Voy. kt Mémoire dé RUhêliêu, t. VII, p. 8S
kibonoes grâces du Roi et sa permission. » Le baron, cognoissaot sa parole, commanda aussitôt que Ton ne tirât point. Lors Monsieur lui dit : (c J'ai des ordres du Roi pour vous. Faites sortir quelqu'un à qui je les puisse donner. » U fit donc sortir le baron de Longcbamp, son neveu ^ capitaine au régiment de Piémont, qui Tétoit venu voir le soir précédent, auquel mondit seigneur bailla les ordres du Roi , lesquels il porta dans la place au gouverneur, qui reçut à l'instant Monsieur, lui sixième, en gardant toujours sa sûreté, suivant les ordres du Roi; de quoi mondit seigneur lui sçut très-bon gré. Ceux qui étoient armés et qui entrèrent avec lui étoient les sieurs de Puylaurens, du Fargis, d'Elbène, Briançon, du QNidray et Senantes. Étant donc entrés, il dit au gouverneur : « Donnez-nous à souper; il y a dix-huit heures que nous n'avons ni bu ni mangé, d Le gouverneur lui fit apprêter diligenunent à manger. Il dit bu à la santé du Roi et ensuite à celle du Cardinal-Duc. Puis le gouverneur le logea très-bien dans sa chambre, et dépécha aussitôt le baron de Longchamp vers le Roi, pour lui donner avis de l'arrivée de Monsieur, et lui dire cxunme tout s'étoit passé. Monsieur dépêcha aussi le sieur d'Elbène, pour témoigner à Sa Majesté la joie qu'il avoit d'être remis en ses bonnes grâces. U a demeuré à la Capelle le 9, en est parti le 1 0, pour aller à Notre- Dame-de»Liesse remercier Dieu de l'avoir tiré d'oii il ëtoit, et, de là, est allé à Soissons attendre les ordres du Roi.
De Noyon, ce 9 noyembre.
Le sieur de Chaulnes, en étant averti, est aussitôt parti, assisté des compagnies de cavalerie du cardinal de la Valette, qui étoient logées à Noyon, et de celles de
Beauregard et de la Roque-Massebaut, poar lui offrir toute sorte d'assistance de la part de Sa Majesté et lui donner escorte pendant qu'il seroit vers la frontière; et, ayant appris à Saint-Quentin qu'il avoit couché à Marie, l'y est aile trouver pour lui faire ces mêmes offres.
M. de Chaulnes ayant trouvé Monsieur, frère du Roi, parti de Marie, apprit qu'il étoit allé dîner à Notre-Dame» de-Liesse et qu'il viendroit coucher à Laon , lui coupa chemin entre Liesse et ledit Laon, où il l'attendit jusques sur les trois heures après midi. Donc, Monsieur venant, le duc de Chaulnes le pria et conjura si instamment de Touloir venir coucher à la Fère , où son souper l'attendoit , que Monsieur, après quelques résistances, lui disant qu'il avoit mandé au Roi qu'il alloit attendre ses commandements à Soissons , se laissa enfin aller et se mit dans le carrosse du duc de Chaulnes, et alla coucher à la Fère, où il a été défrayé lui et les siens six jours durant, y ayant été tenu pour cet effet huit tables de trente couverts chacune. U en est parti lundi dernier 1 6, et est venu coucher à Soissons, où ceux de la ville Tout défrayé. Il y a séjourné mardi, auquel jour le duc de Chaulnes lui a encore donné à éouper, et, mercredi 17, est venu coucher à Nanteuil, où il attendit les nouvelles du Roi. Il y vint dans le canosae que Sa Majesté lui avait envoyé.
Le sieur de Longchamp arriva à Sainte •Geneviève» des-Rois, le 1 0 de ce mois, à huit heures du soir, comme le Roi soupoit, et lui apporta cette bonne nouvelle et ce qui s'étoit passé à sa réception. De quoi le Roi témoigna une joie extraordinaire, et dit au baron de Longchamp le contentement qu'il avoit de son oncle, de la façon dont il s'y étoit gouverné. Sadite Majesté l'envoya aussitôt au Cardinal-Duc, pour lui faire part de cette agréable nou-
velle, lequel Ta reçu à Chilli. Sa Majesté avoit envoyé à mondit seigneur à Soissons le sieur Bouthilier, secrétaire d'État, pour l'assurer de son affection, et lui témoi* gner l'extrême joie qu'il a de le revoir dans son royaume, où il recevra toute sorte de bons traitements \
siiox DX coMis' xir 1636.
( Voy. les Mémoires, t. II, p. 362 à 368.)
Du camp derant Corbie, ce 8 octobre.
Vous aurez déjà sçu comme, le 2* jour de ce mois, le Roi alla à Amiens, où étoit le Cardinal-Duc, où se rendirent aussi Monsieur^ M. le comte de Soissons , le duc d'Angoulême, les maréchaux de Châtillon et de la Force, et aussi les sieurs du Hallier et marquis de la Force, maréchaux de camp. En ce lieu fut
i. Dans la lettre saWante de Mole k Pierre Dnpny, il est aussi questioii dn retour du duc d'Oriéaus : a Monsieur, je tous rends raille grâces da la part que tous m'avez donnée de la meilleure disposition de ce petit nereu , et ai appris par M. Girault que la pierre étoit si petite que cela a été cause de lui ayoir fiiit souflrir on peu plus longtemps du mal , mais qu'il y a tonte sorte d'espérance de sa santé ; comme aussi de l'état de nos affaires publiques, qui , dans la justice des desseins du prince, •accéderont toujours à souhait.
c J'ai lu cette préface ayec grand contentement, puisque j'y ai tu la ▼érité très-bien défendue ; l'auteur a eu très-grand avantage de louer les conseils après les heureux éyénements ; mais ce qui ne se peut assez estimer, c'est qu'après tant de sorte de personnes qui ont jusques ici entrepris les louanges de M. le Cardinal, il les a publiées avec des pensées toutes nouvelles et un style digne du sujet ; si elle n'eût été achevée d'imprimer, le retour de Monsieur y eût été ajouté, non en vœu , mais en cflets, qui fait cesser nos craintes et nous donne des assurances de repos ; c'est une victoire de laquelle nous recueillerons le fruit de jour en jour.
c Vous sçavez qu'il a été deux jours à Écouen, bien près de nous, et qoe M. Bouthilier y étant arrivé hier sur les sept' heures, il en partit à midi pour aller trouver le Roi. Le reste est plus xbx sçu k Paris qu^ici. Jo sois, etc. Ce lundi, sept heures, b
S. Sur les préparati£i de cette campague et les premières opérations
106 APPENDICE AUX Ml^MOIRES
prise la résolution d'investir Corbie de delà i*eaa. Ce qui fut exécuté le même soir par le sieur de Fontouiy- Mareuil y maréchal de camp , avec dix mille hommes de pied et deux mille chevaux, lesquels s'allèrent camper dans un bois hors de la portée du canon de la ville , oè il est retranché , le lieu étant assez fort de son naturd. Monsieur et le comte de Soissons, avec tout le reste de Tarmée, sont demeurés logés à Buigny et à AUonville, distants d'une bonne lieue et demie de Corbie, du oôtë de Doullens.
Les travaux du côté de deçà (dont le Roi prend parti» culier soin, étant de son côté et sou9 lui le marquis de la Force et le sieur de Lambert, maréchaux de camp), seront, dès le 8 du courant, en état de se bien défendre et soront en perfection dans peu de temps, sçavoir : le fort appdë Louis, qui est autour de Téglise dans la terre ferme; les deux redoutes dans la prairie, entre le premier cours de la rivière et le second à droite et à gauche du second pont ; et le fort qu'a entrepris le sieur de Campis, capitaine au régiment de Navarre, lequel est à la tête de tout dans la corne qui fut surprise et dont vous avez oui parler. Les travaux de delà consistent en sept forts et huit redoutes, sçavoir : trois forts et quatre redoutes, et les lignes d'entre-deux, entre la rivière de Somme et celle d'Ancre, et trois autres forts delà la même rivière d'Ancre et quatre redoutes y dont le maréchal de Châtillon et M. du Hallier prennent soin. Le Cardinal-Duc y vint le 6 de ce
militaires, Toy. les Mémoires de Richelieu , t. IX, p. 236 et tniy. Ifàit le récit y est tout à fait hostile au duc d'Orléans et au comtedeSoissoBi.LB relation du Roi est plus circonstanciée et parait empreinte d'nne grande impartialité. Cependant, la part faite au Cardinal-Duc, ponr la direction des opérations, est, comme dans les autres affaires de guerre , pent-éti* un peu trop restreinte.
WÊoiSf auquel Monsieur fît tout Toir, puis le Caidinal re- UÊBnuL coucber à Amiens*
. Le Roi est logé à Demuin , village distant d'une lieue de Girbie, sur la rivière de Somme, Sa Majesté n'ayant pu loger plus près, tous les villages du long de la Somme étant tous brûlés, et les autres, qui sont sur le haut, n'ont point d'eau, et étant aussi infectés de peste et de quantité de corps morts et charognes que les ennemis y ont laissés. Ils ont rempli le peu de puits qui y étoient de dievaux morts et autres immondices , de façon qu'on a mieux aimé les abandonner que d'y loger; personne, mime les paysans, n'y voulant retourner, de peur de mourir, mais ils se buttent dans les champs pour recueillir quelques blés et labourer leurs terres. ' , Sa Blajesté alla, le 4 de ce mois, visiter les passages de Cerisy et Sailly, auxquels il traça les forts et redoutes pour empêcher les ennemis d'y passer une autre fois.
Le dimanche 5, le Roi se rendit à Amiens , où se trou* vèrent le comte de Soissons et le maréchal de Châtillon. Là fîit tenu conseil , pour résoudre le reste des travaux qui se feront delà la rivière d'Ancre, vers le quartier de Monsieur. Puis, Sa Majesté s'en retourna coucher en son quartier, les autres travaux que font entre cette rivière ei celle de Somme les troupes que commande Fontenay- Mareuil étant déjà presque en défense par les soins de Monsieur, qui n'en bouge du matin au soir.
''Le Roi y a été tout le 7, pour voir en quel état étoit le travail , qu'il a trouvé pouvoir être en défense dans quatre jours après et en perfection dans huit. Sa Majesté y trouva plus de cinq mille hommes, et, comme il y arrivoit, les ennemis firent une sortie de quelque cinquante chevaux et de deux cents hommes de pied , qui ne
i08 APPENDICE AUX MÉMOIRES
s'avancèrent qu*à demi-portée du canon de la ville, pour attirer aux canonnades notre caralerie, laquelle, voyant leur dessein, n'y envoya que vingt chevaux et trente mousr quetaires, qui les menèrent battant jusques tout contre la ville, en tuèrent deux et trouvèrent un sac d'avoine qu^un de ceux qui furent tués avoit en croupe* On ne sçait que juger de ce qu'il en vouloit faire. Il n'y a eu des nôtres qu'un cheval blessé à la fesse d'un coup de mousquet.
Le Cardinal-Infant est à Ârras , à ce qu'on a scu par neuf prisonniers qui furent pris mercredi 8 de ce mois, qui disent aussi que les ennemis ont mis tout leur canon dans la ville et s'étoient logés dans les villages d'alentour.
Le 9, le Roi fut douze heures à cheval, pour aller recognoître entre le camp et Bapaume, et aussi du côté d'Arras, les avenues par oii les ennemis pouvoient venir pour jeter du secours dans Corbie, où Monsieur, le comte de Soissons, M. d'Angouléme, le maréchal de la Force, le duc de Beaufort , et les sieurs du Hallier et marquis de la Force, se trouvèrent. Le conseil fut tenu à cheval, oïl le champ de bataille fut résolu en cas que les ennemis vinssent, et le changement du camp de Monsieur, porté à Querrieux, au lieu de Buissy, où il étoit. Ensuite de quoi il vint avis, par un prisonnier que le colonel Ganion prit, que Jean de Wert étoit délogé et alloit prendre set quartiers d'hiver en Liège. Ce qui nous fit tenir sur nos gardes toute la nuit suivante, de crainte que ce fut une feinte pour donner sur quelque quartier , bien que le Roi , avant que s'en retourner au sien , eût fait retirer ceux qu'il jugeoit être en quelque péril.
Le 10, les travaux ont continué, et sont en défense entre la Somme et la rivière d'Ancre ; le reste n'est pas si avancé. Ou a remarqué que le jour que les Espagnols
•ont en garde. Us tirent bien plus de canonnades que les autres jours auxquels en sont les Italiens et Wallons, car le jour que le Roi j iîit, qui étoit le 1 0 de ce mois , ils tirèrent plus de deux cents volées de canon , et ce jour ëtoit celui de la garde des Espagnols. On a appris, hier, que Jean de Wert est encore vers Bapaume, et, dit-on, qu'il a des pontons avec lui pour passer les rivières ou faire entreprise sur quelque place.
Les carabins de carquois, qui sont en garnison à Doullens , prirent avant-hier deux cents bêtes à cornes , vingt chevaux et quelques prisonniers proche la ville de Samt-Pol.
Le 1 1 , les régiments qui doivent garder la tête d^en haut , se sont buttés chacun à son poste , derrière le retranchement.
Le 12, le Roi est retourné faire le tour du camp, lequel il fait de deux jours Tun sans y manquer. Après, il a été voir le fort qu'il fait faire à la chaussée de Sailly, puis s'en est retourné à son quartier : Sa Majesté ayant été à cheval depuis sept heures du matin jusqu'à cinq heures du soir. Le même jour, un homme fut pris à Bray-sur-Somme , lequel venoit recognoitre les passages de la rivière de Somme , pour faire faire quelque entreprise à Jean de Wert de ce côté-là. On l'a envoyé à Amiens. Il sortit de la ville de Corbie un tambour des nôtres, lequel dit qu'ils ne mangeoient dedans que du pain, qu'ils font avec du blé pilé dans des cloches et marmites de fer qu'ils ont assemblées à cette fin ; ce qui fut confirmé par un autre habitant qui en est aussi sorti. Ils ont voulu jeter dehors quelque cent trente bouches inutiles , mais on les fit rentrer à coups de mousquet, excepté deux qu'on amena au Roi. Us faisoient un moulin à vent,
ilO APPENDICE AUX MÉMOIRES
lequel devoit aller dans deux jours; mais on a mis quatre canons pour l'abattre au premier tour qu^il feroit. Le même 1 2, le Cardinal-Duc alla visiter les travaux, accompagné des maréchaux de Giâtillon et de la Force ; et, sur le même soir, sortit encore un tambour de la ville^ c{ui dit qu'il y avoit trois jours que le lieutenant du gou« verneur, nommé Campagne, avoit été tué d'une bombe qu'il vouloit jeter à nos gens, laquelle creva en sortant flu mortier et lui emporta tout le ventre^ et qu'il avoit été fort regretté dans la ville ; il dit aussi que le gouver* neur étoit fort malade, et un quart des soldats; qu'ils n'avoient ni viande fraîche, ni salée , ni aucune autre nourriture que la moitié d^un pain de munition fort mal moulu ; ils ont de la bière où ils mettent du foin hache au lieu de houblon : encore ce n'est que pour les offi* ciers, qui la boivent toute chaude.
Le 13, le Roi alla faire le tour du camp, et s^anrêta quelque temps avec Monsieur, son frère, à voir jeter par terre, après vingt coups de canon, le moulin à vent que les ennemis avoient fait sur le rempart, qui n^avoit encore tourné qu'une heure, et sur lequel étoit fondée toute leur espérance , les moulins à bras ne les pouvant fournir, comme vous aurez déjà sçu ; et, en même temps, un soldat ayant eu la jambe coupée d'un coup de pièce de la ville , Sa Majesté lui a donné trois pistoles et l'a envoyé à l'hôpital des blessés. Us n'ont blessé que oelui->là en toute la journée. Nos travaux continuent toujours puissamment.
Ce même jour, les sieurs du Hallier et le marquis de la Force allèrent à la guerre avec douze cents chevaux, moitié François , moitié étrangers , et après eux ont suivi quatorze cents chariots, pour aller au fourrage
DE MATHIEU MOLE. iii
ea des lieux que les ennemis avoîenl conservés pour eux, en cas qu'ils vcmlussent se rapprocher d'ici. Un espion rapporta que, le jour précédent, se devoit tenir une assemblée au Mont Saint-Eloy, où se trouveroient le Cardinal-Infant, le prince Thomas et Piccolomini, pour aviser, sur le rapport de leurs espions , conmie ils entreprendroient le secours de Corbie, ou s'ils Tabandonneroient. On dit ici qu'il leur doit venir un secours de trois mille hommes de pied, commandés par le colonel Goeutz, sergent de bataille de la Ligue. Cependant, les nôtres ont rapproché de la ville le pont de bateaux qui étoit à Yaire, pour ce qu'il étoit hors du retranchement. Ceux de la ville ont envoyé un tambour pour sçavoir si on vouleît acheter leurs chevaux, offrant de donner pour douze rixdalers ceux qui seroient estimés cent écus^ et les moindres à proportion. Ils ont fort peu tiré cette journée; ils élèvent un travail pour voir dans le nôtre du côté de la riyière, mais ils ne nous feront point de mal, car à mesure qu'ils haussent le leur, nous élevons le nôtre. Le 14^ dès le matin, le Roi est retourné au camp et a fait faire trois ponts de bateaux près de celui qui est fait à Aubigny, pour pouvoir passer plus promptement pour secourir le quartier de Monsieur, en cas qu'il en fât besoin. Il a aussi ordonné de toutes les gardes qu'on dok faire dans les forts et lignes à mesure qu'ils s'avancent et donné les postes à un chacun en cas d'alarme. Le conseil fut encore tenu tout à cheval. Il est sorti , ce matin, un homme de la ville, qui dit qu'on y avoit été quatre jours sans pain, pour ce que les moulins à bras ëtoient en désordre, mais qu'ils étoient raccommodés depuis avant-hier, et qu'on leur avoit donné, le jour précédent, demi-ration, qui est Pordlnaire pour eux et pour
il2 APPEimiCE AUX MÉMOIRES
leurs femmes , la plupart des soldats ëtant mariés ; que cependant leur viande ordinaire étoit du blé bouilli et pilé, comme je vous ai dit ci-devant , dans les cloches et pots de fer y puis fricassé avec huile de chènevis. Les sieurs du Hallier et marquis de la Foi*ce sont retournés sans rencontrer personne, et les charrettes ont amené du fourrage pour quatre jours. Il est venu nouvelles ce soir que le Cardinal-Infant étoit allé à Cambrai, et que le prince Thomas , Piccolomini et Jean de Wert étoient demeurés à Arras, et autour de là leurs troupes , desquelles ik avoient fait revue sans leur donner argent, de quoi ils se fâchent fort*.
liC 1 5 octobre, il n*est venu aucunes nouvelles des en* nemis; mais, du 15 au 16, nouvelles vinrent au camp qu^il avoit paru huit escadrons des ennemis vers Ancre. Aussitôt le comte de Soissons monta à cheval avec la cavalerie légère et alla au champ de bataille. Monsieur demeura dans son quartier et fit tenir toute Tinfanterie sous les armes, sans sortir, mais toute prête à marcher.
1 . Nous donnons en note la partie du récit du siège de Gorbie , ^ n*est pas autographe, mais qui a été dictée par le Roi et qodqorfou eor* rigée de sa main, a Ce jourd'hui, depuis six heures jusquet à oiiniiity on a été occupé dans le quartier du Roi à donner let ordres oéccMaim poor arrêter le feu qui a pris par quatre fois audit quartier. La première an corps de garde des Suisses, où étoit la compagnie de Chaufstein, (pi J a perdu toutes ses armes et lui tout son bagage ; la seconde , ineontineat après, au quartier de Guitault , qui a brûlé son logis et boit autret ca suite ; la troisième, au quartier de la colonelle , où. il n*y a eu qu'ont maison, et Tautre derrière la maison du Roi, qui, suirant set soiot Ofdi» naires, a donné lui-même les ordres nécessaires pour sauTer le quartier, lequel couroit sans cela grand risque d*étre entièivment bràlé, sans oellt ▼igilance du Roi, qui ne se lasse point de produire tant de bons cfiett pour le bien et conservation de ses peuples. On ne sçait encore d*oà vieaft ce feu ', rintenralle et suite du temps et la différence des lieax font qu*il y ait été mis exprès par personnes enToyées à cet effet. 9
DE MATHIEU MOLft. i13
Le canon fut attelé. Bref, tout étoit en bonne disposition pour combattre. Tout ce quMl y avoit de noblesse dans Amiens accourut au bruit. Monsieur en donna avis au Roi, lequel montoit à cheval, comme on lui vint dire que oe n*étoit rien et qu*il pouvoit se recoucher. Il ne laissa pas de commander au duc d*Angouléme d'envoyer douze cents chevaux au marquis de la Force, au cas qu'il en eût besoin, lesquels furent à cheval jusques au jour. Le 1 6 , le Roi fit le tour du camp et montra les lieux oîi il vouloit qu'on fît encore un fort et deux redoutes, à sçavoir : entre le fort de Châtillon et la chaussée. De ce côté, il y aura double ligne. On y fait aussi une digue pour noyer toat le marais de la rivière d'Ancre. Ceux de Corbie tiroient depuis deux jours, de leurs canons, des balles de fonte, des battants de cloches et des poids de plomb : ce qui fit croire qu'ils manquoient de boulets; et eut- on avis que, lorsqu'ils firent sortir les habitants, ils avoient fint signer aux principaux un procès-verbal , on ne sçait pour quel sujet ils ont fait cela, qu'ils étoient sortis huit cents, et cependant ils n'étoient que soixante-douze. Un prisonnier, qui se sauva d'avec Jean de Wert, le même jour 16, rapporta que le Cardinal-Infant avoit donné quatorze mille écus à Piccolomini et six mille à Jean de Wert; qu'il étoit logé à Aubigny, proche d'Arras, et qu'on leur avoit donné de l'avoine pour trois jours, avec commandement de ne la séparer point à leurs soldats sans nouvel ordre : ce qui fit croire qu'ils avoient quelque entreprise.
Le 17, le Cardinal-Duc vint au quartier du Roi, oii se sont trouvés aussi le comte de Soissons, le duc d'Angouléme et le marquis de la Force, et ont tenu conseil , sur
l'avis reçu que Jean de Wert étoit en campagne avec trois
mille chevaux et deux mille dragons. Tous les quartiers eurent Tordre de se tenir alertes. Le même jour, il est sorti de Corbie cinq Wallons qui confirmèrent tout n que vous ave? sçu ci*devant j et ajoutèrent encore qui ceux de dedans n'ont point de drogues pour les malades et blessés, et ils ont telle faute de cuirs , qu'ik sont près» que tous nu-pieds; qu'ils manquent aussi de graisse , de chandelle et de sel. Us ont découvert depuis deux joui un magasin dans une cave de Tabbaye, où il y avoit cent setiers de farine et dix tonneaux de vin, desquels ils n* voient à cette heure. Les uns disoient qu'il leur est entré quatre petits moulins à bras , il y avoit quatre jours ; d'autres, qu'ils en font courir le bruit dans la ville, mais qu'ib ne le croient pas vrai. Us confirment Textréme maladie du gouverneur, lequel n'étoit point sorti de aoB logis depuis quinze jours.
Le 1 8, les ennemis ont fait une sortie de six cents die» vaux, et sont venus pousser les vedettes de la compagnie de chevau-légers du Cardinal-Duc , qui étoit en garde : laquelle sortit de son poste , et les repoussa vigoureusement jusques dans leurs contrescarpes. Us tirèrent force canonnades, sans faire mal à ladite cavalerie, mais tuèrent du troi&ième bond un capitaine du régiment de Navailles, qui étoit devant la hutte de son mestre de camp. Sur le soir du même jour, le feu prit dans les huttes du régiment de la marine , où un capitaine du régiment de Picardie, nommé le Buat, voulant aller mettre ordre, quelques mousquets tirèrent dans lesdites huttes, dont il reçut un coup dans le ventre : duquel il mourut sur-le-champ.
IjC 1 9 , les travaux ont toujours continué , et la circonvallation du coté du marquis de la Force a été réso*
DE MATHIEU MOLE. il 5
lue. Aujourd'hui, on a reçu nouvelle que cinquante carabins de carquois, qui sont à Doullens, ont défait huit etnls paysans qui étoient en embuscade dans un bois, •t sont Tenus Tendre leurs fusils à Doullens.
Le 20, Monsieur a pris congé de Sa Majesté; il est allé coucher à Amiens, pour demain aller à Paris, et àe là à Blois. Il a laissé son beau logement de tentes au Roi : lequel s'en veut servir pour faire des corps de garde, en attendant que ceux auxquels on traTaille soient ache* Tét.'On fait état de mettre dans les lignes et forts quarm^te pièces de canon , dont il y en a déjà vingt-huit de placées ; le reste y sera dans deux jours. Ceux de la ville ODt tiré, cette journée, plus de deux cent soixante volées de canon sans toucher personne. La revue de l'infanterie a été faite , laquelle est en très-bon état. La nuit da 20 au 21 , ils ont jeté force feux d'artifice à la redoute de Campis, sans y offenser aucun.
O jourd'hui a été pris un prisonnier qui a été amené an Roi , qui dit que, la nuit du 1 5 au 16^ Jean de Wert ▼int avec quatre mille cheTaux et deux mille dragons pour essayer à jeter quatre moulins dans Corbie, et qu'ils ne surent entrer. Ce fut justement la même nuit que nous eûmes l'alarme que tous aTez déjà sçu. Il assure, de plus, que les moulins qu'on disoit être entrés, sont ceux-là, et qu'assurément il n'en étoit point entré. Le Roi a été tout ce jourd'hui au camp, pour marquer les campements de Tinfifinterie dans les lignes et donner les ordres pour le passage de la cavalerie , qui doit repasser demain la rivière de Somme y pour plus grande facilité , moitié au poot d'Aubigny, un quart à Pontavert et l'autre quart à Amiens.
Au camp devant G)rbie, ce 24 octobre i636.
Le 22 octobre, il est revenu en notre camp un soldat de Miche qui étoit prisonnier y et confirma tout ce qoB rapportoit le prisonnier que nos gens avoient pris le jour précédent. Il dit, de plus, que les ennemis font état de venir dans six jours , avec toute leur cavalerie et quatre mille dragons, pour essayer encore à jeter des moulins dans la ville et soixante hommes de métiers, dont Us ont grand besoin. Ces choses étoient bonnes à faire U y a huit jours , mais il n'étoit plus temps à cette heure, n'y ayant plus que deux cents toises d'ouvrages à achever du côté de M. de Châtillon, et qui sont à demi fiâtes. Il assura, de plus, que les troupes de Piccolomini et de Jean de Wert n*avoient point voulu prendre d'ai|;eat, comme celles de Flandre, parce qu'on les vouloit par là obliger à vivre dans Tordre, et elles n'y veulent pas vivre, aimant mieux voler que d'avoir de l'argent et vivre dans la disci* pline; elles traitent le pays où elles sont comme elles ont traité la Picardie. Aussi Jean de Wert voulant aller loger dans un village, les paysans se retirèrent dans V^ glise et tirèrent sur ses gens, desquels ils tuèrent jusques à quarante ; ce que voyant ledit Jean de Wert y y fit mettre le feu et brûla tout le bourg. On apprit aussi qjom le Cardinal-Infant étoit toujours à Arras, où il fisisoit état de passer l'hiver, n'ayant point été à Cambrai , comme on Tavoit dit. Le Roi donna pour quartier à M. le Comte Marcelcave, qui est à un quart de liene de son quartier. Toute la cavalerie qui est passée aujourd'hui , suivant l'ordre que vous avez sçu , logea entre Demuin , Marcelcave, Amiens et Corbie, le logement plus éloigné n'étant qu'à trois lieues de Cor-
bie. Toute Finfanterie est demmirée dedans les retrandiements, excepte les gardes et suisses qui ëtoient de de là) lesquek sont revenus joindre leurs corps au quartier du Roi. Le maréchal de Qiâtillon est aussi demeuré pote commander le quartier de delà , lequel a sous lui pour maréchaux de camp les sieurs du Hallier, Fontenay-Mareuil et Bellefons. Le maréchal de la Force j qui en Tancien des maréchaux de France , est repassé de deçà pour servir près du Roi. Un homme, qui est sorti ce soir de Corbie, assure que le gouverneur étoit mort j et qu'il y a grand grabuge dans la ville pour le commandement. La nuit du 22 au 23, nous fumes sous les armes depuis deux heures après minuit jusques à une heure de jour, sur un avis qui étoit venu de DouUens, qu'un grand corps de cavalerie avoit passé à Pas , en Artois , qui n'est qu'à quatre heures de nous. Le Roi a envoyé aussitôt quantité de batteurs d'estrade qui n'ont rien rencontré. Mais les batteurs d'estrade ont pris un espion qui a avoué qu'il alloit trouver le prince Thomas , et qu'il n'avoit autre charge que de lui donner une paire d'Heures qu'il avoit dans sa poche, et lui dire qu'il regardât les versets au-dessous desquels il y avoit des points. Ces Heures ont été apportées au Roi, qui a trouvé deux ▼ersets marqués de ces points; il y a à l'un : Fiat misericordia tua^ Domine , super nos , quemadmodum spe^ raçimus in te^ et à l'autre : In te^ Domine^ speravi. Par là pouvez juger en quelle nécessité ils sont. Cette grande nécessité des ennemis fut aussi confirmée par cet espion, lequel demeura une heure sans pouvoir parler, pour être saisi de froid, parce qu'étant poursuivi, il avoit été contraint de se jeter dans la rivière , où il fut pris. Il confirma la mort du gouverneur arrivé la nuit du lundi
118 APPENDICE AUX MftMOIRES
précédent y et dit que le sergent-major commandint. Il est arrivé au Roi quatre mille hommes de pied que Sa Majesté a envoyés en de bonnes garnisons, pour rafrai* chir, dans quelque temps, ceux qui sont ici, et en atten» doit-on encore deux mille dans quatre jours , sans let recrues des vieux régiments qui viendront dans peu.
Le 24, le Roi alla coucher à Amiens, et reviendra demain coucher à son quartier. M. le Comte est demeoré au camp pour avoir soin de tout, pendant Tabsenoe de Sa Majesté, qui mena avec soi le duc d^Angouléme. L'armée des ennemis étoit toujours derrière la rivière de Scarpe qui vient d'Aubigny, passe à Arras et de là à Douai. M. de Rambures a fait ces jours passés brûler huit villages vers Arras.
Sa Majesté étant à Amiens, reçut nouvelles certaines que le général Banier avoit gagné la bataille contre le duc de Saxe , près Havelberg , et qu'il y avoit eu du côté des Saxons vingt-deux mille hommes morts ou blessés; qu^il avoit été pris quarante canons et neuf mille chariots; que le duc de Saxe s'étoit retiré avec trois cents chevaux seulement, et que les feux de joie de cette victoire avoient été faits à la Haye et par toute la Hol* lande. Il vint aussi nouvelle au Roi que la forteresse d'Hermanstein avoit reçu un assez bon secours de vivreS| souliers et habillements, et que le landgrave de Hesse , accompagné du marquis de Saint-Œamont , partoit de Wesel avec un grand convoi , afin de le ravitailler pour plu« d'un an.
Le 25 , le Roi s'en retourna à son quartier^ après avoir jugé le matin, au conseil de guerre, par Gontn« mace, le sieur de Soyecourt, qui a rendu Corbie aux Espagnols , dont vous verrez Tarrét au premier jour. Ce
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joUr^là, le Cardidal-DuC| voyant que la circonvallation ^oit fermée du côté par où le secours pouvoit venir, supplia le Roi de s'en vouloir aller à Chantilly pour quinze jours, afin de se rafraîchir un peu des peines qu'il a eues depuis deux mois , et aussi pour faire nettoyer son quartier, oîi il y a de la peste ; ce que Son Éminence eut graiid'peine à faire agréer à Sa Majesté, qui ne vouloit point, même pour ce peu de temps, quitter l'armée. Mmô» enfin elle a acquiescé à sa prière et partira le 27 de ce mois pour Qiantilly, laissant en son quartier tous ses meubles et partie de sa maison. Sa Majesté va aussi pour donn^ ordre aux logements et subsistances de dix mille hommes de pied^ qui doivent arriver vers Senlis le quatrième du mois prochain y pour rafraîchir cette armée en cas de besoin ; le Cardinal-Duc et le Chancelier demeu^ rant à Amiens. Le comte de Soissons commande Tatmée en Tabsence du Roi.
La nuit du 24 au 25 , on fit donner une alarme aux ennemis par quatre cotés, et la prirent si chaude qu'ils tirèrent toute la nuit, bien qu'il n'y eût personne; car cens qui [la] leur avoient donnée s'étoient retirés aussitôt. Les nôtres, qui étoient en garde du coté de la rivière , les entendoient crier : « A moi , à moi , les voici I » croyant qu'on leur donnoit l'escalade de tous côtés ^
I, Le fragment taÎTaDt n'est pat autographe. Il parait aroir été dicté par le Roi : t Ce joar-là encore, le Roi reçut nouTelles que les compagaies de cherao-légers et carabins du gouTcmenr de Guise, commandées par le sieur de la Mothe , ayant eu airis qu'une compagnie de cheraulégers italiens, de la garnison de la Ca pelle, étoit logée dans un bourg du Cambréos , où il y aroit force butin, fit partie avec quelques mousquetaires de la garnison de Taller enlerer. Étant partis pour ce faire , le ▼«ndiedi 17 du présent mots, réussirent si heureusement , qu'ayant enrayé qveUpiet coureurs afin d'attirer les ennemis à U campagne, comme ils firent, furent chargés si rudement et si à propos par les gens du Roi,
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Le 26, le Roi assembla M. le Comte et tous les officiers de Tannée pour leur commander ce quUls avoient à faire pendant son absence de quinze jours. H ordoniit quatre batteries : trois du côté où le maréchal de Chi* tillon commande y chacune de huit pièces, et la quatriime du côté de Fouilloy, de six pièces. On fait oelle*ci dili^ gemment , pour ce que les ennemis y en font une que Ton veut empêcher, et celui des deux partis qui aum plus tôt achevé fera grand tort à l'autre. Les lignes sont toutes fermées et seront en perfection la veille de la Toussaint.
La nuit du 26 au 27, il vint avis de DouUens que les ennemis étoient partis d'Arras avec six mille chevaux , autant de mousquetaires , huit petites pièces , cent cinquante charrettes chargées de farine, onguents, touliersi moulins, lard, chandelles et autres choses dont la nécessité est grande dans Corbie; qu'ils portoient aussi quantité de petits bateaux pour essayer d'entrer par la rivière vers le pont de Yaire, pendant qu'ils essayeroient à forcor les retranchements de l'autre côté, ce qui est du tout impossible. Le Roi commanda aussitôt au comte de Soissons de s'en aller à Yaire, avec six cents chevaux et deux mille hommes de pied, pour garder cette avenue et donner les* ordres au maréchal de Châtillon de prendre garde et de se tenir sous les armes. Cependant le reste de la cavalerie étoit à cheval à la tête du quartier du Roi , et les régiments des gardes françois et suisses sous les armes et
que cette compagnie italienne fut par eux mise en déroute , partie des ennemis tués sur la place , partie faits prisonniers. Le reste s'étant Toala sauver dans Vervins , y a été arrêté, de sorte que ladite compagnie a été entièrement défaite, et en même temps le bourg de leur logement Ibroé par les nôtres, l'épée à la main, d*où ils ont remporté quantité de Titres et de butin. »
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prêts à sortir avec le Roi, lequel avec ces susdites troupes devoit venir entre Yaire et le fort Louis , pour secourir le quartier qui en eût eu besoin , au premier avis que lui donneroit M. le Comte de Tapproche des ennemis, qui le pouvoit sçavoir deux heures devant par les batteurs d^estrade avancés à deux lieues au delà des lignes. Une heure après cet avis , il en vint un autre par un carabin de la garnison de Behencourt , qu'ils avoient vu cinq eecadrons de l'ennemi. On y envoya aussitôt huit partis. de vingt chevaux j lesquels n'entendirent et ne virent rien. Chacun ëtoit en bonne disposition de bien faire si les ennemis fussent venus.
Le Roi n'est point parti le 27 comme on croyoit , Sa Bfajesté voulant voir s'il n'arriveroit rien la nuit sui- ▼ante. Ce jour- là les ennemis ont fait une sortie de soixante chevaux et quatre cents hommes de pied , qui ont poussé notre garde à cheval jusques à deux cents pas des huttes; mais aussitôt qu'ils ont vu avancer l'infanterie, ils se sont retirés avec perte de deux de leurs cavalierSy et un chevau-léger des nôtres eut son cheval tué d'un coup de pièce j et lui une jambe emportée. Le Roi alla le même jour voir toute la circonvallation et ordonna un nouveau travail vers l'église du Hamelet, duquel il donna le soin au sieur de Lambert, maréchal de csunp.
Le 28 9 le Roi est parti pour Chantilly et alla coucher à Nointel, ayant laissé les lignes et forts en tel état qu'ils ne se peuvent forcer. Sa Majesté emmène avec soi le marquis de la Force pour avoir soin des troupes qui doivent venir vers Pon toise.
in APPENDICE AUX MÉMOIRES
Da camp» ot 3 nofftodm i6S6.
Le 28 du passé , qui fut le jour auquel le Eoi partît p on trouva sur le soir sept moulins d'acier en des hottes cachées dans le bois de Heilly, distant d'un quart de lient du fort de Châtillon.
Le 29, le comte de Soissons alla visiter tous les vaux ; et sont revenus des soldats du régiment de feid j qui étoient prisonniers j et assurèrent que rarmëe ennemie s*étoit séparée et mise dans les garnisons, et qm la dernière alarme que Ton eut de Jean de Wert à notrs camp étoit véritable. Non qu'il eût dessein d'asieiler ds secours dans la ville, mais il s'étoit avance avec ua corps de cavalerie, afin de couvrir la séparation de leurs troupes, et qu'elles fussent un peu avancées dans leur pays snnt qu'on le pût sçavoir en notre armée, de peur que notrs cavalerie ne fît quelques courses dans leur pays, et, mm* vant des soldats écartés , ne leur donnât sur les oreilles^ La moitié de notre cavalerie est allée dans les garnisons se rafraîchir , suivant les ordres que le Roi en avoit fiât avant son départ.
Le 30 octobre, passa par ici le sieur de Marias, qu alloit rendre compte au Roi du voyage du colonel Gas» sion, lequel étant parti par ordre du Roi, la nuit du 20 au 27, pour aller à la guerre avec douze cents chevamcy entra dans le Cambresis la même nuit , se présenta ansr portes de Cambrai, d'où personne ne voulut sortir; pois alla à un village des ennemis nommé Ârtigny, où trouvant cent paysans qui tirèrent sur ses gens, trois desqnds ils tuèrent et en blessèrent cinq , et puis ils se retirèrent dans une maison assez forte ; mais il les y fit attaquer si vigoureusement que les siens entrèrent Tépée à la main dans ladite maison et y tuèrent tout. Il a brûlé ensuite,
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dans le même pays du Cambresis, quarante-deux villages remplis de grains et de bestiaux. Comme il se retiroit, ceux de la garnison du Catelet lui firent dans un bois mie embuscade de cent quarante hommes de pied et cent chevaux ; mais en étant averti par les batteurs d'estrade, il les alla charger si rudement qu'il poussa toute cette cavalerie toujours tuant jusques dans les portes, d'oii et de leurs bastions on lui blessa quelques-uns de ses gens ; Us prirent cinquante chevaux des ennemis. Il retourna à rinstant contre Tinfanterie ennemie, que le reste des siens tenoit si bien investie dans ce bois, qu*elle fut toute tuée y à la réserve de deux seulement sauvés pour sçavoir nouvelles. On apprit d'eux qu'ils étoient un tiers £spa<» gDoky le reste Wallons et Italiens. Il alla repasser ensuite devant ledit Catelet, afin de voir si les ennemis n'en •ortiroient point pour les charger en queue, ce qu'ils n'oaèrent faire, et s'ils l'eussent entrepris, ils eussent été bien tues; car il avoit laissé derrière soi, dans un fond, deux escadrons en embuscade pour les attendre. Voyant donc qu'ils ne vouloient sortir, il retira ses gens, et s'en alla, continuant ses brûlements, jusques au 29 octobre qu'il se retira près de Saint-Quentin, en un village nommé Grugis, oii il étoit quand celui qui a apporté ces nouvelles en est parti. J'oubliois de vous dire qu'il n'a pas souffert que pas un de ses gens entrassent dans les églises, en ayant ordre très-particulier du Roi, qu'il a fait sçavoir à plusieurs curés de ces villages par lui brûlés.
Lie dernier dudit mois, les tranchées pour aller aux batteries ont été ouvertes. Les ennemis sont sortis, cavalerie et infanterie, pour les recognoître ;' toutefois, ils n'en ont osé approcher à plus de deux cents pas. Il est arrivé plusieurs recrues k l'infanterie.
Dn camp defant G>rbiey k S de noTembre 1636.
La nuit d'entre le premier et le second de ce mou, M. le Comte eut avis de Doullens que les ennemis s'ëtoient avancés jusques à deux lieues d'Ancre. Aussitôt il donna avis partout, afin qu'on se tînt prêt au premier comman* dément, sans que toutefois personne sortît de son quar» tier, et, cependant, envoya plusieurs batteurs d'eatrada qui ne trouvèrent rien.
Le lendemain , un prisonnier retourné d'Ârras rap» porta que Piccolomini y ëtoit fort malade , et confirma que les ennemis avoient envoyé dans les garnisons toutes leurs troupes qui ont fatigué, et fait revenir d'autres qui avoient tenu garnison tout cet été. Les batteries du ma» réchal de Châtiilon s'avançoient fort; celles du marédial de la Force, du côté de Fouilloy, tiroient; depuis k parlement du Roi, les nuits ont été si pluvieuses, que l'on ne pouvoit travailler que malaisément , et toutefois la circonvallation est à cette heure en sa perfeo* tion.
La nuit du 3 au 4 , un lieutenant du régiment de Yaubecourt, avec dix mousquetaires, ayant eu commandement de donner une fausse alarme à la ville, alla ù avant qu'il se trouva tout contre une demi-lune , et , l'ayant reconnue, y entra, y trouva huit des ennemis, les fit tous tuer , et se retira sans perdre personne. Les ea* nemis en eurent l'alarme toute la nuit, et tirèrent ex* trêmement.
Le 4, il nous arriva quantité de canons et munitiona de guerre. Un Wallon sorti de la ville rapporta que les ennemis ne sont que huit à neuf cents hommes sous les armes, tout le reste étant morts ou malades, qui s'aug*
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mentent fort dans la ville , et, au contraire , diminuent fort en notre armée.
Da camp derant G>rbie, le 9 DOTembre.
Le 6 de ce mois , les travaux s'avançoient fort vers la TÎlle. Il y a quatre attaques différentes, sçavoir : trois delà Teau j du côté du maréchal de Châtiilon j et une deçà y du coté du maréchal de la Force. Les batteries ëtoient faites, mais on ne vouloit pas qu'elles tirassent que lei tranchées ne fussent plus avancées. Depuis que lesdites tranchées ont été ouvertes, les ennemis ont paru étonnés, tirent fort peu, et n'ont blessé que deux soldats assez l^èrement.
Le 7, le Cardinal-Duc se rendit à Aubigny au logis du sieur de Lambert, oii se trouvèrent aussi le comte de Soissons et les maréchaux de la Force et de Châtiilon. Là furent prises les résolutions de hâter les travaux le plus qu'on pourroit. Un petit garçon sortit de la ville, qui dit qu'ils étoient fort étonnés de ce qu'on les attaquoit de force, et dit qu'ils ne croyoient pas pouvoir longtemps résister, faute de gens, pour ce qu'ils n'étoient plus que huit cents hommes sains , et qu'encore en tomboit tous les jours grand nombre de malades de flux de sang et dysenterie , dont il mouroit du moins quinze ou vingt par jour, faute de médicaments, pour ce qu'ils n'en ont point; qu'ils a voient mangé tous les chiens et chats, et la plus grande partie de leurs chevaux. Et ce qui fait croire ce rapport véritable est que, depuis leur dernière sortie qu'ils firent, on n'a vu paroître que sept ou huit chevaux au plus; il ajoutoit qu'ils ont assez de pain, mais moulu comme sçavez déjà. Ce qui fait croire aussi leur foiblesse est que les nôtres ayant souvent envoyé la nuit
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dans leurs dehors, Ton n'y a jamais trouré plus de lepl à huit hommes dans chaque demi-lune, et ce petit garçon assure qu'ils n'y en mettent pas davantage.
Il court ici un bruit que Piccolomini se porte bien à cette heure, et doit aller vers Liège avec ses troupes; que le Cardinal-Infant est malade à Arras, ce qui n'est pas assuré, où est toujours le prince Thomas, lequel n'a fait revenir des garnisons que quatre mille hommes de pied et deux mille chevaux, bien qu'on ait dit ci-devant qu'il en eût fait venir davantage; en la place desquda sont allés ceux qui ont tenu cet été la campagne.
On apprit aussi que Jean de Wert a son quartier dans le Hainaut et Cambresis, pour tenir tête à Gassion, qui est à Vervins et qui fait souvent des courses dans le pays ennemi.
CB QUI S'SST PASSB A L'EXicUTION DE LA CÀPmTLÀTIOir VB OOlBUy