‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 57 sur 167 · Collection Colheri , t. CCXIII , p. ïî · texte numérisé non relu

Collection Colheri , t. CCXIII , p. ïî

bien si, de fortune, vous n'avez encore tiré la réponse de Messieurs de la Cour, cette lettre vous servira de prétexte de les en represser. Je n'ai pu imaginer sur quoi elle est fondée , en ce qui concerne de mander celui qui a présidé en la compagnie, le jour que les lettres patentes dont est question v furent par vous présentées; si ce n'est que M. le Premier Président ne s'y fût pas trouvé, ou qu'il l'eût désavouée a M. de Bullion, et en ce cas, cela va pour frapper contre celui qui y aura été, ou bien pour blâmer M. le Premier Président, lequel a dépêché par deçà M. de Fontenai, qui y fait retentir les plaintes et les mécontentements qu'il a de quelques-uns de Messieurs. Je n'ose dire qu'il ait tort ni raison, car je ne sçais qui l'a en l'affaire : car, si bien d'un côté je blâme Messieurs de la Cour, de l'autre, je ne suis pas satisfait de nous, qui voulons toutes choses, non-seulement pour en tirer avantage , mais pour déprimer les autres. Cela, s'il vous plaît, demeurera de vous à moi, de qui vous ne sçaurez rien de nouveau, si ce nest que l'on attend en cette ville M. de Lorraine, et que l'on y attend la nouvelle de la réduction de Moyenvic', que nous ne sçaurions avoir avant dimanche matin , tant les chemins sont mauvais, bien que cette place ne soit distante de cette ville que de neuf lieues, où il commence fort à nous ennuyer ; mais il n'est pas temps,

4. L'empereur d'Allemagne s'était emparé de Moyenvic . place de l'évêché de Metz, pendant que le roi de France était occupé en Italie, et il l'avait soigneusement fortifiée. Louis XIII demandait le rasement de cette place, depuis plus d'un an, sans pouvoir l'obtenir; il se résolut donc à en faire le siège; mais cette ville capitula aussitôt que le maréchal de la Force l'eut investie.

mais bien que je finisse et que je vous supplie de ra'honorer^, etc. De Metz, ce 25 décembre. »

LETTRE DE MOLE A M . DE LA TILLE-AUX-CLERCS

« Monsieur, par celles qu'il a plu au Roi de m'écrire , le 25 du présent , qui me furent.rendues hier au soir, je recognois que mes lettres des 12 et 18 vous ont été rendues, mais non celle du 19, et ne puis que me plaindre justement du courrier envoyé par M. de Bullion, auquel, moi-même, je baillai les deux paquets des 18 et 19, ayant envoyé reprendre, chez M. de Loménye , celui du 1 8 qui n'avoit pu encore être envoyé. De rechercher la cause de ce défaut, je ne sçais si ce seroit prudence, mais bien la justice. Je ne peux en parler qu'avec quelque ressentiment , puisque si elles eussent été portées, elles eussent peut-être satisfait à l'intention de Sa Majesté : car, ayant reçu son commandement de lui envoyer farrêt signé, je lui mandois que sur la difficulté par le greffier de me le délivrer, j'étois entré en la Grand'Chambre et que l'affaire avoit été remise au lendemain : de laquelle action il semble que Sa Majesté ne demeure pas satisfaite. Mais comme l'arrêt avoit été résolu les Chambres assemblées , aussi la Grand'Chambre trouva à propos que la réponse qui me devoit être faite fût concertée en la même compagnie ; et c'est pourquoi elle différa jusques au jour suivant , qui étoit celui auquel les Chambres furent assemblées. Et après avoir délibéré, il me fut dit par M. le Premier Président, en présence de toutes les Chambres , que , pour réponse

i. Collection Colbert, t. CCXIII, p. 204.

au commandement du Roi que j'avois fait entendre à la Cour, j'écrirois que, sur les lettres patentes portant défense de s'assembler, il n'y avoit eu aucun arrêt par écrit et que les Chambres avoient été assemblées par l'ordre ordinaire en la compagnie. C'est ce que j'écrivis le 19, en un paquet séparé , auquel il y avoit lettres pour M. le Garde des Sceaux et pour vous, que j'ai cru encore vous devoir mander et assurer que les lettres patentes furent présentées à la deuxième levée, les Chambres assemblées, et délibéré qu'elles me seroient remises entre les mains. Et encore que ce soit un arrêt de la compagnie, il est vrai de dire que son intention n'a pas été qu'il demeurât par écrit, comme je le vois par le résultat de l'assemblée du 19, duquel la copie est ci-enclose, par laquelle vous recognoitrez qu'elle avoit aussi résolu d'écrire au Roi sur ce sujet. Mais comme la lettre étoit prête d'être envoyée, l'arrêt du Conseil du 1 6 fut mis entre les mains de M. Bouchet, doyen, qui, témoignant l'indignation et courroux du Roi, n'a laissé autre parole en la compagnie que les voix d'obéir. Et pour cet effet , tous les dénommés en icelui sont partis, ce matin, pour aller trouver Sa Majesté, là par où elle sera. C'est la vérité de ce qui s'est passé. Et d'autant qu'il plaît à Sa Majesté me commander d'envoyer réponse au plus tôt, j'en ai chargé ce porteur qui ne manquera de la rendre assurément.

a Le paquet du 19 portoit adresse : à M. le Garde des Sceaux , dedans lequel il y avoit lettre pour vous. S'il ne l'a reçu, ou le courrier l'a perdu, ce que je ne présume pas, puisqu'il a rendu celui du 18, ou il a été retenu. On en fait bien d'autres et on en écrit bien.

d'autres au préjudice des uns et des autres. Malheur si la vérité de nos actions ne paroît que par le rapport d'autrui, qui ne se donnent pas la peine de le sçavoir ' 1 »

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