‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 163 sur 167 · LETTRE DU ROI APPORTÉE PAR SAINTOT · texte numérisé non relu

LETTRE DU ROI APPORTÉE PAR SAINTOT

M Nos amés et féaux , nous vous envoyons exprès le sieur de Saintot, maître de nos cérémonies, pour vous donner la bonne nouvelle de la prise de la ville de Bapaume*, qui fut hier remise en notre obéissance, ayant été si vivement attaquée par nos armées de Flandre, commandées par nos très-chers et bien amés cousins les maréchaux de Brezé et de la Meilleraye, que la

\ . « Deux mines faites sous les deux bastions étant prêtes à jouer, le gouverneur de Bapaume fut sommé de se rendre, ce qu'il avoit refusé de faire jusques à ce qu'il vît sa muraille emportée. Sur quoi, on lui a offert de lui faire voir nos mines et déclaré que, si après les avoir visitées, il se réduisoit à attendre l'extrémité qu'elles eussent joué , il n'y avoit plus de quartier à espérer pour lui ni pour sa garnison. » (Gazette, p. 6i8.) Voy. aussi à V Appendice le complément des Mémoires de Richelieu de l'année

bonne défense de ceux qui la gardoient n'a pas empêché qu'ils ne l'eussent mise, en huit jours, en état de la prendre par assaut, au même temps que le gouverneur l'a rendue par composition. Et comme c'est une des plus considérables places du Pays-Bas , non-seulement par sa fortification qui est accomplie en toutes façons, mais par sa situation en un lieu où les armées ne sçauroient subsister sans une extrême peine, à cause du manquement d'eau, en sorte que si nous n'y eussions apporté tout ce que peut la prévoyance humaine, il eût été comme impossible d'y tenir de si puissants corps de troupes ; et, d'ailleurs, voyant qu'il n'y a point de place dont la prise assure plus avant le bien et le repos de notre frontière et de toute notre province de Picardie, dont la conservation est de l'importance que chacun sçait , nous estimons être grandement obligés , avec tous nos bons sujets, de rendre grâces à Dieu d'une si avantageuse conquête , en laquelle son assistance à nos justes armes, est autant ou plus manifeste qu'elle ait encore élé en aucun succès que nous ayons eu depuis la guerre ouverte. Et après avoir essayé, de notre part, d'y satisfaire avec toute la recognoissance que nous devons , nous vous exhortons de faire le semblable en l'église de Notre- Dame de notre bonne ville de Paris, oùnous mandonsau sieur archevêque de faire chanter le Te Deum solennellement à cette fin, désirant que vous vous y trouviez en corps et en robes rouges, au jour et à l'heure que notre très-cher et féal le sieur Séguier, chancelier de France, vous fera donner en notre nom par ledit sieur de Saintot : auquel nous en remeltant, nous ne vous ferons la présente plus longue ni plus expresse. N'y faites

donc faute, car tel est notre plaisir \ Donné à Paris , ie 19 septembre 1641. »

PRISE DE CONI PAR l'aRMÉE FRANÇAISE. LEVEE DES SIEGES DE CHERASCO ET DE CHIVAS.

Le 25 septembre, les lettres suivantes du Roi ont été apportées par le sieur Saintot en la chambre des Vacations, et il fut arrêté que l'on s'y trouveroit, le lendemain, à quatre heures, pour aller à Notre-Dame ; ce qui a été fait, en robes rouges; M. le Chancelier s'y est trouvé, et M. Boutliilier, surintendant, comme conseiller d'honneur, et s'est mis après M. le président de Bellièvre; et le reste s'est passé comme l'autre précédent, suivant l'ordre du Roi, en ces termes : « Nos amés et féaux, comme les progrès de nos armes en Italie et ailleurs, où elles sont heureusement employées pour garantir nos alliés de l'oppression des ennemis déclarés de cette couronne, ne sont pas moins glorieux pour nous et pour cet État et utiles à nos affaires, que les conquêtes que nous faisons dans les Pays-Bas ; aussi ne croyons - nous pas être moins obligés de témoigner notre gratitude et recognoissance envers Dieu , des bons succès qui nous arrivent de ce côté-là , que de ceux qui nous arrivent en ces quartiers. C'est pourquoi , ayant eu avis que notre trèscher et bien amé cousin le comte d'Harcourt , notre lieutenant général en Italie, a réduit en notre pouvoir la ville et citadelle de Coni , après un siège de six semaines et divers assauts aussi vaillamment soute-

i . Collection Colbert, t. CXXXIX, p. 233 bis.

nus qu'ils ont été généreusement entrepris', la place étant une des plus fortes de toute l'Italie , défendue par beaucoup de braves gens qui se persuadoient que n'ayant jamais été prise , bien que plusieurs grands sièges avec des armées royales y aient été faits par le passé, le semblable arriveroit encore en leurs mains. Et à la vérité , les ennemis qui s'en étoient emparés par intelligence, avoient sujet de s'y attacher, prévoyant qu'elle assuroit, comme elle fait à présent, à notre très-cher et très-amé neveu le duc de Savoie la meilleure partie du Piémont , outre qu'elle rend les passages libres de la Provence en Italie. Aussi , ils ont eu tant d'envie de la conserver , qu'ils ont fait , pour cette fin , toutes les diversions qui leur ont été possibles, ayant pendant le siège vivement a.ssailli la ville de Cherasco, d'où ils ont été repoussés avec perte de plus de huit cents hommes des leurs, et depuis ayant assiégé celle de Cliivas, ils l'ont aussi abandonnée , voyant notre entreprise de Coni heureusement accomplie, avant qu'ils eussent beaucoup avancé la leur : et ce succès nous apportant de si grands avantages et à nos alliés^, nous désirons qu'il en soit

i Le journal du siège de Coni, est imprimé dans la Gazette , p. 641, ainsi que le récit de la prise de cette ville (p. 681).

2. Ce fut le dernier des importants succès militaires obtenus par les armées françaises pendant l'année 1641. La Gazette annonça en ces termes (p. 808) le retour du Roi dans sa résidence au mois de novembre : « Cette semaine (2 novembre), le Roi est retourné à Chantilly et Son Eminence à Rueil , après une campagne si pleine d'heur et de gloire, que nonobstant les orages presque aussitôt dissipés que soulevés (par le duc de Bouillon et le comte de Soissons), en cet état, Sa JMajestt; venant récréer de sa présence tant désirée la Reine et la famille royale , après avoir été partout victorieuse, a le contentement de voir ses ennemis ré-

rendu grâces à Dieu, avec la même solennité qu'il aura été pour la réduction de Bapaume à notre obéissance; et mandons à notre amé et féal le sieur archevêque de Paris d'en faire chanter le Te Deum en son église cathédrale. Nous vous ordonnons très-expressément de vous y trouver en corps et en robes rouges , au jour et à Fheure que notre très-cher et féal le sieur Séguier, chancelier de France, vous fera donner par le sieur de Saintot , maître de nos cérémonies , ou autre personne de notre part, vous assurant que vous ferez chose qui nous sera très -agréable. N'y faites faute, car tel est notre plaisir \ Donné à Péronne, le 21 septembre 1641 . »

LETTRE DE MOLE A M. DUPUY

La santé de madame Mole s'améliore. — Elle se rend à Champlâtreux. — Traités à déposer au Trésor des Chartes. — Rabutin. — Justel.

« Monsieur, la santé de la dame, qui est meilleure*, nous permettra d'aller passer quelques jours au petit désert, où j'espère que nous nous y entretiendrons;

duits à un tel point, que toute leur consolation de cette année n'aboutit qu'à la seule espérance de recouvrer le tiers des conquêtes qu'elle a naguère faites sur eux. «

\. Collection Colbert, t. CXXXIX, p. 234 his.

2. La santé de madame Mole, gravement affectée depuis quelque temps, s'était un moment améliorée ; mais elle donna, bientôt après l'époque oii cette lettre fut écrite, les plus grandes inquiétudes au Premier Président, et le 23 novembre -1641, les registres de la Cour nous apprennent, en ces termes, la mort de la compagne de Mole : « Ce jour samedi, la Cour, à cause du décès arrivé de la femme de M. le Premier Président, a remis l'ouverture de l'audience, qui devoit être faite mardi prochain, au lundi ensuivant. »

Un célèbre prédicateur de l'époque, le père Léon de Saint-Jean,

ce sera pour mardi sur les dix heures^ si votre emploi vous donne celte liljerté. Vous n'oublierez pas le Recueil des Régences et quelques autres , à la charge que vous ne les lirez pas.

(( Vous m'envoyerez, s'il vous plaît, Rabutin ', afin que j'y trouve ce que je n'ai pas trouvé ailleurs.

« M. Justel" m'a envové ce matin le traité de M. de Bouillon fait avec le Roi, et non celui d'Espagne.

« Je vous rends grâces de celui de Lorraine . Par lettre du 12, le duc poursuit en Cour la neutralité. 11 est à Dieuze avec sa prétendue femme', et le reste de son armée. Mes respects à M. votre frère. Je serai toujours, •» etc.

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