SIEGE DE SAINT-AMBROISE. NOUVELLES DIVERSES
Le 6 juin 1629, M. le Garde des Sceaux m'écrivit de Saint-Esprit^ que le Roi commençoit, ledit jour, le siège de Saint-Ambroise , qui sembloit vouloir se défendre, quoique l'on fit quelque jugement du contraire. Je lui répondis le 18 juin, en ces termes :
« Monseigneur, j'avois la main à la plume pour vous témoigner mes sentiments de la recognoissance des services rendus à la France, en la personne de monsieur votre frère, quand les vôtres du 6 juin m'ont été rendues, et encore qu'il en soit seul honoré par le titre d'officier de la Couronne, il ne laisse pas d'avoir recueilli les fruits de ceux desquels elle vous étoit redevable. Ainsi il vous demeure très-étroitement obligé, vous très-content et le public très-satisfait, puisque nous pouvons faire un jugement assuré que les actions vertueuses reçoivent enfin les récompenses qui leur sont dues. Ce qui a augmenté ma joie, est que vous avez reçu cette grâce en un temps auquel il sembloit que les envieux de notre bonheur fissent de nouveaux desseins contre vous , et qu'en un moment les visages ont été changés et les paroles de mépris tournées en louanges. Je sçai assez quel état vous faites de
i. Collection Colbert, t. CXXXIX, p. 241.
2. En quittant Paris, le Roi s'était rendu à Dijon par la Champagne. On craignait alors le séjour de Lyon pour Louis XIII, à cause d'une teri'ible épidémie qui venait de désoler cette ville. (Bazin , Histoire de Louis XIII, p. 1 51 .)
tels esprits , et que votre courage en telle rencontre s'augmente , n'attendant rien d'autrui , et ne recherche que la satisfaction d'avoir bien fait.
(( Vous avez été assez averti de ce qui s'est passé en délibération sur quelques-uns des articles des nouvelles ordonnances , je vous envoie copie des lettres patentes expédiées au temps des ordonnances d'Orléans. Ce nouveau commandement reçu de la part du Roi, portera, comme j'espère, chacun à l'obéissance. Je me contenterai de vous dire que, s'il n'y avoit point eu de dessein caché de quelques-uns en telles assemblées, on eût résolu plus d'un article en un jour. J'ai différé de vous en écrire; mais voyant que, quelque soin que l'on prenne, on gagne temps, vous trouverez ci-enclos l'arrêt de la Cour, contre ceux qui ont été si hardis que de violer l'édit des duels. J'espère leur faire ressentir la peine due à leurs crimes; pour le moins, je n'y oublierai rien de ce qui sera de mon devoir.
« On m'a dit que l'on vous a envoyé le livre contre \e Franc alleu, vous en cognoissez l'auteur ; vous n'approuverez pas, comme je crois, le titre de V Epure liminaire adressée à l'Altesse et très-haut, très-puissant et sérénissime prince monseigneur le duc François second de Lorraine et de Bar. C'est autoriser la loi salique de Lorraine ; c'est approuver une qualité que le Roi n'a point encore voulu recognoître , c'est faire perdre la cause à la princesse mineure. Je vous laisserai le jugement de cette action et attendrai l'ordre qu'il vous plaira de prescrire. C'est un livre imprimé à Paris, sans nom toutefois d'auteur et d'imprimeur, par un François, conseil toutefois de M. de Lorraine,
DE ftlATHIEU MOLE. (1629.) 9
qui donne un titre à un prince étranger, contre les intentions de son Roi \»
MOLE AU GARDE DES SCEAUX
Nouvelles du Roi. — MM. de la Marck et de Bouillon. — Duel du niar quis de Boissy. — Le livre du Franc alleu.
« Monseigneur, celles que vous m'avez fait l'honneur de in'écrire les 7 et 9 m'ont été rendues en même temps, par lesquelles j'apprends le retour du Roi en ces quartiers". Le progrès de ses justes armes ne se pouvoit espérer; c'est le coup du ciel en sa justice de faire tomber les armes des mains de ces rebelles , et que les ennemis jurés de Dieu et du Roi ayent changé d'esprit tout à coup, et qu'oubliant leur république naissante, ils se soient soumis aux lois de la monarchie et rendu les devoirs à leur prince présent. Je me promets l'honneur et la faveur d'en parler bientôt avec vous, Monseigneur, et d'en apprendre les circonstances admirables.
« J'ai fait poursuivre l'affaire de M. de la Mark pour Sedan % non pas pour la faire juger définitivement, mais pour obliger ceux qui sont en possession d'avoir recours au Roi, afin qu'il donne telle loi qu'il lui
i. Collection Colbert, t. VI, p. 183. — M. de Marillac remercia le procureur général de ses félicitations au sujet de la nomination de son frère au maréclialat , par une lettre datée de Beaucaire le 9 juillet. (Mêmes collection et volume , p. 111.)
2. Le Roi était le 7 juillet à Remoulins (Gard), et alors il se dirigeait vers Beaucaire. La facilité avec laquelle les protestants rendirent leurs places hâta le retour de Louis XIII à Paris.
3. Le Garde des Sceaux recommandait spécialement cette affaire à MoIé par une lettre en date du 7 juillet, afin d'en faire ajourner le jugement.
plaira, soit pour prononcer en faveur de l'un ou de l'autre, ou pour traiter avec les deux. Il y a eu arrêt par lequel il a été ordonné que l'instance conduite ci-devant avec M. de Bouillon, étoit tenue pour reprise, et ([ue le comte de la Mark vérifieroit sa demande.
u Je poursuis les contumaces pour le duel du marquis de Boissy*, nonobstant les brigues du père et de ceux auxquels il appartient. Il n'y a point eu de combat près Saint-Mandé : mais les corps de Plassac et de Fleury avoient été enterrés en un champ proche de là. Ce qu'ayant sçu , ils en furent déterrés par les officiers du lieu et portés en une maison qui fut rompue la nuit , et les corps enlevés. Ayant donc été soustraits à la justice, je fais le procès à leur mémoire. Cette violente action a donné sujet au bruit qui a été porté jusqu'à vous.
« J'ai parlé avec l'auteur du livre du Franc alleu; il s'excuse sur ceux qui sont à l'hôtel de Lorraine ; mais il n'est pas recevable. Il me promet de supprimer VEpître liminaire, et ce n'est pas un remède assez puissant pour une telle faute. J'exécuterai l'ordre qu'il vous plaira de prescrire, et ne céderai à personne l'obéissance qui vous est due , comme votre, elc.\
« Du 1 5 juillet. »
1 . Dans vme lettre de MoIé au Garde des Sceaux , qui doit être du commencement de juin, il est question de la nécessité de tenir la main à l'exécution de l'édit contre le duel. (Collection Colbert, t. VI, p. 183.) — Le Garde des Sceaux insistait encore sur ce même sujet par une autre lettre datée du 9 juillet. (Jbc'd., p. -l'il.)
2. Collection Colbert, t. VI, p. 4 86. — Le Garde des Sceaux répondit à Mole : « Le Roi, comme j'estime, aura très-agréable de vous voir, et l'état de cette action mérite, ce me semble, qu'elle
LETTKE Di: ROI A MOLE.
Divers gouvernements donnés au cardinal de Richelieu.
« Notre amé et féal , ayant, par nos lettres patentes du 9 octobre de la présente année, pourvu notre trèscher cousin , le cardinal de Richelieu , de l'état et charge de notre lieutenant-général au gouvernement de Brouage, Oléron , Aluert, Ré, Marennes, Mornac, Royan,Pont-Labbé, Saint-Aignan, Saint-Jehan-d'Angle et autres pays adjacents', nous vous mandons, ordonnons et très-expressément enjoignons que vous ayez, non-seulement à consentir, mais demander et requérir que lesdites lettres soient vérifiées et registrées en notre dite cour de Parlement , toutes autres affaires cessant , pour avoir lieu et sortir leur plein et entier effet. Si n'y faites faute , car tel est notre plaisir. Donné à Paris le 3* jour de décembre 1 629 ". »
MOLE A M. DUPUT.
Nouvelles de Venise et de Casai. — Trésor des Chartes.
f( Monsieur, j'ai vu l'effet, ce malin, de la diligence de M. Godefroy, puisqu'il m'a déjà apporté le projet
soit achevée avec quelques termes qui servent à donner bonne impression en l'esprit du maître. Je sçai que ce que vous lui direz le contentera , parce qu'il vous affectionne. » ( Même volume , p. d88.)
i. Le Roi avait donné à la Reine mère, par lettres patentes du 15 février t627, ces mêmes gouvernements dont le maréchal de Saint-Luc s'était alors volontairement démis. Ces lettres en faveur de la Reine furent enregistrées par ordre du Roi, le 27 novembre 1629, et annulées sans doute presque immédiatement par celles dont il est ici question , et qui sont en faveur du cardinal de Richelieu.