‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 100 sur 167 · Collection Dupuy, t. DCCXCII , lettre lvi · texte numérisé non relu

Collection Dupuy, t. DCCXCII , lettre lvi

2. Paul Hay du Chàlelet, écrivain fleuri et ampoulé, qui rédigea plusieurs Mémoires en faveur du cardinal de Richelieu, pour répondre aux calomnies répandues par les pamphlétaires au service de la Reine-mère. Il avait aussi gagné les bonnes grâces du Cardinal en éciivant, contre le maréchal de Marillac , quelques vers latins suivant le jhythme des proses de l'Eglise. Designé pour être l'un des juges du maréchal , il fut récusé par lui. Du Chàteltt publia plus tard une Dissertation pour prouver la juste condamnation de ce personnage. Du Châtelet fut un des quarante de lAcadéuiie française lors de sa fondation.

tière créance à tout ce que ledit sieur du Châtelet vous dira de notre part, tant sur ce sujet que sur les autres affaires desquelles nous l'avons chargé de vous parler ensuite. A quoi vous contribuerez, de votre part, tout ce que dépendra de vous, selon que nous l'attendons de votre fidélité et affection à notre service. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir^ Donné à Château-Thierry, le 27^ jour de mai 1635. »

Cette lettre est écrite du 27 mai et me fut rendue par M. du Châtelet , ci-devant maître des requêtes , et maintenant conseiller d'État ordinaire, le mardi 29, qui étoit la dernière fête de la Pentecôte. Et le mercredi n'entrant point au Parlement , il vint au parquet le jeudi 31 mai, sur les sept heures, tenant une lettre de créance du cachet du Roi, adressante au Parlement. Je le priai d'attendre et que j'allois dire à la Cour, qu'il étoit venu pour lui parler de la part du Roi. Ce qu'ayant fait, on lui fit dire par le greffier s'il vouloit entrer , et ne prit autre place qu'au bureau du banc, vis-à-vis de MM. les Présidents , qui est le plus proche à main gauche en entrant, et n'apporta que sa robe de drap noir et non de soie, comme conseiller d'État, n'y pouvant entrer en cette qualité (n'ayant des lettres vérifiées), ni comme Maître des Requêtes, s'étant défait de sa charge. Et après lecture de la lettre par un de Messieurs en notre présence , il dit les avantages du Roi en la défaite de l'armée espagnole % et le particulier de ce qui s'y

i. Collection Colbert, t. V, p. 222 bis.

2. Le cardinal de Richelieu, dissimulant depuis longtemps son mécontentement contre la cour d'Espagne , « dont l'ambition me-

DE MATHIEU IMOLÉ. (1633.) 301

étoit passé , en ces termes : « Messieurs , le Rx)i m'a commandé de vous dire , qu'il y a huit jouis qu'un bruit incertain apprit à Sa Majesté que son armée avoit combattu' celle du roi d'Espagne. Comme il est souvent arrivé que dans les plus notables effets de la guerre, les meilleures nouvelles sont venues le plus vite et quasi sans auteur, la Victoire, disoit-on, ayant des ailes aussi bien que la Renommée, celles-ci furent toutes communes que nous avions battu lès ennemis.

« Le Roi ne jugea pas à propos de publier encore la bonne opinion que toute la cour avoit conçue de ce combat, n'ayant jamais donné de fausse joie à ses peuples. Il en reçut la confirmation le jour de la Pentecôte, par un courrier qui fut présent à cette bataille et qui étoit porteur d'une lettre écrite par un homme de créance indubitable. Sa dépêche porte que, le 20 de ce mois, l'armée fut avertie, en délogeant, que les ennemis s'étoient saisis d'un poste avantageux sur sa route, et que là ils se mettoient en ordre de combattre.

« La résolution ayant été prise, dès la frontière, de s'ouvrir le chemin avec l'épée , le conseil , comme il le faut toujours dans les occasions nécessaires, en fut bien prompt et bientôt exécuté , si heureusement et avec tant de courage , que M. le maréchal de Châtil-

naçoit d'inonder toute l'Europe, « et qui, depuis le traité de Vervins, n'avait cessé de s'agrandir aux dépens de ses voisins les plus faibles afin de parvenir à la monarchie universelle , se détermina enfin à déclarer la guerre au Roi Catholique dès le commencement de l'année t63S. (Voy. Mémoires de Richelieu, t. VIII, p. 212.j

4. Quelques particuliers, qui n'étaient point autorisés de ceux qui commandaient les armées, apportèrent cette nouvelle, dit la Gazette de France, p. 289.

Ion, M. le maréchal de Brézé qui commandoit à son tour ce jour-là, ne leur donnèrent presque pas le loisir de se recognoître, et les empêchèrent de tirer aucun avantage de la force du lieu qu'ils avoient choisi pour les attendre.

« Leur armée étoit composée de 1 20 enseignes des gens de pied et 45 cornettes de cavalerie , toutes troupes d'élite et les meilleures qu'eussent les ennemis. Il y a voit aussi 16 canons. Elle étoif commandée par le prince Thomas ; le comte de Feria , gouverneur d'Anvers, a voit été tiré de sa place pour en être lieutenant général; le comte de Buquoi étoit général de la cavalerie; leurs plus anciens et plus expérimentés officiers s'y trouvèrent.

(( Le premier avantage des nôtres ' fut de gagner le canon des ennemis, qui fut suivi de la déroute entière de la cavalerie , qui fit bonne contenance aux approches, mais qui ne put soutenir nos efforts, quelque bonne réputation qu'elle eût acquise dans leurs guerres contre les Hollandois.

« Leurs bataillons, que les Espagnols croyoient invincibles, qui s'éloient retirés tout entiers après la perte d'autres batailles, et qui avoient dans les rangs plus de mille officiers réformés, firent bien tout ce qu'il falloit faire et qui peut-être eût bien succédé contre d'autres gens que des François, que la bénédiction de notre prince et de sa bonne cause accompagne partout. Le combat a été si sanglant pour les ennemis , qu'ils y ont laissé six mille morts , quinze

i . On trouve également une relation de ce fait dans le Mercure français , t. XX, p. 963, et le récit de toutes les fêtes qui eurent lieu alors.

cents blessés et huit cents prisonniers , entre lesquels se trouvent le lieutenant général de l'armée D. Alonco Aladron, ancien mestre de camp, Espagnol, Sfondrate, mestre de camp, Italien, le comte de Willerval et plusieurs autres officiers, qui doivent recognoitre que la perte qu'ils ont faite, en cette occasion importante, justifie beaucoup la retenue de ceux à qui notre bonne contenance fit tant de peur à la journée de Casai.

« Le combat a été si heureux, que les troupes du Roi n'y ont perdu qu'un capitaine du régiment de la Meilleraye , un enseigne de Champagne et moins de cent soldats. Il a été d'autant plus honorable, que toute l'armée n'est composée que de François, et que cet avantage lui a été acquis avant que de s'être joint à un autre , qui pouvoit partager sa gloire. Le Roi , qui la tient toute de la main de Dieu , a désiré que tous ses sujets en rendent un remercîment public à sa bonté infinie , et que vous principalement, Messieurs, comme les plus intéressés à sa puissance et les mieux portés de son autorité, assistiez aux actions de grâces qui s'en feront, aujourd'hui, dans l'église de Notre-Dame.

c( Ce bon commencement lui promet bien que l'issue ne sera pas moins favorable que son dessein est légitime et chrétien , de mettre en liberté un prince ecclésiastique opprimé', parce qu'il s'est mis entre ses bras, et qu'il est aussi raisonnable de le secourir que

4. L'électeur de Trêves. Voyez, ci-après, la déclaration de guerre du Roi au Cai-dinal-Infant, et la Gazette de France (p. 2i7 et 248), qui contient la réponse du Cardinal-Infant. — L'auteur du Mercure français prétend que la maison d'Autriche avait une haine déjà ancienne contre l'Électeur. (T. XX, p. 91 S.)

'AOi MÉMOIRES

d'avoir assisté si courageusement le duc de Mantoue qu'il a rétabli dans ses Étals, que les mêmes gens avoient usurpés sur lui parce qu'il étoit François ; que la force étant requise pour modérer leur ambition et les réduire à demander la paix, notre passage en Flandre sera toujours estimé très -utile et très-sage, puisqu'il mettra toute l'Europe en repos par un accommodement général; qu'on pourra bien nous rendre, par le bonheur du Roi , ce que nous avions perdu il y a cent ans par l'infortune d'un de ses prédécesseurs; que les pays ci-devant possédés par le duc de Lorraine se doivent conserver comme un domaine acquis à la couronne, et déclaré tel par vos arrêts, qui ont supplié le Roi de s'y maintenir par les armes, et qu'il a pris pour une semonce publique d'entrer en cette honorable engagement où vous le voyez aujourd'hui. « A cela, j'ai charge d'ajouter encore que son intention est que vous considériez , avec effet , que ses dépenses croissent autant que ses affaires , et qu'elles ne peuvent être supportées , quelque bonne administration qui en soit faite, ni les intérêts de la France, ni l'honneur qu'elle vient d'acquérir être défendus, quelque merveilleux que puissent être la sagesse et la prospérité de ses conseils, sans un secours extraordinaire qu'il attend de la prompte et entière exécution de ce que M. le Procureur Général a charge de poursuivre de sa part auprès de vous. Les moyens en sont d'autant plus justes, que vous cognoissez bien que les causes en sont absolument nécessaires et que le retardement est très- dangereux au bien public'. »

i. Collection Colbert, t. V, p. 223-4.

Après ce discours , que M. du Châtelet m'a envoyé par écrit , M. le Premier Président lui témoigna le contentement de la compagnie en de si favorables succès , et qu'il falloit espérer que le ciel continuera de lui prêter la main, en sorte que la France donnera la paix et ne la recevra plus. Et ce fait, il se retira, et fut résolu d'assister au Te Deum qui devoit être chanté à Notre-Dame à dix heures', en robe noire. Et l'heure venue , Messieurs se sont assemblés en la Grand'- Chambre, et de là la Cour est partie et a pris place à ISotre-Dame à main droite, proche la chaire de M. l'Archevêque , oii M. le Premier Président s'est mis, et après lui M. de Montbazon, gouverneur, et puis les autres présidents ; j'avois oublié que M. de Montbazon, étant duc, ctoit au Parlement comme la Cour étoit partie, et M. le Premier Président s'étant avancé , il s'est mis après lui devant le second Président et a marché entre les deux. Et, par ledit événement, il a toujours été entre MM. le Premier et second Présidents, qui est la place de M. le gouverneur de Paris ^

LETTRE DD ROI A MOLE

Il faut saisir les vaisseaux et les marchandises des Espagnols.

« Notre amé et féal , ayant résolu d'entrer en rup-

1. Il y eut aussi d'autres réjouissances publiques qui se prolongèrent bien avant dans la nuit; des feux furent allumés dans toutes les rues, accompagnés, dit la Gazette (p. 300), des acclamations universelles et cris de Vive le Roi , incessamment redoublés par tout le peuple.

Le sieur Picot, maître de la musique de la chapelle du Roi , dirigea le Te Deum de la Sainte-Chapelle.

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