LIT DE JUSTICE DU ROI
LETTRE PU ROI A MOLE
(( Notre amé et féal, le sujet du voyage que nous avons entrepris pour mettre une fin aux affaires qui pourroient désormais troubler notre État, et éloigner les orages qu'aucuns de nos voisins y voudroient attirer \ pour nous empêcher d'établir un repos assuré en
4. Le R.oi, après avoir reçu à composition la Rochelle et donné ses ordres pour l'île de Ré, Gt aller son armée jior le Languedoc II *
ce royaume, travaillé depuis un si longtemps des trou- Jjles que les reijelles y ont suscités, nous fait résoudre de nous porter sur les lieux pour dissiper, par notre présence , tous les obstacles qui s'y pourroient rencontrer et rassurer ceux de nos alliés sur lesquels on veut faire semblables entreprises. Mais avant que partir, nous avons aussi résolu d'aller tenir notre lit de justice, lundi prochain, en notre cour de Parlement, pour l'informer, et tous nos sujets, de nos bonnes intentions. A ces causes, nous vous mandons et ordonnons que vous ayez à tenir promptement avertis tous ceux de notre Cour, à ce qu'ils aient à s'y trouver pour nous y recevoir en l'ordre accoutumé en telles cérémonies. N'y faites donc faute, car tel est notre plaisir*. Donné à Paris, le 13" jour de janvier 1629. ))
Le 1 5 janvier ', le Roi vint donc tenir son lit de justice, accompagné , à main droite, des ducs d'Uzès, de Luxembourg, de Ventadour, de Brissac, de Montbazon, de Cbaulne; des maréchaux de France de Saint-Géran , de Bassom pierre , de Schomberg et de Saint-Luc, et de M. d'Effiat surintendant des finances et ayant lettres de conseiller en la Cour. A la main gauche : de MM. les cardinaux de Richelieu, de Bé-
pour se rendre clans le Dauphiné, avec l'Intention de forcer le passage des Alpes, si M. de Savoie l'y contraignait. Sa Majesté vint aussi faire un tour à Paris pour voir la Reine , mais il en repartit aussitôt, malgré la rigueur de la saison, pour se mettre à la tète de son armée. {Mémoires de Brienne, édit. citée, p. 49.)
\. Collection Colbert, t. CCXII, p. 289.
2, Les Mémoires de Richelieu disent, par eneur, que ce fut le 14 janvier que le Roi se rendit au Parlement pour tenir son lit de justice. (Mémoires, t. IV, p. 284.)
rulle et de la Valette. A ses pieds étoil M. le duc de Clievreuse , comme grand chambellan, le capitaine des gardes sur le pas qui descendoit , avec le maître des cérémonies. M. le garde des sceaux de Marillac a pris la place en la chaire ordinaire, et, après avoir été recevoir le commandement du Roi, a parlé du sujet du voyage de Sa Majesté , pour secourir ses alliés oppressés, des victoires sur les rebelles et sur les Anglois, des trois lettres patentes qui dévoient être publiées, de la déclaration de l'ordre pour la ville de la Rochelle, d'une autre déclaration contre ceux qui demeuroient dedans la rébellion, et d'un règlement de la justice fait sur les remontrances des États de 1615 et sur les cahiers des deux assemblées des Notables \ Le principal sujet de son discours a été sur l'autorité du Conseil du Roi, et de l'institution des Parlements, pour rendre seulement justice aux particuliers sujets du Roi, et non pour se mêler d'affaires publiques. Après lui, M. le président Le Jay, second président^, a
1. Mole a déjà parlé dans ses Mémoires de cet édit (t. I*''', p. 212), Il avait été, dit Richelieu, composé par les [)lus capables gens de loi étant convoqués à cette fin. Le Garde des Sceaux était très-affectionné à cet ouvrage, qui était bon, et voulait qu'il passât contre toutes les formes. {Mémoires, p. 284.^ — Cet édit reçut, par dérision , le surnom de Code Micliaud , du nom de baptéuie de M. de Marillac, mais il ne fut point enregistré, le Parlement ayant élevé des difficultés et voulant faire des remontrances. Le Recueil des anciennes lois, de M. Isambert, en contient le texte (t. XVI , p. 83). — Cet édit avait été précédé par une ordonnance sur les cahiers des États Généraux et de rAssemblée des iSotables, qui fut publiée en janvier 4624. (Même Recueil, p. 223 du t, XVI.)
2. Le président Le Jay occupait dans cette circonstance la place de premier président, qui était vacante par la mort de M. de Verdun. Ce fut M. de Hacqueville qui fut nommé premier pré-
parlé : et puis , les huis ouverts , les lettres ont été publiées, et après M. l'avocat du Roi Talon a porté la parole et élevé, par son discours, les victoires du Roi. M. le Garde des Sceaux est ensuite allé trouver le Roi, et puis est descendu prendre l'avis de messieurs les Présidents, puis est remonté prendre celui de messieurs les cardinaux, et après aux ducs et Pairs et autres suivants, et est redescendu aux Maîtres des Requêtes, conseillers, etc. \
MOLE A M. DUPUY
Le duc de Savoie.
« Monsieur, il ne manque ici que le bonheur de votre compagnie , que vous sçavez que je chéris comme je dois , et que le long temps de notre amitié m'y oblige. On ne doutoit point, il y a longtemps, de la mauvaise volonté de M. de Savoie : ces fortifications commencées donnoient assez de soupçon ^ On m'avoit déjà écrit le passage en Flandres de ce Savoyard. Si nous ne sommes pas sages en France par les exemples, nous ne le devons attendre des étrangers. Ils se croient assez forts au commencement; mais ils en pâtissent à la fin : les plus foibles portent
sident , en remplacement de IM. de Verdun. M. Le Jay devint aussi premier président en l'année 1630.
i. Collection Colbert, t. CCXH, p. 290.
2. Le Roi, n'ayant pu faire entendre raison au duc de Savoie, tenta de forcer le pas de Suze, fortifié de barricades et défendu par une bonne /citadelle et par un grand nombre de gens de guerre. Cette entreprise lui réussit et le mit en état de voir Casai délivi'é d'un siège qui se faisoit sous les ordres du marquis de Spinola. {Mcmoircs de Bricnnc, p. 49.)
toujours la peine. Je vous assure que je serai toujours prêta vous témoigner par effet que je suis, etc.
« Si M. de Thou est à Paris, il croira, s'il lui plaît, que je suis son très-humble serviteur, et ferez mes très-affectionnées recommandations à messieurs vos frères *. »
LETTRE DE MOLE A M. DUPUY
Maladie de sa fille. — Traité avec l'Angleterre.
« Monsieur, les champs ne donnent le repos qu'autant que l'on le possède. Nos pensées nous y suivent et nous y pressent aussi bien qu'ailleurs; celles de la maladie de ma fille m'excèdent -. J'y eusse trouvé secours les déposant en votre sein ; mais il est vrai que votre santé, qui n'est pas affermie , m'a donné crainte. J'eusse essayé de vous faire souffrir le moins d'incommodité que j'eusse pu.
(( 11 eût été à souhaiter qu'au lieu de commencer un traité avec l'Anglois, on l'exécutât maintenant, puisque le temps approche de faire effort les uns contre les autres : les liens de nos alliances ne sont point si fermes qu'en peu de temps on n'y désire quelque chose. Je ne sçai si on ne prévoit pas les succès, ou que l'on manque aux promesses.
« Le moment que nous touchons est assez important pour n'y oublier rien. Nos ennemis travaillent et ne relâchent point. La suite de notre bonheur nous promet encore quelque faveur inespérée : une paix
t. Collection Dupuy, t. DCCXCII, lettre xxi.
2. Il est impossible de signaler celle de ses filles que Mathieu Mole veut désigner dans cette lettre. Il en eut plusieurs , dont la plus jeune était alors Jeanne Mole , née en 1621.
(j MÉMOIRES
générale ou une trêve de longues années, si on ne peut mieux. Nos histoires passées nous en donnent l'exemple, et nos affaires nous y obligent. J'aurai toujours la passion de vous témoigner que je suis, etc. '. « Mes recommandations très-affectionnées à messieurs vos frères. On a mieux aimé au voyage Stella que M. Godefroy; puisque Louget lui demeure, je l'aime mieux à Paris : il sçait bien ce que je lui suis. »