AVRIL. DÉCEMBRE
La Reine félicite Mole à l'occasion de l'enregistrement au Parlement de la déclaration relative à la paix. — Affection de la Reine pour Mole. — Lettre du prince de Condé. — La conclusion de la paix est due à la fermeté de Mole. — Le Tellier, secrétaire d'Etat, félicite Mole de ce même résultat. — Nouvelles demandes du prince de Contl. — Nouvelles diverses de Paris. — Les troupes des Frondeurs. — Pénurie de l'État. — M'"'' de LonguevlUe. — Réponse de la Reine aux demandes du prince de Conti. — Te Deum en l'honneur de la paix. — Contravention à la déclaration. — Le duc de Vendôme. — La ville de Meulan demande à être exemptée du logement des troupes du Roi. -- M. de la Trémollle. — Troubles dans l'Anjou. — M. de Noirmoutler. — M. de Lalgue. — M*"^ de Chevreuse. — Tr'.ubles dans le Maine. — M. de la Boulaye. — Mole emprunte de l'argent pour licencier les troupes des Frondeurs. — Affaire de Provence. — Discours de Mole au Parlement. — Le dnc d'Orléans à Paris. — M""" de Chevreuse. — Le maréchal de la Mothe. — Le duc de Bouillon. — M. de Vltry. — Siège d'Ypres. — Discours de Mole au prince de Ccndé. — Les curés de Paris veulent aller complimenter la Reine. — L'archevêque s'y oppose. — Le baron d'Horte. — M'"'' de Chevreuse. — Lettre du Roi à Mole. — Il doit veiller à la tranquillité de Paris. — Edouard Mole veut être trésorier de la Sainte-Chapelle du Palais. — Difficultés à ce sujet. — Prétendu empoisonnement du duc de Beaufort. — M. de la Sauvetat. — M. de Turenne. — Assassinat de l'envoyé anglais en IV i
2 RIÉMOIRES
Hollande. — Le prince de Condé se félicite d'avoir pu être utile à Mole. — Le moyen le plus sûr d'entretenir la paix est d'exécuter la déclaration. — Les rentes de l'Hôtel de Ville ne sont pas payées. — Plaintes de Mole. — Lettre de la Reine à Mole. — Le duc de Bouillon.
— Le Roi ordonne une vente extraordinaire de bois poiu- payer ses troupes. — M™^ de Chevreuse est admise chez la Reine. . — Lettre du Roi à Mole. — Il lui annonce son retour à Paris. — Nouvelles diverses. — Le Parlement est reçu par la Reine. — Paroles de Sa Majesté et du Premier Président. — La Provence et la Guyenne, — Mole se retire à Champlâtreux pendant les vacances du Parlement. — Nouvelles diverses. — Le roi d'Angleterre. — Sa mort. — Les Frondeurs devraient considérer ce qui se passe en Angleterre , et avoir horreur de leur conduite. — Brigues honteuses pour la surintendance. — Affaire des rentes de l'Hôtel de Ville. — Prétendu assassinat du conseiller Joly. — Le duc d'Orléans au Parlement. — - Paroles du Prince.
— Réponse de Mole. — Arrêt relatif aux émeutes et au syndicat des rentes.
LETTRE DE LA REINE-REGENTE A MOLlÉ.
Félicltation sur l'enregistrement de la déclaration du Roi pour la paix. — Affection de la Reine pour Mole.
« Monsieur Mole *, j'ai été bien aise d'apprendre que tout se soit bien passé au Parlement, et comme je n'ai point de plus grande passion que de procurer le repos et l'avantage des sujets du Roi, Monsieur mon fils, et particulièrement des bourgeois de Paris ^ que j'ai toujours affectionnés , j'ai beaucoup de joie de voir qu'ils ne s'opposent plus à leur propre bien et qu'ils se mettent en état de recevoir encore de nouvelles grâces. Au reste , le zèle et la vigueur que vous avez fait paroître en cette occasion , ont telle-
i. Lettre entièrement autographe. (Collection Colbert, t. III, p. 259.) — Les documents qui composent la fin des Mémoires de Mole sont tous tirés de ce même volume.
2. Au dire de la Gazette (p. 200), cette paix fut accueillie avec joie par les bourgeois de Paris.
DE aiATHIEU MOLE. (4649.) 3
ment augmenté l'affection et l'estime que j'ai toujours eues pour vous, que je vous puis dire avec vérité qu'il ne s'y peut plus rien ajouter, non plus qu'au désir que j'ai de vous en donner des preuves effectives et solides en toutes rencontres. Cependant , je prie Dieu qu'il vous ait, etc. Ecrit à Saint-Germain, le 1"avriH649. »
LETTRE DU PRINCE DE COINDÉ A MOLE. La fermeté de Mole a assuré la paix. — Affection du prince pour Mole.
« Monsieur, je ne doute point que vous ne soyez dans une grande satisfaction de vous-même, d'avoir tant travaillé et si généreusement à apporter le calme et le repos à l'État : il est vrai que c'est à vous que la gloire en est due \ J'en ai toute la joie imaginable, vous honorant au dernier point. Je ne doute point que vous n'y mettiez la dernière main en la faisant exécuter; de notre côté , nous en userons de même sans perdre temps.
« J'ai parlé à la Reine du régiment dont vous m'avez écrit, qui l'a accordé avec grande joie. Je voudrois que vous voulussiez m'employer dans quelque intérêt plus solide, vous cognoîtriez que je suis, avec passion et fermeté, Monsieur, votre, etc. A Saint- Germain, ce l^*" avril 1649. »
1. M. Cousin, dans son yolume sur la Jeunesse de Madame de LongueviUe (p. 373), adopte l'opinion de Madame de Motteville , qui fait honneur au prince de Condé du traité de paix conclu avec le Parlement. Cette lettre du Prince et une autre du secrétaire d'Etat Le Tellier (ci-après), constatent, au contraire, que la fermeté de Mathieu Mole, dans cette circonstance, triompha des plus grands obstacles.
MOLE AU SECRÉTAIRE d'ÉTAT LE TELLIER.
Nouvelles de Paris. — Le prince de Conti. — Licenciement des troupes des Frondeurs. — Mauvais état des finances. — M"'" de Longueville.
« Je vous ai écrit ce qui s'est passé ce matin; je vous ai mandé seulement la résolution, et non tous les moments qui se sont passés devant que de mettre l'affaire en délibération; mais je nie suis promis que M. de Saintot, qui fait toujours relation très -exacte et qui a pris des soins très-extraordinaires , n'y aura rien oublié.
c( Et ayant reçu, hier au soir assez tard , de M^"" le prince de Conti le mémoire ci-après, je vous l'envoie pour en avoir réponse, la plus favorable qu'il se pourra, vu qu'il semble , en quelques articles , avoir esprit de l'exécution du traité fait.
« Nous nous sommes assemblés pour le licenciement des troupes de Paris. 11 leur faut une demie monstre, qui monte à cinquante mille livres. Nous avons envoyé au Prévôt des marchands, afin qu'il satisfasse à cette partie sur ce qu'il doit de sa taxe, qui monte à trois cent mille livres. Si ce moyen manque , nous n'en avons plus d'autres. Elles font tant de voleries, de jour en jour, qu'il faudra prendre résolution de m'obliger plus tôt en mon nom particulier , afin d'arrêter le cours de tant de maux , et après ce licenciement voir la retraite des autres troupes du Roi sur la frontière ou autre lieu nécessaire.
« Nos finances ont été tellement administrées depuis nos conférences, que j'ai trouvé à mon retour que tout éloit employé en dépenses bien extraordinaires. On en rendra quelque jour compte.
DE MATHIEU MOLE. (iG40.) S
« Nous apprendrons maintenant quelles troupes il plaira à la Reine de retenir, et le plus tôt ce sera le meilleur, afin de les éloigner \ Ce 2 avril. »