I . Mêmes collection et volume, p
Mt MÉlfOmBS
jamais semblable entreprise ait été faite contre l'autorité royale, et au temps que le feu Roi, notre très-bonoré seigneur et père j en pareille occasion , au siège d'Amiens, fut en notre Cour pour y faire publier en sa présence les édits de création nouvelle, Tobéissance lui fut rendue tout entière, et incontinent après les officiers de la nouvelle création furent reçus. Nous esliniôiis que la même obéissance nous doit être rendue : et afin de conserver notre dignité tout entière , noua avons défendu au Premier Président et à tous les autres présidents de botre Parlement de souffrir, sous peine d'encourir notre indignation, aucune assemblée. Ce que nous vous enjoignons aussi très-expressément, et de vous opposer ouvertement , en cette oocasioD , à ceux qui contreviendront à notre volonté, et de nous informer particulièrement de leurs noms, étant ré* solu, s'il se trouve quelqu'un si téméraire, de le foire châtier sévèrement, comme perturbateur du repos public et ayant dessein d'empêcher nos justes intentions, fondées sur la nécessité assez cognue d'un-diacun , pour les causes que nous avons fait entendre à notredite Cour, n'ayant autre but que de maintenir notre royaume contre les Impériaux et Espagnols, qui font tous les efforts pour y entreprendre. Nous vous ordonnons aussi de tenir la main que, toutes affûres cessantes , il soit procédé à la réception des officiers de nouvelle création, étant dûment informé que, comme il y a beaucoup de gens de bien en notre Cour, il y en a aussi qui s'éloignent de leur devoir, et que tout le mal vient de quelques-uns des Enquêtes. A quoi nous sommes résolu de pourvoir, en telle sorte que nous saurons bien empêcher semblables
désordres à Favenir, nous trouvant eâfin obÛgë de lever et ôtef la surséance verbale dti feu Roi^ notre seigneur et père, sur l'exécution de la déèki^os ()ubliée en notre Parlement^ en sa présence^ par kquelle il est ordonné que les Enquêtes ne doivent assister aux délibérations des édits et autres affiûres publî* ques, et que la seule Grand'Chàmbre en auroit la cognoissance , comme persotmes expérimentéee et capables de juger des affaires d'Étal plutôi qu'eux^ lesquels y sans expérience, ne peiiv«Dt doimer kur avis en telles rencontres. Ce qui vous bit aeses iilai^e*^ ment cognojitre ce qui est de notre vdonté^daûs la^ quelle nous sommes résolu de deitteuriif teUemeilt ferme , que nous tenons comme impossible de pmivoir souffrir ni endurer que notre autorité aoit bles^ sée de la sorte. Nous trouvant de plue grandement étonnés que notre Procureur Général ail permis qu'en pleine Grand'Chambre, ledit sieur Lakné ait en^ trepris de demander Tassiemblée des Chambrés pour entendre la lecture des édits publiés ^n notre pré* sence, et aviser à ce qui étoit à faire pour le bien et honneur de la justice, et cependant qu'il fut sursis; nous nous promettions à ce point du dû de sa charge et de son affection, qu'il ne manqueroit de nous donner avis d'une telle entreprise; vous enjoignanly à ce défaut, de retirer la feuille du registre de notre^ dite Cour, du 22 du présent mois^ et de la mettre en nos mains au plus tôt pour y prendre les résolutioBS que nous jugerons à propos pour le bien el avantage de notre service^ Si n'y Élites faiile, Car tel est tioire
i . Golleodon Gelbert, t. CCXOI^ p. Èâ^
plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye , le 26* jour de décembre 1635. »
J'ai été bien surpris, après avoir rendu les lettres de cachet du Roi, ci-dessus, ayant vu qu'il m*étoit imputé une chose à laquelle il m'étoit impossible de donner ordre, puisque, le jour de samedi suivant rentrée du Roi, je n'avois pu aller au Parlement par maladie survenue, et de laquelle je m'étois fait excuser. Et quand j*y eusse été, il n'étoit pas en mon pouvoir, étant au parquet, de sçavoir ce qui se passoit en la Grand* Chambre, si M. le Premier Président ne m'en eût donné avis, ou que le greffier, de la part de la Cour, n'y fût venu. Ce sont les avis que quelques-uns donnent au préjudice des autres, et qui ne trouvent leur repos ou leur compte qu'au milieu du mouvement, donnant soupçon de qui il leur plaît et la défiance en l'esprit du prince : Dieu soit loué, qui fera cognoitre l'innocence et la fidélité I
L'indisposition m'ayant continué depuis le 20 jus« ques au 29, je n'ai pas laissé de recevoir les lettres du Roi et m'en charger pour les porter. Et voyant qu'elles étoient adressées à MM. les avocats du Roi et à moi, je les priai, dès le vendredi après dîner, de se trouver, le lendemain après sept heures, au parquet, afin d'entendre la lecture et d'aviser ce qui seroit le mieux.
Arrivant au parquet, j'y ai trouvé M. Tavocat Bignon seulement, et ayant attendu jusques à huit heures, nous sommes entrés en la Grand^Chambre, où étoient M. le Premier Président, MM. les présidents de Bellièvre et de Mesmes , et a été dit , par M. Bignon : qu'ayant reçu commandement du Roi
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d'apporter une lettre de cachet , nous y satisfaisions. Que, par les nôtres, nous apprenions que c'étoit pour empêcher l'assemblée des Chambres demandée par Messieurs des Enquêtes, et qu'il étoit juste que le Roi fut obéi. Les trois Chambres ont été assemblées, et, après avoir délibéré longtemps, il fut ouvert un avis de nous envoyer quérir et de faire lire en notre présence la lettre, pour ouïr ce que nous avions à dire. Ce qui a été exécuté , et la lettre lue par un de Messieurs de la Grand'Chambre , nous avons dit : que nous allions jusques au greffe pour nous recueillir et prendre avis entre nous. Et y ayant demeuré fort peu, nous sommes rentrés et a été dit par M. Bignon : que nous avions entendu avec regret la lecture de la lettre de cachet ; que celle que nous avions reçue étoit en même style, qui exprimoit vivement l'intention du Roi et son expresse volonté de ne trouver pas bon que les Chambres fussent assemblées pour le sujet proposé, et que nous nous promettions que chacun obéiroit au Roi ; qu'il n'y avoit lieu de proposer autre chose, sinon, comme nous avions entendu ce ^ue le Roi nous commandoit , que nous ne manquerons pas de l'exécuter. Et ayant continué leur délibération, il fut donc arrêté de députer M. le président le Mesmes et quatre de Messieurs de la Grand'Chamore pour aller trouver M. le Chancelier et communiquer avec lui, afin d'obtenir permission du Roi de «'assembler pour entendre la lecture des édits vél'ifiés le Roi séant , et qui n'ont pu être entendus à :^use de la presse, et que les députés des Chambres ieroient mandés pour leur faire entendre la résolution prise en la Grand'Chambre : ce qui a été fait. Et
tous troisy nous avons été trouver M. le Chancelier, qui tenoit le sceau, et nous a fait entrer en sa chambre, en laquelle il est venu un peu après. Et lui avons rendu compte de ce qui s*étoit passé en exécution des lettres reçues du Roi, et principalement que ce qui étpit désiré de nous pour prendre la feuille et k porter au Roi, n*étoit ni de Tordre, ni de notre pouvoir, ce qu'il a recognu lui-même.
Le samedi 29 décembre^, les gens du Roi ont présenté à la Cour leurs lettres closes du cachet d'icelui seigneur Roi, et dit qu'elles étoient au sujet de rassemblée demandée au dernier jour. Après qu'ils se sont retirés, les députés des Enquêtes sont entrés en la Grand'Chambre, qui ont dit avoir chaîne des Chambres de demander à la Cour résolution de ce qu'ils avoient requis au dernier jour. M. le Premier Président leur a dit qu'il avoit reçu de Sa Majesté lettre témoignant son grand mécontentement de ce qui s'étoit passé, et que cela blessoit son autorité royale; qu'il estime Finten* tion de tous Messieurs bonne, mais que le Roi lui défend d'assembler, à peine d'encourir son indignation, et que le Procureur Général avoit apporté lettres de cachet, non encore ouvertes. Les députés des Enquêtes répondirent qu'ils seroient toujours très-observaut la volonté du Roi, supplièrent la Cour que, s'il y avoit lettres, Messieurs de la Grand'Chambre en délibérassent, et de leur faire réponse. Eux retirés, la Grand'Chambre, la Tournelle et celle de l'Édit assem-
i . Ce récit coœplémentidre , qui se trouve dans les papieit de Mole , rend compte d'un incident de la séance du Parlement 4a 29 décembre. Dans l'intérêt de la rédaction, il se trouve < placé après le narré du 30 décembre.
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bléesy la lettre du Roi fut lue et lés gens du Roi mandés, qui ont dit : qu'après avoir considéré la lettre, ils la trouvoient à peu près conforme à celle que Sa Majesté leur avoit écrite, que le Roi désiroit une entière obéissance, et qu il ne fut fait aucune assemblée : c'est pourquoi, en cette rencontre, ils avoient la bouche fermée et n'avoient autre chose à dire. Sur quoi, la G>ur a arrêté qu'un président et quatre conseillers iroient vers M. le Chancelier pour lui Ëdre entendre, de la part de la Cour, la conséquence et importance du contenu en cette lettre de cachet, et le prier de faire en sorte, vers le Roi, que toute la compagnie demeure en son entier de s'assembler à délibérer, ainsi qu'il est accoutumé. Et furent députés Henri de Mesmes, président, Samuel de la Nauve, Claude Le Clerc, Nicolas Chevalier et Pierre Broussel, conseillers. Ce dont M. le Premier Président informa Messieurs des Enquêtes.
Ce même jour, M. le Premier Président envoya à Ruel avertir M. de BuUion pour se trouver au Mont- Valérien, où il se rendroitpour conférer d'affaire importante. M. le Premier Président étant arrivé le premier et ne sçachant si M. de Bullion y viendroit, demanda papier et encre, et l'un des ermites, qui le mit dans sa chambre, lui bailla papier et encre. Et ayant écrit assez longtemps, an*)va M. de Bullion. Il rompit récrit et le jeta au coin du feu, au lieu de le faire brûler, et ces fragments furent retrouvés.
Et discourant ensemble de la parole portée pour l'assemblée, l'ermite entendit parler de M. Laisné, son bienfaiteur ; il prêta l'oreille plus attentivement, et entendit la proposition qui regardoit sa charge et
sa personne. Il ouït aussi que Ton parla du Procureur Général. Ces Messieurs s'étant séparés, il fit ayer» tir M. Laisné qu'il avoit quelque chose d^important à lui dire, et, l'ayant été trouver, lui fut déclaré le tout par l'ermite : ce qui a donné lieu au contenu en la requête ci-après.
ce A Messieurs du Parlement. Supplie très*humblement Jean Laisné, conseiller au Parlement, disant : que, le 22 du mois de décembre, s'étant trouve le plus ancien de sa Chambre , il avoit été député , en Pabsence de ses confrères plus anciens, pour aller en la Grand'Chambre demander l'assemblée des Chambres pour entendre la lecture des édits que le Roi avoit apportés au Parlement, deux jours auparavant. M. Nicolas Le Jay, premier président, et Claude de Bullion auroient pris rendez-vous au Mont-Valérien, où ils auroient fait complot de le perdre d'honneur et le faire punir. Ce considéré, Nosseigneurs, il vous plaira donner commission au suppliant pour informer et faire ouïr celui qui étoit seul avec eux et deux à qui il l'a dit pour en avertir, pour délivrer votre suppliant de leur violence ^, » etc.
Le lundi 31 décembre , MM. les Présidents revêtus de leurs robes rouges et chaperons fourrés, les Conseillers de la Cour et MM. les Présidents et Conseillers des Enquêtes et Recyiétes, s'étant tous trouvés en la Grand'Chambre, assis en leurs places ordinaires lorsque les Chambres sont assemblées, M. Pierre Gayant, président en la première des Enquêtes, a dit que Messieurs des Enquêtes supplicient la Cour d'assem-
i. Collection Colbert, t. GCXin, p. 238.
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bler toutes les Chambres, etc. M. le Premier Président à répondu que la feuille avoit été faite, laquelle jcontenoit les édits; qu'il avoit fait entendre à MM. les députes des Enquêtes la volonté du Roi , lequel défendoit rassemblée, et l'arrêté des trois Chambres qui âvoienl député sur ce sujet. M. le Président de Mesmes a dit alors que, bien qu'il n'avoit pas mission de faire rapport de ce qu'il avoit fait comme député, il pouvoit cependant assurer qu'il avoit vu M, le Chancelier et lui avoit fait entendre ce qui concernoit le bien et l'honneur de toute la compagnie, lequel sieur Chancelier avoit dit qu'il parleroit au Roi. Et sur ce, plusieurs de Messieurs des Enquêtes ayant parlé ensemblement et séparément , n'ayant voulu quitter leurs places, l'heure a sonné et se sont tous mesdits Sieurs retirés. Et a été l'audience ouverte \