‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 5)Chapitre 4 sur 85 · LETTRE DU ROI A MOLE · texte numérisé non relu

LETTRE DU ROI A MOLE

Te Deum en l'honneur de la cessation des troubles.

« Monsieur Mole, ayant approuvé la pieuse pensée que ma cour de Parlement a eue, en vérifiant ma déclaration sur la cessation des troubles de mon royaume, d'en faire rendre grâces pulDliques à Dieu, je lui mande que je trouve bon qu'elle assiste au Te Deum qui sera chanté en l'église de Paris, au jour et à l'heure que M. de Saintot , maître de mes cérémonies, lui fera entendre de ma part. Et quoique vous ayez la meilleure part à la lettre que j'écris à madite Cour, sur ce sujet, je vous ai bien voulu faire celle-ci en particulier, avec l'avis de la Reine-régente, Madame ma mère, afin que vous preniez soin de faire exécuter mes ordres dans la compagnie, selon que je m'en repose sur votre prudence et affection accoutumée. Et sur ce, je prie Dieu , etc. \ Écrit à Saint-Germain en Laye, le Séjour d'avril 1649. »

LE SECRÉTAIRE d'ÉTAT LE TELLIER A MOLE.

Observations relatives à l'exécution de la déclaration dn Roi,

« Monsieur, j'ai reçu votre lettre de ce matin. 11 est vrai que M. le marquis de Jerzé est parti de ces quartiers avec deux régiments d'infanterie et un de cavalerie, et que deux autres aussi de cavalerie et deux

1 . Une lettre à peu près semblable était adressée au Parlement, et il en fut donné lecture pendant la séance du 5 avril , en même temps que le Premier Président prévenait la Cour que le Roi avait aussi donné les ordres pour qu'on allât , par députés , à Saint- Germain, pour lui faire les remerciments votés par arrêt de la Cour. Le Te Deum fut chanté, le 5, sur les quatre heures.

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(l'infanterie le doivent suivre ; mais c'est pour les mettre en garnison dans le Maine \ l'Anjou et le Poitou, en attendant la saison de mettre les armées en campagne contre les Espagnols. Ce que je vous dis. Monsieur, est si constant, que M. de Jerzé a ordre de faire aller dix lieues en deçà du Mans , attendant de voir si M. de la Boula y e acceptera la déclaration à son égard , dans les quatre jours portés par icelle ,

4 . Lorsque cette nouvelle parvint dans la province, la municipalité du Mans prit l'an'èté suivant, que nous avons trouvé parmi les papiers de Mole. — « Extrait des registres de l'Hôtel de Ville, du 7 avril 1649 : Le Conseil assemblé, sur l'avis donné qu'il y a plusieurs troupes sous la conduite de M. le marquis de Jerzé, qui s'acheminent pour venir en cette province, même en cette ville du Mans, a été avisé que M. le révérend évêque du Mans , étant de présent en cour, sera vu, salué et supplié, de la part des habitants de cette ville, de moyenner le divertissement desdites troupes et à cette fin en faire changer l'ordre. Et pour cet effet , ont été députés les sieurs Desangevinières, conseiller, et Dorigne-Guiltet, capitaine de l'une des compagnies de ladite ville, et sera Monsieur du Mans remercié des témoignages de bonne volonté qu'il a rendus à ladite ville, notamment dans l'occasion présente, et assuré que les habitants sont dans l'obéissance du Roi, ayant ponctuellement effectué la déclaration de Sa IMajesté , après la publication d'icelle et mis les armes bas. A été pareillemeut avisé que M. le baron de Lavardin, lieutenant pour !e Roi en cette province, sera très-humblement supplié venir en cette ville, faire ce qu'il jugera utile pour le service du Roi. »

Cette délibération fut accompagnée de la lettre suivante adressée au Parlement : « A Messieurs du Parlement de Paris : Messeigneurs , après vous avoir fait sçavoir la façon de laquelle Messieurs du Mans se sont jetés dans vos intérêts , lorsqu'ils ont appris que leurs services pourroient vous être utiles, j'ai cru que, j'aurois mauvaise grâce si je ne leur servois encore d'intercesseur dans la nécessité urgente qu'ils ont d'être appuyés de votre protection, pour détourner l'orage qui les menace d'une ruine inévitable, par les troupes commandées par le marquis de Jerzé. Ils croyoient que la paix que vous avez traitée les mettoit à cou-

pour ne rien faire, de la part du Roi, qui y contrevienne.

« Des courriers ont été députés, ce matin, par tous les bailliages, pour la porter aux procureurs du Roi en iceux, avec les dépêches de M. le Procureur Général. M. de Saintot portera les dépêches pour le Te Deum, et par lui vous serez informé ' de la résolution de Sa Majesté , si elle désirera retenir des troupes et quelles

vert de la persécution et que l'amnistie générale dans laquelle ils dévoient avoir part, les empôcheroit que l'obéissance qu'ils vous ont rendue ne fût imputée à crime. Cependant, ils sont à la veille de leur perte, si vous ne prenez leur cause en main. Ils espèrent cette grâce de votre justice. Je leur ai prorais de ne les point abandonner. En attendant vos ordres, lesquels reçus je vous offie pour caution de leur obéissance, Messeigneurs, votre, etc. Au Mans, le 5 avril 1649. Lessard. »

1 . Saintot était aussi chargé d'informer le secrétaire d'État Le Tellier de ce qui se passait à Paiis. Voici sa dépêche du 5 avril ; a Monseigneur, j'ai reçu celles qu'il vous a plu me faire l'honneur de m'écrire, avec toutes les dépêches. Aussitôt j'ai été voir M, le prince de Conti, que j'ai trouvé avec M"'* la duchesse de Longueville. Je lui ai dit comme j'avois ordre de vous pour lui remettre entre les mains l'ordre et la route pour son régiment d'infanterie , compagnie de gendarmes et chevau-légers, que Sa Majesté retenoit. Dans ce temps, MM. de Beaufort, le maréchal de la Mothe et le Coadjuteur, que j'ai trouvé l'oreille très-pendante et le visage fort pâle et défait , le sont venus voir comme il montoit en carrosse avec M""^ la duchesse de Longueville pour Chaillot. CV^oy. p. 13, note 2.)

« J'oubliais à vous dire que lui ayant dit que le sieur Dambeville, ordinaire du Roi, seroit ce soir à Saint-Denis, attendant l'envoyé de l'Archiduc, pour lequel j'aurois ce soir un trompette du Roi , qui venoit pour le quérir et conduire au sieur Dambeville , pour être mené en Flandre près l'Archiduc, et qui avoit ordre de ramener MM. les marquis de Noirmoutier et Laigue. Il m'a dit qu'il seroit nécessaire et prioit qu'il pût parler au sieur Dambeville, et que je lui mandasse de le venir trouver ce soir ou demain matin, d'autant qu'il ne pouvoit pas dire au trompette ce

ce seront. Je suis , etc. A Saint-Germain en Laye , le 4 avril 1649. »

LE SECRÉTAIRE d'ÉTAT LE TELLIER A MOLE. Le duc de Vendôme. — Troupes au service du Roi.

« Monsieur, j'ai expédié la lettre du Roi adressante à M. le duc de Vendôme pour lui permettre de venir à Anet\ Je la mettrai es mains de M. le duc de Mercœur pour la lui faire tenir. J'ai aussi expédié les or-

qu'il pouvoit dire audit sieur Dambeville. J'en ai aussitôt donné avis à M^'' le Prince, qui étoit à Chaillot, de ce que je devois faire sur cela, lequel ne m'a rien mandé. Vous aurez, s'il vous plaît, agréable, dans demain, sept heures du matin, que j'en aie la réponse, d'autant (jue nous devons partir à huit heures avec les députés du Parlement , qui sont au nombre de trente-huit ou quarante, afm que je puisse envoyer au sieur Dambeville aussitôt , bien que présentement je vienne de lui mander que je lui ferois sçavoir, demain du malin , lorsque 4 'envoyé se rendroit à Saint- Denis.

<< Les députés du Parlement arriveront demain à onze heures à Saint-Germain, au nombre de trente-huit ou quarante, sçavoir : les présidents au mortier, six conseillers de la Grand'Chambre , trois de chacune des chambres des Enquêtes et quatre des deux des Requêtes et les gens du Roi. Ils demandent d'avoir l'honneur de saluer Leurs Majestés avant le dîner, qui pourroit être à l'issue de la messe de la Reine. A Paris, ce 5 avril 1649. »

Le lendemain, le Roi recevait à Saint-Germain le Parlement. Mole portait la parole « qui fit des merveilles à son ordinaire, » dit la Gazette, p. 246.

1. Sur la réconciliation du duc de Vendôme avec la Reine, et l'alliance de Mazarin avec la famille de ce prince par le mariage du Mis du duc de Mercœur avec l'aînée des Mancini, voy. les Mém, de, M^^ de Motteville, t. III, p. 277. o Le cardinal, dit-elle, en changeant de conduite, devint plus intéressé qu'il n'avait été jusqu'alors , et les mauvais tours de ses ennemis lui firent désii-er de se faire redouter de ceux qui lui avaient fait beaucoup de peur. Par ces raisons , il traita le duc de Vendôme comme un ami. »

dres et routes nécessaires pour les troupes qu'on veut retenir au service du Roi ; partie sont déjà envoyées et le surplus est sollicité ici par ceux qui ont été envoyés pour cet effet.

« Le retour de M. de Beaupuis n'est pas chose à presser; le temps y pourra faire davantage que de pressantes instances.

« Pour l'affaire de M. de Bayeux^, je m'en suis expliqué au long à M. Talon, pour vous en informer. Je m'en remets à lui et vous supplie d'y prendre créance. Je parlerai ce soir à la Reine de ce qui s'est passé depuis, afin que la chose demeure en état. Je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, le 7 avril 1649 ^ »

1 . M. de Bayeux était Edouard Mole, tils du Premier Président, qai voulait être coadjuteur du trésorier de la Sainte-Chapelle, ainsi que l'indique la lettre suivante de Mole à Le Teliier : u Monsieur, ayant voulu prendre soin de l'affaire de la trésorei'ie, je vous dois le compte de ce qui est arrivé cette nuit, qui est la mort de celui qui l'étoit. Je me veux promettre que cela ne changera rien en la grâce de la Reine , mais qu'au lieu de coadjutorerie , la provision sera pure et simple , et que je vous l'esterai obligé , par effet, de l'amitié que je recevrai, et, en toute occasion, je serai, etc. Ce mercredi (14 avril), douze heures. »

2. Deux jours auparavant, le 5 avril , la duchesse de Longueville avait eu une entrevue avec son frère, le prince de Condé, à Chaillot. Elle fut très • cordiale , dit la Gazette (p. 223). La châsse de sainte Geneviève fut recouverte après une procession solennelle et un Te Deum pour la paix , et le 8 avril le prince de Conti traita magnifiquement son frère à Chaillot. La cour était alors fort gaie, dit le même journal, et le Roi, surpassant la dextérité de son frère à manier les armes, tuait des petits oiseaux à coups de fusil. »

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