce jour à M. le comte d'Harcourt, contre Mme la duchesse d'Elboeuf sa mère; que n'y ayant point d'avocat pour défendre contre lui, qu'il demandoit congé-défaut, et, s'il plaisoit, ordonner que la cause fût appelée et rapportée, ce qui a été prononcé par M. le Chancelier. Et le premier huissier ayant été à la barre, est revenu et a dit : (c Sire, j'ai appelé, par votre commandement, » etc. Et le sieur Gautier avocat a dit le sommaire des lettres patentes accordées par le Roi à M. le comte d'Harcourt, afin que madame sa mère lui conservât la part qui lui pourra appartenir en sa succession, et a fait requête verbale pour avoir provisions de telle somme qu'il plaira à Sa Majesté, et a conclu. M. Bignon a encore pris la parole, et conclu à juger le défaut-congé et entériner les lettres. M. le Chancelier est encore allé au conseil au même ordre et a prononcé défaut-congé, et pour le profit les lettres registrées pour jouir de TefFet et contenu en icelles, et sur la requête verbale, qu'elle sera plaidée au premier jour en son Parlement. Et chacun s'est séparé ^