Collection Colbert, t. CCXIII, p
« MM. les Présidents et Conseillers dénommés en l'arrêt du Conseil sont partis, ce matin, pour aller trouver Sa Majesté, suivant son commandement. Ils ne manqueront pas de rendre compte de ce que l'on peut désirer, et le greffier de la Cour envoie aussi les feuilles. Je suis', etc. Du dernier jour de l'an 1631 . »
LETTRE DE MOLE A M. DE LA VILLE-AUX-CLERCS
ce Monsieur, les vôtres des 24 et 26 m'ont été, ce joiird'hui, rendues seulement, et si je les eusse reçues devant que mon homme fût parti, j'eusse ajouté beaucoup de chose à la défiance que j'ai prise, il y a déjà longtemps, et qu'il me semble qu'il ne me sert guère de déclarer, puisque ceux auxquels je le pourrois dire, faisant plus d'estime de l'amilié de l'un que de l'autre, lui pourroient témoigner mes défiances, desquelles il resteroit offensé et se déclareroit plus ouvertement ennemi de ma petite fortune. S'il n'y avoit qu'à combattre les personnes et faire recognoitre la vérité entre nous , je me promettrois de ne perdre pas mon avantage ; mais quand , se défiant de sa force , on se sert du nom du maître et de la puissance de MM. les Ministres, c'est où il faut être plus foible, mais non pas moins innocent, jusques à ce qu'il leur plaise rétablir la confiance et se persuader qu'aux commandements que je recevrai, je ferai toujours ce qui sera en mon possible pour les faire réussir, soit par moi ou par mes amis. Il y aura sujet de plaindre ma condition. Il est vrai que je me suis contenté , depuis que je suis en ma charge , de mander les résolutions des affaires et
i. Collection Colbert, t. CCXIIl, p. 209.
i 34 MÉMOIRES
non |)as les moyens que j'avois observés pour parvenir à la fin. Je n'ai pas essayé de rechercher mes décharges, croyant que tout ce que je pou vois contribuer de soin ne pouvoit que satisfaire à mon obligation ; mais je recognois la méthode du siècle, que l'on ne cherche que sa décharge particulière, au dommage non-seulement d'autrui, mais même de l'affaire de laquelle on entreprend la conduite. J'ai préféré jusques ici la fin qui réussissoit au contentement de mon maître, à mon intérêt particulier, souffrant d'être blâmé quelquefois de ce que je faisois un jour, pour plus aisément parvenir à ce que l'on avoit désiré de moi; et n'ai pas cru devoir porter l'événement de ce qui arrivoit au contraire. Tant est, que celui que vous me nommez a voulu conduire tout par son esprit et a voulu être cru , s'est contenté de faire semblant de prendre bien de la peine (qui étoit fort inutile), d'engager le nom du Roi et sa puissance à contre-temps et après coup, et quand il voyoit que ces moyens lui manquoient, il persuadoit à ceux qui vouloient croire pouvoir plus qu'ils ne dévoient, des choses si extraordinaires, que les esprits des autres, le sçachant par après, en demeuroient tous aigris. Le seul narré de l'affaire qui s'est traitée au Parlement de jour en jour, depuis le 26 novembre , le fera toujours recognoitre, quand on voudra en être éclairci. Ce n'est pas que je veuille excuser la compagnie d'avoir été si avant, j'en ai déjà écrit mes sentiments ; mais je vous peux dire, avec vérité, que depuis que M. le Premier Président a retiré la feuille d'un arrêt du greffe, l'a retenue sans la vouloir rendre au greffier ni à ceux qui la lui ont demandée , que cette action inouïe a laissé
tels sentiments à la compagnie, qu'il a été très-difficile de les dissimuler, et sil se plaint que Ton lui a dit beaucoup de choses, qu'il pense qu'il en a fait beaucoup d'autres par entreprise d'autorité. Je ferai le journal raisonné qui me servira de Mémoire, aussi bien ce qui se passe mérite-t-il bien d'être écrit. Je me suis laissé aller à mes sentiments, qu'à peine ma plume a-t-elle pu suivre, et vous dirai qu'ayant reçu, avant hier, lettre du Roi, du 25, je fis partir l'un des miens, afin que la réponse que je faisois fût portée plus sûrement que les autres, car par mes lettres du 18 de l'autre mois, n'ayant pas encore tiré réponse du Parlement touchant l'arrêt que j'avois demandé, et l'affaire ayant été remise au lendemain, qui étoit le 19 de ce mois, et ce même jour ayant écrit la réponse du Parlement et M. de Bullion dépêchant un courrier, et me l'ayant mandé et envoyé le courrier chez moi prendre mes lettres, je lui baillai moi-même le paquet du 18, qui n'étoit pas encore parti, avec celui du 1 9, et néanmoins par l'événement, je vois que les lettres du J9 n'ont point été rendues. D'oii vient cette faute? je le laisserai à juger et ne crois pas qu'après qu'on aura vu l'arrêté de la compagnie du 19, que l'on se puisse persuader que le greffier ait dû le délivrer. Il est vrai que sur les lettres patentes qui ont été lues et délibérées, il y a eu arrêté qu'elles me seroient rendues. Et y ayant eu plusieurs opinions, le greffier, lisant les avis, avoit mis par écrit la résolution de la compagnie, de laquelle je ne doute point que l'on n'ait envoyé des copies, puisque la feuille fut portée chez M. le Premier Président, et y ayant eu arrêt en la conij agnie par lequel il étoit dé> fendu au greffier d en délivrer aucun en forme, sans
permission de la Cour, et le pressant de me le bailler, il me le refusa. Et le commandement étant reçu d'envoyer l'arrêté, sur la parole de quelqu'un, il le mit en parchemin et le bailla à mon homme , et sur les dix heures, parlant avec MM. les présidents à la levée de la Cour et leur faisant entendre en particulier le commandement du Roi, MM. les présidents de Bellièvre, Séguier et Le Bailleul et quelques autres de Messieurs de la Grand'Chambre y survinrent, dirent tout haut qu'il y avoit eu arrêté ; mais que l'intention de la compagnie n'étoit pas qu'il fut rédigé par écrit pour le mettre dedans les registres, et que si le greffier avoit été si hardi que de l'expédier sans l'ordre de la compagnie, on lui feroit le procès et que dès le lendemain l'on en parleroit en ladite assemblée. Ainsi, voyant leur sentiment, je me résolus de demander en public l'arrêté, par beaucoup de considérations; le greffier, qui s'appelle Langlois, craignant d'être repris en public , et que ceux qui lui avoient fait faire lui manquassent de garant, fut reprendre le parchemin, afin quo, le lendemain, il pût être assuré de l'intention de la compagnie ; laquelle , les Chambres assemblées, voulut voir la feuille du 11 et le fit jurer qu'il ne l'avoit point délivrée, et au lieu de le permettre, elle résolut que le Parlement n'avoit pas entendu que l'arrêt fût mis par écrit.
« Je ne me pouvois douter que cette action particulière du greffier dût être sçue , et ne prévois pas le sujet pourquoi l'on demande l'arrêté par écrit , car il est certain qu'il y a arrêt que les lettres me seront rendues, et je l'ai écrit et signé, et pour assurance publique envers Sa Majesté, mon seing peut avoir effet
de celui des greffiers. Si on soutenoit qu'il n'y eût point d'arrêté , il y auroit occasion d'en poursuivre l'expédition; mais il est certain, et à l'égard de la compagnie c'est le même effet. Que reste-t-il , sinon qu'il est véritable que le greffier, croyant que l'intention de la compagnie étoit que l'arrêté fût par écrit , l'avoit dressé? Mais elle-même a déclaré depuis qu'elle ne l'entendoit pas , et s'il eût été expédié devant , outre la peine qu'eût souffert le particulier, on eût désavoué publiquement cette expédition , et ne sçais pas ce que l'on eût dit du Procureur Général qui , contre l'arrêté de la compagnie, se servant du crédit de sa charge et de l'autorité qu'il peut avoir sur un petit commis du greffe , avoit tiré une expédition de lui. Ce ne fût pas été satisfaire à l'intention du Roi , qui me commandoit de lui envoyer un arrêté de la compagnie, qui eût été désavoué par elle-même. On veut donner autorité à la copie envoyée au préjudice de qui que ce soit. Les arrêts des compagnies sont arrêts aussi bien maintenant qu'ils le seront toujours. Ce n'est pas le seing du greffier qui fait l'arrêt, c'est la déclaration de l'arrêt , qu'ainsi il a été ci-devant arrêté en la compagnie. C'est un détour de ceux qui ont voulu conduire l'affaire par menées particulières. On obtient du Parlement tout ce que l'on demande en public qui peut être accordé; il n'y a que le moyen de s'y conduire. On ne laisse pas de faire tout ce qu'il faut, sans qu'il semble qu'on le veuille faire. La créance s'acquiert par une suite de bonnes actions, et quand elle se perd, on en est cause soi-même. Les Rois donnent le pouvoir, mais les particuliers s'acquièrent le crédit ; qui sçait bien user de l'autorité royale , de la
i 38 MEMOIRES
force de la justice et de son adresse, il n'est guère refusé de ce qu'il demande du Parlement.
« Es affaires difficiles qui surviendront, je ne manquerai d'en donner compte particulier. Et toute la grâce que je demande, est que si on donne avis de quelf[ue défaut de ma part, que je le puisse sçavoir pour en écrire la vérité ; je ne demande point le nom de l'auteur, mais bien seulement le moyen de déclarer mon procédé ; et après , si l'on condamne mon action, je le souffrirai avec le respect que je dois. Je ne sçais comment je pourrai recognoître toutes les peines que je vous donne; commandez, en récompense, et je vous obéirai comme votre*, etc.
« Du 1*^'" janvier 1632^ »
i. Collection Colbert, t. CCXIII, p. 217.
2. On trouve dans les papiers de Mole la note suivante, en tête d'une copie de la lettre du Roi, écrite à l'occasion de la prise de Moyenvic. « Le 2 janvier 1632, M. le comte de Soissons me remit copie de la lettre suivante, écrite par le Roi au Parlement, pour la présenter à la Cour : « Nos amés et féaux , ayant plu à Dieu de favoriser le succès de nos armes dans le dessein que nous avons eu de réparer l'entreprise qui avoit été faite sur nous, en la construction des forts de Moyenvic, nous venons de recevoir présenlement avis de la réduction de la ville en notre obéissance, et que nos troupes y sont entrées, ce jourd'hui, ensuite de la capitulation qui avoit été faite ;: la prise du petit fort, de sorte que le tout est en notre puissance. De quoi nous avons bien voulu vous donner avis par celle-ci, afin que vous preniez j/art à un si favorable succès , et que vous contribuiez toujours vos vœux et vos soins pour la prospérité de nos entreprises, qui n'ont pour but que la grandeur et réputation de l'État, comme nous l'attendons de votre fidélité et affection. Donné à Metz, le 27*^ jour de décembre lt)31. » Collection Colbert, t. CCXIII, p. 2t9.
DE MATHIEU MOLE. (1632.) lau