‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 12 sur 167 · Collection Colberî, t. VI, p · texte numérisé non relu

Collection Colberî, t. VI, p

2. Le cardinal de Richelieu, qui était resté à la tète de l'armée française, en Sa voie, revint à Lyon le 22 août et fit accerder par le Roi une trêve qui fut signée le 4 septembre. Ce fut peu de temps après cet événement que le Roi tomba dangereusement malade.

3. « Le Roi fut pour lors attaqué de cette grande maladie qui nous fit extrêmement craindre pour sa vie, et qui causa autant d'alarmes à son Conseil que d'espérances à Monsieur, qui étoit resté à Paris, de posséder dans peu la plus belle couronne de la chrétienté ! Lorsque le Roi crut se trouver hors d'espérance de guérison, il fit de grandes excuses à la Reine son épouse , de n'avoir pas bien vécu avec elle. Cette princesse , se tenant alors comme assurée de la sincérité et de la tendresse du Roi son époux, lui déclara tous les sujets de ])laintes qu'elle avoit contre le Cardinal, et fit promettre au Roi que ce ministre seroit congédié. n{Mém. de Brienne, p. b2.}

2i MÉMOIRES

fessa donc et communia, avec la plus grande dévotion qu'il est possible; et dès lors, il commença à se mieux porter. Il nous dit aujourd'hui que dès lors qu'il vit entrer M. le cardinal de Lyon avec le Saint Sacrement, c'est-à-dire avec le ciboire, il sentit une joie extraordinaire et lui sembla que le ciboire étoit entouré d'une grande lumière. Il y avoit bien deux flambeaux de cire blanche, moyennement gros, portés par deux aumôniers; mais, comme le Roi nous l'a conté, j'estime que la lumière étoit surnaturelle. Aussi est-il vrai que les effetis en sont fort extraordinaires, car il se porta mieux dès lors. 11 prit sa médecine peu après, dont les effets ont été fort bons et en a été beaucoup purgé : il a eu peu de fièvre la nuit. Ce matin, il a eu un froid avec grand tremblement et puis chaud, et après cela est demeuré sans fièvre au jugement de tous les médecins, et j'en ai fait même jugement, ayant bien voulu que je lui aie touché le pouls, aussi réglé et naturel qu'il est possible. 11 a pris plaisir à se faire entretenir par ses serviteurs, et montré en toutes manières les actions d'un corps et d'un esprit tranquille et sans douleur.

(c La joie est incroyable en tous , comme la douleur d'hier étoit extrême. Aujourd'hui toute la cour, grands et petils, peu exceptés, ont communié. Il nous reste à prier Dieu qu'il continue à rendre parfaite cette guérison, dont j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir ce témoignage, d'une main que je me persuade que vous croyez parler sans enchérissement ni déguisement. Je ne vous parle point des Reines , qui ont montré la grandeur de leur affection en la douleur ei en la joie, et le Roi grand plaisir qu'elles soient auprès de lui, et

que la Reine sa femme le serve. Et cela console tout le monde, voyant amour et union bien grande entre ces personnes royales. Le Roi m'a commandé d'expédier les lettres de l'érection d'un monastère de religieuses, à l'intention particulière de révérer le Saint Sacrement, où je n'oublierai pas de faire mention de cette guérison miraculeuse et appliquer rinslitulion a cette intention. Et sur ce, je prie Dieu, etc. ' A Lyon, le 28 septembre 1630. »

MOLÉ A M. DUPIJY.

Guérison miraculeuse du Roi.

« Monsieur, changeons nos craintes en assurances de la santé de notre prince, puisque je vis hier au soir dix lettres, du 6 de ce mois, par lesquelles j'appris la continuation des merveilles, et comme les forces revenoient par-dessus le cours ordinaire de la nature. Il y en a beaucoup en cette ville qui ne veulent pas croire ces nouvelles : je vous laisse à juger avec quel esprit. La seule vie du Roi pouvoit dissiper ces orages, qui pouvoient causer ruine à la France. J'attends des lettres ce jourd'hui, puisque l'ordinaire est arrivé cette nuit sur les deux heures. J'ai bien de regret que le pied vous arrête si longtemps; j'apprends néanmoins qu'il vous permet de monter en carrosse. Vous disposerez du mien quand il vous plaira, et de tout ce qui est en ma puissance. Je serai toujours votre, etc. ^ Ce 10 octobre 1630. »

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