‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 4)Chapitre 3 sur 81 · J. DESNOYERS · texte numérisé non relu

J. DESNOYERS

DE

AVEIL. DicntBRI.

La Reine félldte Mole k Toccasion de l'enregistrement au Parlement de la déclaration relative à la paix. — AfTection de la Reine pour Mole. — Lettre do prince de Condé. —La conclusion de la paix est due i la fermeté de Mole.— Le TolUer, secrétaire d*État, félicite Mole de Cf même résultat. — NouTcUes demandes du prince de Contî. -«^ Nou- ▼ellet diversef de Paris. — Les troupes des Frondeurs. — Pénurie de rÉiat. — M*"« de Longnetille. — Réponsede la Reine aux demafldes du prince de Conti. — Te Deum en Phonneur de la paix. — Contra* Tention à la déclaration. — Le duc de Vendôme^ — La yille de Meulan demande à être exemptée du logement des troupes du Roi. — M. de la TrémoiUe. — Troubles dans TAnjou. — M. de Noirmoutier. — M. de Laigue. — M"*" de Cheyreuse. — Troubles dans le Maine. -« M. de la Boulaye. — Mole emprunte de l'argent pour licencier les trt)up«l des Frondeurs. — Affaire de ProTence. — Discours de Mole au Parlement. — Le dar d*Orléans à Paris. — M"» de Cbevreuse. — L<e maréchal de la Mothe. — Le duc de Bouillon. — M. de Vitry. — Siège dnrpres. — Discours de Mole au prince de Condé. — Les curés de Paris yenlent aller complimenter la Reine. — L*archeyéque s'y oppose. — Le baron d'Horte. — M*» de Chevreuse. — Lettre ém Roi à Mole. — Il doit yeiller à la tranquillité de Paris. — Edouard Mole yeut ilre trésorier de la Sainte-Chapelle du Palais. — Diffîcultét à ce sujet. — Prétendu empoisonnement ^n duc de Beaufort. — • M. de la Sauveut. — M. de Turenne. — Assassinat de l'enyoyé angUds en

IV i

s MÉMOIRES

Hollande. — Le prince de Condé se félicite d*avoir pa être utile à Mole. — Le noyen le pins sûr d'entretenir la paix est dVxécater la déclaration. — Les rcptes de THôtel de Ville ne sont pas payées. — Plaintes de Mole. — Lettre de la Reine à Mole. — Le doc de Bouillon.

— Le Roi ordonne une rente extraor4inaire de bois pour payer ses troupes. — M<"" de Cherreuse est admise chez la Reine. •— Lettre du Roi à Mole. — U lui annonce son retour à Paris. — Nouvelles diverses. — Le Parlement est reçu par la Reine. — Paroles de Sa Majesté et du Premier Président. — La Provence et la Guyenne. •— Mole se retire k QiamplAtreux pendant les vacances du Parlement. — Nouvelles diverset. •— Le roi d'Angleterre. — Sa mort. — Les Frondeurs devraient considérer ce qui se passe en Angleterre , et avoir horreur de leur conduite. — Brigues honteuses pour la surintendance. — Affaire des rentes de THôtel de Ville. — Prétendu assassinat du conseiller Jolj. ~- Le duc d*Orléans au Parlement. — Paroles du Prince.

— Réponse de Mole. — Arrêt relatif aux émeutes et au syndicat des rentes. ^

LETTRE DE LA REINE-RiGENTE A MOLlf.

Félicitation sur l'enregistrement de la déclaration du Roi pour la paix.

— Affection de la Reine pour Mole.

<c Monsieur Mole ', j'ai été bien aise d'apprendre que tout se soit bien passé au Parlement, et comme je n'ai point de plus grande passion que de procurer le repos et l'avantage des sujets du Roi, Monsieur mon fils, et particulièrement des boui^eois de Paris ' que j'ai toujours affectionnés , j'ai beaucoup de joie de voir qu'ils ne s'opposent plus à leur propre bien et qu'ils se mettent en état de recevoir encore de nouvelles grâces. Au reste , le zèle et la vigueur que vous avez fait parottre en cette occasion , ont telle-

i. Lettre entièrement autographe. (Collection Colbert, t. m, p. 259.) -» Les documents qui composent la fin des Mémoires de Mole sont tous tirés de ce même volume.

^. À» dire de la Gaaette (p. 200), cette paix fut accueillie avec Ijilîf par les bourgeois def Paris.

DE MATEIEU MOLE. (16(i9.) 3

ment augmenté TafTection et restimeque j'ai toujours eues pour vous , que je vous puis dire avec vérité qu'il ne s'y peut plus rien ajouter, non plus qu'au désir que j'ai de vous en donner des preuves effectives et solides en toutes rencontres. Cependant , je prie Dieu qu'il vous ait , etc. Écrit à Saint-Germain , le 1»avriH649. w

LETTRE DU PRINCE DE COUTOt k'^LOLÉ.

Là fermeté de Mole a aMnré la paix. — Affection du prince ponr Mole.

(c Monsieur, je ne doute point que vous ne soj^ez dans une grande satisfaction de vous-même, d'avoir tant travaillé et si généreusement à apporter le talme et le repos à l'État : il est vrai que c'est à vous que la gloire en est due ^ J'en ai toute la joie imaçinable, vous honorant au dernier point. Je ne doute point que vous n'y niettiez la dernière ùiain eu la faisant exécuter; de notre côté , nous en userons de même sans perdre temps. *"

« J'ai parlé à la Reine du régiment dont vous m'avez écrit , qui l'a accordé avec grande joie. Je voudrois que vous voulussiez m'employer dans quelque ifitérét plus solide, vous cognoitriez que je suis, avec passion et fermeté, Monsieur, votre, etc. A Saint- Germain, ce 1* avril 1649. »

1 . M. Cousin^ dans son volume sur la Jeunesse de Madame âc LonguevUle (p. 373], adopte l'opinion de Madame de Motteville , qui fait honneur au prince de Condc du traité de paix conclu avec le Parlement. Cette lettre du Prince et une autre du secrétaire d'État Le Tellier (ci-après), constatent, au contraire, que la fermeté de Mathieu Mole, dans cette circonstance, triompha des plus grands obstacles.

MOLE AU SECRÉTAIRE d'eTAT LE TELLIER.

Nouvelles de ParU. — Le prince de Conti. — Licenciement des troupes des Frondeurs. «^ Mauyaîs état des finances. — M"* de Longueville.

« Je vous ai écrit ce qui s*est passé ce matin ; je vous ai mandé seulement la résolution, et non tous les moments qui se sont passés devant que de mettre l'affaire en délibérs^fion ; mais je me suis promis que M. de Sainlot|*qui fait toujours relation très- exacte et qui a pris des soins très-extraordinaires , n'y aura rien oublié.

(( Et ayant reçu, hier au soir assez tard , de. M^ le prince de Conti le mémoire ci-après, je vous l'envoie pour en avoir réponse, la plus favorable qu'il se pourra, vu qu il semble , en quelques articles , avoir esprit de l'exécution du traité fait.

« Nous nous sommes assemblés pour le licenciement des troupes de Paifis. Il ' leur faut une demie monstre, qui monte à cinquante mille livres. Nous avons envoyé au Prévôt des marchands, afin qu'il satisfasse à cette partie sur ce qu'il doit de sa taxe, qui monte à trois cent mille livres. Si ce moyen manque , nous n'en avons plus d'autres. Elles font tant de voleries, de jour en jour, qu'il faudra prendre résolution de m'obliger plus tôt en mon nom particulier, afin d'arrêter le cours de tant de maux , et après ce licenciement voir la retraite des autres troupes du Roi sur la frontière ou autre lieu nécessaire.

(( Nos finances ont été tellement administrées depuis nos conférences, que j'ai trouvé à mon retour que tout étoit employé en dépenses bien extraordinaires. On en rendra quelque jour compte.

PE MATHIEU MQLÉ. (i6(i9.) 5

« Nous apprendrons maintenant quelles troupes il plaira à la Reine d^ retenir, et le plus tôt ce sera le meilleur, afin de les éloigner '• Ce 2 avril. »

LES ARTICLBS DEMANDIÊS PàJR M. LE PRINCE DE COUTI.

ce Que Ton accordera un passe-port et un trompette pour D. Joseph Amolfini, envoyé de M. l'Archiduc , avec ses valets et équipage , afin de le faire repasser

i . Noos compléterons cette relation de Mole par l'extrait suivant de la lettre du maître des cérémonies Saintot . dont parle le Premier Président, au sujet de ce qui se passait alors à Paris. Elle est adressée à M. Le Tellier, secrétaire d'État : « Monseigneur, depuis celle que j'ai eu l'honneur de vous écrire après diner, je ne Yois rien ici qu'une confirmation de tranquillité, chacun ressentant le fruit et repos de la paix et tout contribuant à son exécution. Sur les trob heures, M. le prince de Conti , W^ la duchesse de Longueville et M"* de Longueville ont quitté leur séjour de l'Hôtel de Ville pour retourner en leurs maisons particulières. Le Prévôt des marchands les a reconduits jusques en leur carrosse , avec une joie extrême de ce qu'il en étoit délivré, suivant ce qu'il m'en- a témoigné ce soir chez M. le Premier Président; km^ m'iEfoit renvoyé chercher, sur ce que M. le président AubÊff Lai^er et le Prévôt dés marchands étoient chez lui (je crois paÉ[r voir et sçavoir de lui pour le licenciement des troupes de Fàm tpà leur pèse sur les bras), afin de sçavoir de moi si je sçavois quelles troupes le Roi vouloit retenir, afin de licencier demain le reste. Je lui avii|ll que je ne sçavois* aucune chose sur cela, sinon que j'avois eu l'honneur de vous en écrire cette après-dînée et que je <9royois que M. de Champlâtreux, lequel étoit allé en cour, et dont son retour seroit ce soir, apporteroit tous les éclaircissements sur ce sujet. J'ai appris que les généraux ne se sont point vus depuis la sortie d'hier du Parlement ; qu'ils attendent le jour de demain avec impatience , dans l'espérance qu'ils toucheront la demie monstre qui a été ordonnée leur être payée^ demain matin, en licenciant leurs dites troupes. » A Paris, ce 2 avril 1649, onze heures du soir. (Bibliothèque impériale; coll. Le Tellier, S. F., n« 3004, t. n.j

auprès de son maître avec sùretë, et comprendre dans le même passe-port mi gentilhomme de M. le prince de Contiy dont le nom sera laissé en blanc, et qui ira requérir M. le marquis de Noirmoutier et M. de Laigue, auxquels il portera un passe-port de Leurs Majestés.

<K Que toutes les personnes qui ont^gi dans ce parti, ou qui en ont eu quelque participation , de quelque sorte qu'elle puisse être, pourront, si bon leur semble, toutes fois et quantes qu'il leur plaira , se retirer hors du royaume , sans que pour cela il leur soit besoin d'autre passe^port que de ^acceptation du présent article qui aura la même force, pourvu que les lieux où ils se retireront soient pays neutres ou alliés, fiien entendu que le présent article est de liberté et non de nécessité.

(c Que tous ceux qui sont hors du royaume, en quelque lieu qu'ils se trouvent, et particulièrement M"*' de Chevreuse %t M. de Saint-lbal, pourront revenir eu France, y demeurer avec la même sûreté, jouir de leurs biens , charges , pensions et généralement y seront remis en même état des autres sujets du Roi.

(c Que Sa Majesté non-seulement ^fonsentira , mais procurera la liberté de M. de Beaupuis ^ dans six semaines, et que pour cet effet elle aura la bonté de vouloir écrire à Sa Sainteté sur ce sujet , et qu^ ses lettres seront remises deux jours après ce présent article accordé, entre les mains de M. le duc deBeaufort.

« Que si Ton licencie les troupes de l'armée du Parlement, on conservera le régiment de cavalerie de Libermont, ensemble les compagnies de Pertuis et de

Chappes, qui ne feront toutes qu'un régiment, lequel sera donné à M. le duc de Brissao. »

LE SECRÉTiLIRB d'^TAT LE TELLIEB A MOLE.

Félidtatîoii#|ku sojet de la yérifiartion an Parlement de la déclaration do Rqî. — Ce succès est dû aux soins de Mole.

a Monsieur, si vous avez eu de la joie , comme je #

n'en doule nullement, de la bonne disposition que vous avez trouvée dans la compagnie , pour la vérification de la déclaration, j'ose vous assurer, Monsieur, que la nouvelle ne m'en a pas moins causé. Vous cognoitrez celle de la Reine par la réponse qu'elle a faite à la lettre que vous lui avez écrite sur ce sujet (ci-dessus, p. 2), et M. de Sàintot vous pourra dire avec quelle acclamation elle a été reçue de toute la cour. Mais personne ne scait mieux que moi que cet heureux succès est dû à vos soins^ adresse et, en un mot, à ^

votre vertu.

u La Reine trouve bon , à votre considération , de recevoir au service du Roi le régiment de cavalerie dont vous affectionnez le mestre de camp. J'aurai rhonneur de vous en envoyer les expéditions sitôt qu'il vous aura plu ih'en faire sçavoir le nom. Cependant, il vous plaira lui recommander de rendre son riment au meilleur état qu'il se pourra , et de me faire la faveur de croire que je vous honore et suis votre, etc. A Saint-Germain en Laye, ce 2 avril 1 649. »

LE SECIUÉTAIRE d'^AT LE TELUER A MOhÉ.

Réponse de la Reine au Mémoire de M. le prince de Conti.

« Monsieur, je fis hier au soir, dans le conseil , en présence de la Reine, la lecture du mémoire que vous

8 ItfÉMOHŒS

m'avez envoyé par M. de Sainte - Croix , signé de M'' le prince de Conti. Sur le premier article duquel, je vous dirai que Sa Majesté a résolu d'envoyer un ordonnance de la maison du Roi , avec un trompette de Sa Majesté pour conduire^ en toute sûreté, depuis Paris jusques sur la frontière, le député de l'Ârchiduc avec ses gens et équipage, d'où il se puisse retirer près de son maître. Cet ordonnance du Roi aura ordre d'envoyer de là le trompette dans l'armée de l'Archiduc , pour faire sçavoir à MM. de Noirmoutier et de Laigue qu'il les attendra durant quatre jours, à compter de celui que le trompette arrivera dans l'armée , pour les conduire en toute sûreté dans le royaume , suivait le passe-port du Roi qui lui sera donné pour cet effet, pour jouir de la grâce portée par la déclaration, et que si dans lésdits quatre jours ils ne se rendent au lieu où il les attendra , qu'il a ordre de s'en revenir.

ce Le Roi n'a pu accorder les 2*, 3* et 4* articles dudit mémoire, que je vous renvoie , vu que ce sont choses qui avoient déjà ét*é refusées dans les conférences, ni aussi le 5% pour les considérations que M. de Champlàtreux vous aura pu dire , qu'on lui fit hier entendre ici.

c Je lui parlai aussi , hier, de ce qui regarde le Te Beum^ mais la résolution n'en ayant encore été prise, je la ferai sçavoir, ce soir, à M. de Saintot, pour vous en rendre compte. Je demeure, Monsieur, votre, etc. A Saint-Germain en Làye, ce 3 avril 1 649. »

DE MATHIEU MOLlt. (1649.) 9

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