‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France, publiés pour la Société de l'histoire de France, sous les auspices de m. le comte Molé, l'un de ses membres (volume 3)Chapitre 6 sur 52 · VOYAGE DU ROI EN NORMANDIE · texte numérisé non relu

VOYAGE DU ROI EN NORMANDIE

Le lundi 31 janvier, le Premier Président a dit à la Cour : <€ Que, samedi dernier, suivant l'ordre reçu de la part du Roi, il fut au Palais-Royal, environ les quatre heures de relevée, avec MM. les autres députés de la Cour. Entrés, il plut à la Reine leur dire : <c Que le service du Roi l'obligeoit de faire un voyage en Normandie^, pour peu de temps ; que M. le duc d'Or-

biter aucun livre, libelle didanatoire et autres , tendant à exciter sédition.

i« Voy. ^V Appendice les lettres de Mazarin, relatives à oe voyage du Roi, et pour les troubles de la Guyenne, le rapport de Moran, maître des requêtes de Phôtel du Roi , chargé d'informer sur le sujet des troubles de cette province.

Au mois de février 1650, U Cour enregistra des lettres patentes

DE MAimEU MOLE. (1650.) 79

lëans demeureroit en cette ville; que les soins qu^il prendroit étant secondés des bonnes intentions du Parlement, tout se maintiendroit en repos ; ce qu elle se promettoit de Taffection de la Cour, n Le Premier Président lui dit : a Qu'il feroit entendre à la Cour Thonneur de ses commandements ; que ce sera toujours avec un extrême regret d'apprendre Téloignement du Roi et de la Reine de la ville capitale du royaume y puisqu'elle avoit mis son souverain bien An sa présence ; que Ton cédera néanmoins à la nécessité des affaires et préférera l'avantage du général au particulier ; que l'on se promet que la présence du Roi et de la Reine dissipera les nuages, et calmera tous les orages qui se pourroient exciter ; que c'étoient les vceux du Parlement, qui contribuera au repos public

du Roiy àa i^ du même mois, ordonnant au duc de Bouillon, aux ■laréchaux deBréséet de Turenne et au prince de Marsillac, qui s'étaient retirés en Guyenne pour y exciter des mouvements populaires, après l'arrestation des princes , de revenir près du Roi dans quinze jours et qu'il oublieroit tout le passé , et qu'à faute d'obéir, il les déclare rebelles et perturbateurs du repos public, etc.

Le 7 mars, le Premier Président appela l'attention de la Cour sur le sujet des Induites. L'affaire fut remise à l'examen du conseiller Leprevost. Il fut ensuite donné lecture d'une lettre du Roi annonçant son voyage en Bourgogne. (Voy. à V Appendice les lettres de Maaarin relatives à ce voyage.)

Le 21 mars , le Parlement reçut une lettre du Roi en date du 4 mars , par laquelle il annonçait qu'il avait retiré les sceaux au chancelier Séguier, pour les remettre au marquis de Châteauneuf .

L'affaire des rentes de l'H6tel de Ville; est encore de temps à antre l'objet des délibérations du Parlement; mais depuis que les Frondeurs ne se servirent plus de ce prétexte pour exciter le peuple, cette question perdit de son importance politique. Le duc d'Orléans l'avait é^^ement prise sous sa protection et paraissait s'en occuper dans le Conseil.

tout ce qu'Q doit et témoignera, par toutes ses actions, sa fidélité , et que le ciel comble Leurs Majestés d'autant de bonheur qu'ils en méritent et que Ton leur en peut souhaiter. » Ensuite, ils avoicnt fait humbles révérences et s'étoient retirés. »

REQITÊTE DE LA PRINCESSE DOUAIRIÈRE DE COIfDJÉ. PR^*

SmENT DE LA CHAMBRE DES COMPTES PRISONJ^flER.

Le mercredi 27 avril, le Premier Président a dit à la Cour : « Qu'il y avoit deux affaires d'importance^ sut lesquelles il étoit nécessaire de délibérer : Tune touchant deux requêtes présentées par M°^® la princesse douairière de Condé et par les parents du sieur Perrault, président en la Chambre des Comptes, détenu prisonnier au château de Yincennes, dont un de Messieurs s' étoit chargé ; l'autre , sur ce que le sieur de Fromont, secrétaire des commandements de M. le duc d'Orléans, est venu, de la part du duc, lui dire que l'on différât la mercuriale , jusques au retour du Roi •en cette ville, qui devoit être lundi prochain, sur les bruits qui couroient de ce qui s'y devoit passer, qui pourroit donner atteinte à la tranquillité publique. Sur quoi, la Cour ayant délibéré, a arrêté : que M* Pierre Fayen et Claude Ménardeau^ conseillers du Roi en 1a Cour, iroient présentement vers le duc d'Or* léans lui donner avis desdites requêtes ; lui faire entendre que, suivant son désir et sa volonté, on a différé de délibérer sur icelles, jusques au retour du Roi; et que la Cour a trouvé juste d'ordonner, ce pendant , que la princesse douairière de Condé ^ ait la liberté de

1. Cette princesse mourot à la fin de l'année id50. Les régis-

DE MATHIEVJ MOLE, (i6K0.) 81

demeurer en sûreté', en tel lieu qu'O plaira audit seigneur Roi lui désigner, dans Tenclos de la ville et faubourgs de Paris, jusques à ce qu'autrement en ait été ordonné, et de tenir la mercuriale à l'ordinaire sans parler débites requêtes.

Le mardi 3 mai, le Premier Président a proposé à la Cour d'aller saluer le Roi et la Reine-régente en France à leur retour de Bellegarde* ; et ont été mandés les gens du Roi, poiâ* sçavoir l'heure dudit.seigneur Roi et de ladite dame Reine.

ilÉGLARATION CONTRE LA DtJGHFSSE DE LONGUEVILLE.

Le lundi 1 6 mai , la Cour enregistra la déclaration du Roi , donnée à Paris le 9 mai présent mois , par laquelle ledit seigneur, de l'avis de la Reine-régente , sa mère, de son très-cher et très-amé oncle le duc d'Orléans, et autres princes, ducs, pairs, et autres officiers de sa couronne, grands et notables personnages de son Conseil , avoit déclaré la duchesse de

très da Parlement du 22 décembre renfennent une lettre du Roi à la Cour, pour lui faire rendre tous les honneurs dus à son rang. Le Roi rappelle TafTection qu'il portait à cette personne et l'estime qu'il faisait de ses vertus.

i . Le duc d'Orléans répondit qu'il ne pouvait désigner d'autre lieu de sûreté que celui prescrit par le Roi , qui était la ville de Boui^es ou MonU'on (Saint- Amand-Montrond) ; mais la Cour accorda à la princesse douairière l'autorisation de demeurer dans telle maison qu'il lui plairait choisir dans Tenclos du Palais. Le âl avril , le duc d'Orléans vint au Parlement faire connaître les nouveaux ordres du Roi relatifs à cette princesse, et lui réitérer l'invitation de.quitter Chantilly et d'aller à Bourges. Le 6 mai, il y eut de nouvelles instances faites au Parlement en faveur de la princesse de Condé.

2. Voy. à VJppendice les lettres du cardinal Mazarin , iela<tives à ce voyage à Bellegarde.

82 MÉMO^lES

LongueviUe^ les ducs de Bouillon, maréchal de Turenne et M. deMarsillac, ensemble tous ceyx qui leur adhéroient , favorisoient et assistoient , ou leur adbéreroient; qui les recognoitroient pour leurs chëft ou leur obéiroient, et seroient entrés ou ehtreroient en quelque ligue, association ou intelligence avec eux, directement ou indirectement, en quelque manière que ce soit, désobéissants, perturbateurs du repos public, rebelles, ennemis de TÉlàt, et criminels <le lèse-majesté au premier chef, et comme tels, veut et lui plaît qu'il soit procédé contre eux, selon la riguegr des lois et ordonnances, tant en leurs personnes qu'en leurs biens et postérité; et en conséquence de ce, les déclare déchus et privés de tous honneurs , titres , dignités, qualités, charges, offices et états, pensions, privilèges, facultés , prérogatives, prééminences et droits généralement quelconques, et aussi toutes les terres et seigneuries qu'ils tiennent de lui et de sa couronne réunies inséparablement et à toujours à sou domaine, et toutes autres seigneuries , terres et biens, tant meubles qu'immeubles, possédés par eux en ce royaume et lieu de son obéissance, à lui acquis et confisqués , pour être les fruits et revenus de tous lesdits biens mis en sa main et reçus par les receveurs de son domaine , et par eux employés ainsi qu'il sera par lui ordonné; mande aussi ledit seigneur à tous ses lieutenants généraux en ses armées, gouverneurs, etc. , courir sus à ladite duchesse de Longueville , duc de Bouillon , maréchal de Turenne, M. de Marsillac et leurs adhérents^ et à tous baillis, etc., de se saisir de leurs personnes et les poursuivre selon la rigueur de ses ordonnances. Ces lettres furent lues ,

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publiées et ri^istrées au greffe criminel d'icelle Cour pour être exécutées selon leur forme et teneur ^

« LES Pl^SONNIEBS OB LA BASTILLE.

Le mardi 1 3 septei^re , le Premier Président a dit : « Que le sujet de cette assemblée est pour sçavoir la résolution qui (ut prise hier, sur la proposition faite , qui sembloit avoir été reçue du commun vœu de toute la compagnie ; mais comme il eut hier Thonneur de voir M. le duc d'Orléans, il ipi fit entendre les plaintes des exactions de celui qui commande à Lagny , dont on avoit parlé ce matin, et par même moyen il lui parla des prisonniers constitués par ses ordres dans la Bastille, auxquels on ne faisoit le procès , et qui ne p'ouvoient demeurer longtemps en cet état, suivant la déclaration du 22 octobre 1 648. Il lui plut de répondre qu'il avoit iait écrire à celui qui commande à Lagny de le venir trouver, qu'il lui feroit rendre compte de ses

i. Ces lettres furent suivies, le 23 mai, d'une plainte portée au Parlement, par le Procureur Général , contre l'entreprise, mauvaise conduite, menéâ, cabales, ligues, etc., faites par les sieuis de Matta et Fontrailles, à la suite de laquelle il intervint des arrêts conformes. Mais, immédiatement, les Enquêtes se plaignirent de la vérification de la déclaration contre M"^de Ijongueville et autres, sans avoir assemblé les Chambres ; le Premier Président répondit qu'il y seroit avisé. Le l'^juillet, la Cour fut mandée par le Roi au Palais-Royal et fut informée, parla Reine-régente, que le Roi avoit résolu de s'en aller à Bordeaux ; voyage qu'il étoit obligé d'entreprendre, pour fixer toutes choses en Guyenne, et qu'il se promettait qu'en son absence la compagnie s'emploierait à maintenir la paix en cette ville. Le Garde des Sceaux expliqua ensuite longuement les intentions de la Régente. Les affaires de Bordeaux contÎDuèrent d'occuper les délibérations de la Cour ; les troubles de cette province se ratlachaient à la captivité des princes. Voy. notre édition des Mémoires de Pierre Lenet,

actions, pour après y pourvoir. Et pour les prisonniers, qu'il avoit donné- ordre qu'ils fussent interrogés parle lieutenant criminel^ afin que quand leur procès seroit instruit, il les lit juger par le Parleoynt; et que, sur les dix heures du soir, le sîeur Goulas, son secrétaire , lui apporta de sa part le qiémoire de tous les prisonniers qui étoient détenus à la Bastille, et pour quelles causes ils avoient été arrêtés. » Duquel mémoire la teneur en suit : " «

Prisonniers de la Bastille. — \jqs sieurs Asemant et Paris, n'ont pas voulu donner parole de ne point servir M. de Turenne ;

Saint-Martin , ppur avoir été pris se voulant jeter dans Stenay, et ayant donné sa parole qu'il seroit en sa maison de Languedoc , sans passer par Paris , s'est trouvé dans ce palais les deux jours qu'il y a eu du bruit ;

Les sieurs Dalyes et Briviiiiers , pour ai^if eu correspondance avec M. de Bouillon.

11 y en a encore trois ou quatre qui y sont pour avoir fait des levées à Paris, ou pour s'être trouvés à la menée du palais, des noms desquels on ne.se souvient pas ; ont été interrogés par le lieutenant criminel qui en instruit le procès :

M"* et M"* de Bouillon , pour les raisons que chacun sait*; M. de Carnavalet, pour les avoir laissés échapper;

. 1. Cette liste des prisonniers ne mentionne pas le président Perrault, qui était enfermé à Vincennes, comme nous l'avons vu ci-dessus. Une députation fut envoyée au duc d'Orléans, par arrêt de la Cour du 20 septembre , pour lui remontrer qu'on disait que Perrault était malade et n'avait liberté d'être visité par

Il serait a désirer t]ue le i^rquis de Persan^ Bussy* Rabutinv Bordet et du Fay , qui ont été soupçonnés, y fussent aussi, et qui, pour avoir été avertis, sont allés en l'armée des ennemis , où ils font beaucoup de mal.

M. r Avocat général présentera ce mémoire de la part de Son Altesse Royale à la Cour, aux fins de conclure que tout est dans Tordre , et qu'ainsi il sembloit que la compagnie dût être satisfaite , et que Von pouvoit proposer de mettre le mémoire entre les mains du Procureur Généra), qui enverroit quérir le lieutenant criminel , et s'il trouvoit quelque chose où le public pût avoir intérêt , il viendroit en donner avis à la compagnie. La matière mise en délibération, la Cour a arrêté : que le mémoire concernant lesdits prisonniers sera mis entre les mains dudit Procureur Général, pour s'enquérir et instruire sur ce sujet et sur ce qu'il requerra y être délibéré.

LE parlsmeut de Toulouse. — lestvoyé de L'ARcmDcc.

Le jeudi 15 septembre, en la chambre des vacations, le Premier Président a fait la lecture de la lettre qu'il avoit dressée pour envoyer au parlement de Toulouse ^ de laquelle la teneur en suit : « Messieurs, comme ce qui se passe en Guyenne regarde le repos de toute la France , et que le mouvement qui s'y est excité peut allumer un tel feu qu'il seroit très-difBcile

son médecin, et qa'on lui avait fait boncher une fenêtre, de telle sorte qu'il était traité très-rigoureusement. Le duc d'Orléans répondit « que ce qui avoit été rapporté à la Cour n'étoit vériuble» et qu'au contraire les médecins avoient toujours eu la liberté de visiter et de panser ledit Perrault. »

86 MÉMOIRt:S

de réteindre, aussi prévenant ^yos sentiments, la compagnie a jusques à présent contribué, pov arrêter le cours d'un tel mal , ce qui a ^té de ^on pouvoir , comme vous verrez par les extraits des registres cienclos. Vous pouvez* donc croire qu'en ce qui touchera le service du Roi^ le soulagemfftit de Ses peuples et l'exécution des déclarations^ elle continuera d'emi» ployer tous ses soins et porter tous ses vœux avec vous, afin de satisfaire à son devoir et à son obligation de maintenir l'autorité du Roi et l'exécution de sa volonté, confirmée par tant d'actes publics, yous assurant que nous serons toujours , etc. »

Ensuite , le Premier Président a dit, en la chambre des vacations : a Que s'étant trouvé lundi , mardi , et le jour d'hier au palais d'Orléans , avec M. le président de Mesmes , par l'ordre de Monsieur , duc d'Orléans^ lors de la réception de don Gabriel de Tolède , en* voyé par M. l'Archiduc , et du congé qu'il a pris de mondit sieur duc d'Orléans , il étoit juste de dire à la compagnie le sujet de son voyage et la résolution prise. M. l'Archiduc ayant écrit, ci-devant, par un trompette, à Monsieur, duc d'Orléans, sur la paix nécessaire entre les deux couronnes, et par ses lettres ayant témoigné sa passion pour achever un ouvrage si important. Monsieur, duc d'Orléans, lui fit réponse et y envoya le sieur de Verderonne pour lui faire cognoitre qu'il étoit temps de mettre fin à cette guerre , qui avoit trop longtemps duré pour le bien de la chrétienté, et que de sa part il lui donnoit assurance d'employer tous moyens pour la faire cesser. Que cet honneur rendu à M. l'Archiduc, l'avoit obligé de lui envoyer don Gabriel de Tolède , pour lui rendre

actîoqs de grâces, et pour ïémoiguer de plus en plus qu'il préféi^roit les effets aux paroles « et que, par la lettre qu'il ftti présentoit , il le conjuroit que l'affaire (ut terminée entre eux deux ^ et que Monsieur , duc d'Orléans , pouvoit venir en toute sûreté entre Bhetel et Rheims, et que dans le 1 8 du courant ils pourroient se trouver ensemble.

({ Le reste se passa en civilités; mais comme il avoit entrepris de disposer des lieux , des jours et des personnes, on trouva nécessaire d'envoyer visiter don . Gabriel de Tolède par M. d'Avau» en présence de M. le Monce et du résident de Venise , médiateurs de la paix ci-devant convenue, afin d'apprendre en leur présence *'s'il avoit quelque charge particulière ou quelque cognoisâmce du pouvoir et des moyens que H. TArchiduc devoit tenir , et lui faire cognoitre que le lieu choisi , qui étoit au milieu de Tarmée ennemie, ne pouvoit permettre que Pon s'y exposât et que le jour étoit si proche, qu'il n'y avoit pas moyen d'y satisfaire , et que Monsieur , duc d'Orléans , étoit prêt de s'acheminer en quelqu'autre lieu , quand les affaires auroient été premièretnent examinées par personnes choisies de part et d'autre. M. d'Avau a rapporté ce qui s'étoit passé en la conférence, et qu'il a déclaré n'avoir autre charge que celle qu'il avoit exposée; que si l'on désiroit sçavoir ce qu'il avoit pu cognoitre des desseins de M. l'Archiduc , qu'il étoit obligé d'assurer qu'il étoit porté à conclure une paix honorsdble entre les deux couronnes , et que l'état des affaires de l'une et de l'autre sembloit le désirer ; qu'il étoit obligé d'avouer que l'on pouvoit choisir un autre lieu et de convenir de quelques personnes.

Après ce rapport^ avoit été résolu d'envoyer vers M. rArchiduCy M. d'Âvau y qui avoit été ci-devanl plénipotentiaire à Munster , et de prier Itf. le Nonce et le résident de Venise de prendre la peine d'y aller; afin qu'en leur présence l'on pût arrêter tous les ordres nécessaires pour coounencer le traité ,de cette paix si désirée d'un chacun et si nécessaire à tous.

(c Et hier , sur les cinq heures après diner , il vint prendre congé de Monsieur, duc d'Orléans , qui lui dit sa résolution et lui témoigna beaucoup de civilités, dont il fut très-content et satis/ait. De sorte qu^il ne. reste plus que les vœux que "fee premier travail succède, et qu'enfin l'on puisse jouir d'un calme public et d'un repos général pour l'avantage de la chrétienté. s> Il fut arrêté que de ce que dessus seroit fait registre. '--

BEQUtTE DES PRINCES PRISOHKIERS ADRESSÉE AU PAELSMERT. ORDRES DE LA REUTB A CE SUJET.

Le samedi 10 décembre, M* François Mole, pourvu de l'état et ofQce de conseiller en la Cour de céans, mandé, lui a été donnée la loi Filium quem cod. familiee.

Ce jour, la Cour, toutes les Chambres assemblées, présents les gens du Roi , le Premier Président a dit : it Que hier , environ les onze heures du matin , il fut au Palais-Royal avec M. le président de BelUèvre, MM. Le Doyen et Viole, conseillers de la Grand'- Chambre, les députés des Enquêtes et Requêtes et les gens du Roi. Sitôt qu'ils fuient arrivés, M. le maréchal de THôpital , gouverneur de cette ville , les vint

trouver , montèrent en la chambre de la Reine^regente, mère du Roi , étant en son lit j le Roi en un fauteuil ; proche de lui, M. le duc d'Orléans, M. le duc d'Anjou , M. le Garde des Sceaux et autres. •

« La Reine ayant fait signe, ils s'approchèrent: elle leur dit que l'état auquel elle étoit ne lui permettoit pas de beaucoup parler; que M. le Garde des Sceaux feroit entendre son intention. Et avant le Garde des Sceaux pris la parole, il leur avoit dit : et Que le Roi et la Reine avoient sçu les deux requêtes présentées et la lettre de MM» les Princes; que l'aftaire étoit très* importante pour y prendre résolution ; prioit la com* pagnie de différer pour quelque temps, afin d'y pourvoir pour le bien de l'État. » Le Premier Président lui dit : <r Qu'ils avoient un extrême regret de voir que, par l'indisposition de la Reine , notre fortune publique étoit ébranlée^ et que Ton se promettoit qu'à la faveur du del elle en seroit bientôt délivrée, pour le salut de la France, et qu'il ne manqueroit de faire entendre sa volonté à la compagnie; qu'elle se pouvoit assurer de sa fidélité et de ses respects particuliers pour sa vertu, j» Et ayant fait humbles révérences s'étoient retirés.

Les gens du Roi^ M* Omer Talon, avocat dudit seigneur, portant la parole , ont dit : « Que Messieurs s'étant retirés , la Reine les ayant appelés, leur dit qu'elle avoit eu vingt-deux accès de fièvre; qu'elle n' avoit eu loisir de penser aux affaires, et qu'elle seroit bien aise de surseoir quelque temps. Il leur sembloit donc qu'il seroit dur de la refuser, et qu'il dépendoit de la Cour d'y aviser par sa prudence* » Et, sur ce, les gens du Roi retirés , la matière mise en délibération ,

la Cour a arrêté de surseoir jusqu'à mercredi , auquel jour TaiTaire a été remise ^

Le 14 décembre, la Cour, toutes les Chambres assemblées, suivant l'arrêt du 10 de ce mois, lecture faite des requêtes présentées, l'une par M°^ la princesse de Condé, et Tautre par Bf"" de Longueville, lettres et conclusions des gens du Koi mentionnées ès-registres des 7 et 10 de ce mois, ayant commencé à délibérer, a arrêté et ordonné qu'il sera délibéré demain , toutes affaires cessantes , et Monsieur', duc d'Orléans, oncle du Roi, invité de s'y trouver. k cette fin ont été députés M* Jean Doujat et Claude Ménardeau, conseillers en ladite Cour.

Le jeudi 1 5 décembre , la Cour, toutes les Chambres assemblées, après avoir oui le récit fait par W Jean Doujat et Gaude Ménardeaii, conseillers en ladite Cour, de ce qui s'étoit passé en leur députation vers Monsieur, duc d'Orléans, le jour d'hier et ce matin, et que mondit sieur leur avoit dit ne se pouvoir trouver en rassemblée en ladite Cour, a été remise la délibé-ration à samedi.

Le vendredi 16 décembre, la Cour, toutes les Chambre^ assemblées, après avoir ouï et examiné M' François Molé^ pourvu de l'état et office de con* seiller en ladite Cour, sur la loi ci-devant à lui donnée et sur autres livres de droit , théorique et pratique; lui

4. Pendant ces délibéradiHis dn Parlement, les pamphlets se nraltiplièrent tellement , que la Ck>ur fat obligée de rendre, le i 3 décembre, un nouvel arrêt portant défense de composer et mettre en lumière aucun libelle injurieux. — Voy. le Recueil de Matarinades, publiées dans la collection de la Sodété, par M. C. Moreau.

retiré , la matière mise en délibëration , a arrêté et ordonné qu'il est suffisant et capable , ei que comme tel, il sera reçu auxdits état et office. Et à l'instant mandé ^ a fait le serment accoutumé, juré fidélité au Roi et y a été reçu.

L*ABM±S JOES FRONDEURS COMMANDÉE PAR TURERNC» BATTDR PAR LES TROUPES DU ROI.

Le lundi 19 décembre, la Cour fut informée que H. de Rhodes, grand maître des cérémonies, apportoit la lettre du Roi dont suit la teneur : « Nos amés et féaux, aussitôt que nous avons reçu la confirmation de la signalée victoire remportée par notre armée, comman* dée par notre très-cher et très-amé cousin le maréchal du Plessis - Praslin , sur celle que commandoit le vicomte de Turenne, composée tant des troupes d'Espagne et Lorraine, que des rebelles de notre royaume , laquelle , par l'assistance qu il a plu à Dieu de nous donner, a été entièrement défaite, en sorte que toute leur infanterie est demeurée sur la place , et presque toute la cavalerie taillée en pièces , à la réserve de quelques escadrons , qui se sont sauvés à la fuite, leur artillerie, bagages, drapeaux, étendards et timbales pris, avec les principaux officiers qui com* mandoient lesdites troupes. Nous avons bien voulu vous en faire part , dans l'assurance que nous avons de la joie que tous nos bons sujets en recevront, et comme nous recognoissons tenir cet heureux succès de la main de Dieu et de sa protection particulière pour notre couronne , nous ne pouvons en rendre assez tôt les grâces que nous en devons à sa divine

majesté, et pour le témoigner, nous avons résolu de faire chanter le Te Deum en Téglise de Notre-Dame, mardi prochain , 20* de ce mois , à neuf heures du malin , etc. Donné à Paris, le 18* jour de décembre 1650 \ »

\ . Malgré cet échec énorme pour le parti des princes, la haine contre le cardinal Mazarin était si grande , que le 30 janvier i 651 le Premier Président fiit mandé chez la Reine » qui lui dit, par la bouche du Chancelier : i Qu'elle accorderoit incessamment la liberté des princes, après que M"* de Longuerille et le maréchal de Tui*enne auroient posé les armes et se seroient rendus \l leur devoir, et que, pour témoignage de sa bonne volonté, elle enverroit au premier jour des lettres d'abolition , afin que par tous moyens elle puisse assurer la paix du royaume. •— > Le 1*' février, la Reine manda de nouveau Mathieu Mole, c pour lui renouveler l'assurance que les princes seroient bientôt mis en liberté. » Ils sortirent, en efTct, de prison le 13 février 4651 . Leur mise en liberté avait été retardée par les intrigues du cardinal de Retz contre Mazarin. Le Coadjuteur s'était emparé de l'esprit du duc d'Orléans, et il s'opposait au retour des princes parce qne la Reine espérait, en les mettant en liberté, pouvoir conserver son premier ministre (voy. à ce sujet la séance du Parlement du 4 février de relevée) ; mais l'opposition universelle rendit ce projet impossible. Mazarin dut céder momentanément à l'orage soulevé par les Frondeurs anciens et nouveaux, et sortir du royaume. (Voy. les Lettres de ce ministre, écrites pendant son exil, et publiées par M. Ravenel, collect. de la Société.)

FIN DES MÉMOIBJBS.

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