‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 5)Chapitre 39 sur 85 · PAR M. TAILLANDIER · texte numérisé non relu

PAR M. TAILLANDIER

("Voy. mémoires, t. II, p. 318, et t. III, p. iî^.)

(( Monsieur, je viens de trouver un renseignement relatif au Grafid-Cerf dont il est question dans le second volume des Mémoires de Mole. Voici ce que je lis au chapitre des Chanceliers, dans un manuscrit intitulé : Etablissement du Parlement de Paris ^ dont la Bibliothèque impériale possède une copie (ms. de Mortemart, n° Î9), et dont je possède aussi une copie.

1 . D'après l'orijjinal, Jiiblioth. royale, coUect. Le Telliei , t. III.

« Lors de l'enregistrement de leurs provisions (des Chanceliers), et dans ce cas aussi bien que dans tous les autres où ils entrent (au Parlement), on envoie des huissiers dans la galerie pour marcher devant eux, et deux anciens conseillers pour les recevoir entre le parquet des huissiers et l'arcade du Grand-Cerf, dans la grande salle du palais, depuis 1584. »

L'arcade du Grand-Cerf était ainsi nommée , parce qu'on y voyait un grand cerf en bronze. Ce grand cerf fut détruit par le feu, lors de l'incendie du 7 mars 1 61 8 ; mais il paraît que l'arcade où il était placé continua d'être désignée de la même manière, après la reconstruction de la grande salle par Jacques Debrosse , en 1 622 .

Agréez, etc. A. Taillandier.

xxu.

DOCUMENTS COMPLÉMENTAIEES RELATIFS AUX EVENEMENTS DE l'année i 649 , RAPPELÉS DANS LES MÉMOIRES.

(Voy. Mémoires, t. III, p. 329, 342, 363, 364., 380, 386, 472, 474, t. IV, p. 38, 57, 64.)

Lettres de Saintot à Le Tellier. — Affaires de Normandie.

« Monseigneur, tout se passe ici à souhait pour !e service du Roi , et l'on n'auroit pu s'imaginer combien la présence du Roi apporte de calme en cette province et d'utilité au bien de ses affaires. Vous avez sçu ce qui s'est fait au Vieux-Palais, l'ordre que j'eus d'y mener les Suisses et d'en faire sortir la garnison du marquis de Reuvron, et d'en destituer la Fontaine-le-Pin de la lieutenance et de major. J'ai ordre de faire comprendre de moi-même au sieur marquis de Beuvron, qu'il y va

de son intérêt et qu'il y auroit mauvaise grâce pour lui de rester plus longtemps logé dans le Vieux-Palais , dépendant, pour entrer et sortir, des officiers suisses.

« L'on fît prêter hier serment entre les mains du Roi, après la destitution de ceux qui y avoient été mis par le duc de Longueville. Je ne sçais si la destinée que la duchesse de Longueville a prise lui sera plus fortunée que l'obéissance qu'elle eût pu apporter aux ordres du Roi d'aller à Try ou à Coulommiers. Le sieur de Mallevelle, enseigne des gardes, est parti ce matin pour Caen, avec soixante soldats. Nous espérons notre retour pour Paris en bref , et je crois que M. de Matignon , que nous attendons aujourd'hui, achèvera les affaires. A Rouen, ce 10 février 1649. »

«Monseigneur, hier M. de Matignon arriva ici, et bien qu'il soit d'humeur très-froide , j'espère qu'elle s'échauffera dans l'obéissance qu'il doit aux volontés du R6i. L'on a envoyé M. d'Husenat au Havre à M. de Richelieu; nous en attendons le retour demain, afin de sçavoir ses dernières intentions. J'ai eu l'honneur de vous mander comme les deux cents Suisses sont entrés dans le château et le paulet de Dieppe ; et le peuple de cette ville est si animé contre ce qui est et porte le nom de Longueville , qu'hier au soir le carrosse des filles de M"^ de Longueville , sortant de Dieppe , pensa être déchiré par le peuple et jeté à la rivière.

(( Ce matin, l'on m'a envoyé trouver le sieur de Monte nay , conseiller en ce Parlement, parent du duc de Longueville, et lequel avoit hier refusé les clefs de la tour et porte cochère dont il avoit été chargé par le duc de Longueville, sur un ordre qui lui avoit été porté

du Roi, signé de M. de Brienne; mais il me lésa remises dans l'espérance que je lui ai donnée d'être remboursé des frais qu'il a faits pour fortifier cette porte, qui lui est très-importante ici à cause du pays de Caux. M. de la Marguerie a été pour faire vérifier au Parlement la commission pour commander en cette province, ce qui a été exécuté , non pas sans peine. Le président Bigot, ayant fait sa cabale pour l'empêcher, a voulu que , si cela passoit, ce fût à condition qu'elle ne pourroit préjudicier à la survivance du comte de Dunois, que le duc de Longueville avoit obtenue du Roi; mais cela s'est passé purement et simplement, sans aucune modification. L'on y a passé aussi les trois cent mille livres pour le payement des garnisons, et cette après-dînée l'on s'assemble , chez le Premier Président , pour conclure l'affaire des rentes, conformément aux volontés du Roi.

« Je ne puis assez vous exagérer combien la présence du Roi rétablit ici toutes choses , et l'exemple que cela produira pour les autres provinces. M^*" le Cardinal m'a dit que M. de Lyonne vous écrivoit par la sienne quelque chose touchant la Rallière. C'est qu'il a eu avis que MM. de Beaufort, le duc de Retz, le Coadjuteur et Laigue , dînant chez Rousset , trésorier des parties casuelles, résolurent de maltraiter la Rallière , et Laigue doit venir ici se charger de l'exécution, avant qu'il sorte de cette province. Je crois que son intention est qu'il en soit dit un mot à Son Altesse Royale, afin qu'elle témoigne que l'on a cet avis. Ce n'est pas que l'on ait aucune crainte de ce côté-là ; mais afin que, s'il arrive quelque chose , l'on sache que c'est en se défendant. Je suis, etc. Rouen, ce 12 février. »

330 APPENDICE AUX MÉ^iOIRES

Compte de l'argent reçu et pavé par le banquier Cantarini par ordre de Mazarin.

L'an 1 649, le 1 2 janvier, sur les neuf à dix heures du matin , nous , Jean Laisné , Antoine Loisel et Claude I^e Clerc, conseillers en la cour de Parlement, commissaires en celle partie et de l'ordonnance d'icelle, nous sommes transportés, avec l'huissier en ladite Cour, au logis de Thomas Cantarini, banquier, demeurant rue et paroisse Saint-Christophle , auquel parlant, l'aurions sommé de nous représenter tous et chacuns les livres, registres, journaux et mémoires concernant son négoce, et spécialement ceux concernant les affaires du cardinal Mazarin, et qu'il eût à déclarer les sommes qu'il pouvoit avoir appartenant audit Cardinal. Et avons recognu que pour les années 1 643 à 1 648 , la recette du compte du Roi à présent régnant montoit à la somme de 26 692 889 livres 3 deniers.

Sur le compte du sieur cardinal Mazarin, depuis 1 641 jusqu'à 1648, la recette s'est trouvé montée à 7808 648 livres 7 sols 3 deniers.

De 1644 à 1647, pour le compte de Charles Longuet, sieur de Machau, la recette s'est montée à 4 267 161 livres 16 sols 4 deniers. Plus^ sous la date du 24 avril 1645, autre recette montant à la somme de 461 790 livres 9 sols 8 deniers , faisant partie de la somme de 798112 livres 1 sol 2 deniers, pour diverses parties reçues de diverses personnes et en divers temps.

Après examen du débet et crédit du compte dudit sieur Mazarin, il a été trouvé ledit Contarini être redevable audit sieur Cardinal de^42 802 livres 15 sols 8 de-

niers , sauf à déduire 3404 livres 13 sols, dont ledit Cardinal est débiteur en un compte à part.

En son compte courant, 1 61 550 livres ; en un compte tenu sous le nom de M. l'abbé Mondin ^, 136 470 livres; pour un compte de frais à ses bardes^, environ 1 0 000 livres^; pour la compagnie du Nord, 30 000 livres*; pour Mo le cardinal Antoine Barberin, 40 000 livres; reste de 45 539 livres, payées au sieur Bouchet, trésorier de la marine, 16 500 livres; reste de 137 000 livres environ, payé audit par le sieur Cenami de Lyon, sur les ordres de Son Eminence, 101430 livres; à M^"" le cardinal de Sainte-Cécile pour 6000 écus monnoie de Rome , et reste d'une année de ses gages et pensions, environ 26 000 livres; payé à M. de Lopes, 20 000 livres; à M. le commandeur Chastellux, à compte d'un ordre de 30 000 livres, 1 0 000 livres ; reste de 25 000 pistoles payées à Gênes à M. Balthazar, ci 32 000 livres; pour une lettre de 80 000 florins pour la reine d'Angleterre, payable à Amsterdam, 100 000 livres; pour une lettre de 15 000 rixdalers , payables à M. le vicomte de Brégy, àDantzig, 48 000 livres; reste d'une

i. Eclaircisseraents sur l'état des diverses parties qui sont dues à moi Cantarini par MS' le cardinal Mazarin : « En un compte tenu sous le nom de M. l'aljbé Mondin. » — Ledit sieur abbé donnoit les ordres pour ce compte, par le commandement de Son Eminence, et pour cela a été tenu en son nom.

2. ff Les bardes et pierreries achetées en Portugal ont été délivrées à MS' le Cardinal, les pierreries dans des piquets cachetés lorsqu'ils sont arrivés, et les bardes ont été apportées de la douane en son hôtel. De plus, pour un compte de frais de voitures et autres à ses bardes, comme se voit fol. 90, lo8 et 207. i) — Les autres dépenses sont justifiées simplement par des ordres écrits ou verbaux de Mazarin,

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