Collection Colbert, t. CCXIII, p
2. Les Mémoires du cardinal de Richelieu rendent très-inexactement compte de la réception, à Metz, par le roi Louis XIII, des députés du Parlement de Paris. (T. VII, p. 59, édition Petitot.) Le Cardinal a soin de rejeter sur le Roi la sévérité dont on usa, en cette circonstance, contre les conseillers du Parlement, et de
Le 9, j'ai eu avis que le sieur Desruaux, lieutenant des gardes, avoit reçu commandement du Roi d'aller trouver Messieurs, qui étoient interdits par l'arrêt du Conseil, pour leur commander de s'en aller à Toul et y demeurer jusques à nouvel ordre. Mais le sieur Desruaux, qui étoit à Verdun, reçut ces ordres après le parlement de Messieurs , en sorte qu'étant passés , ils poursuivirent leur chemin jusques à Metz.
Ils y ont séjourné jusqu'au 30 janvier, sans être ouïs. Et ce jour, ils eurent audience du Roi ; l'on peut voir ce qui s'y est passé par la lettre suivante' :
(( Messieurs du Parlement ont eu cette après-dînée leur audience. Le Roi leur a dit « qu'ils ouïroient de M. le Garde des Sceaux le sujet pour lequel ils avoient été mandés , le peu de satisfaction qu'il avoit de son Parlement et ce qu'il vouloit qu'ils fissent à l'avenir. »
laisser croire que ce fut lui qui obtint plus tard de Sa Majesté qu'ils pussent revenir à Paris faire leurs charges. Du reste, on peut remarquer que Richelieu n'est pas plus exact dans ses autres récits en ce qui concerne le Parlement. La création des commissions extraordinaires et les exécutions nocturnes lui paraissent être les choses les plus simples {Mém., VI, p. 306), et l'opposition du Parlement des attentats à l'autorité royale ( Mém., p. 5t 4 ). Il n'est donc pas étonnant de lire dans des historiens consciencieux cette même opinion reproduite à peu près dans les mêmes termes. C'est ce que l'on remarque dans V Histoire de France de M. Henri Martin (t. XIII, p. 88.) — Omer Talon {Mém. , p. 12, collection Michaud) dit qu'il ignore ce qui se passa à Metz. M. Bazin {Hist. de Louis XIII, t. II, p. 236) prétend que le Parlement, informé que le Roi voulait être obéi, cessa toute opposition.
Aucun des Mémoires du temps ne parle de l'énergique réponse du Premier Président et de cette curieuse entrevue du Roi avec les députés du Parlement.
\. Collection Colbert, t. CCXIII, p. 229.
DE MATHIEU MOLE. (1632.) lil
Ensuite M. le Garde des Sceaux a pris la parole, et, sans commencer Messieurs^ il a débuté de cette sorte : (( Le Roi étant à Château-Thierry, vous avoit envoyé ses lettres portant commandement de députer vers lui deux présidents et six conseillers pour lui faire les remontrances que vous aviez délibérées. Sur quoi, vous discontinuâtes rassemblée des Chambres; mais, peu après, quelques -ims des Enquêtes étant allés à la GrandChambre , ils avoient demandé et obtenu l'assemblée des Chambres et agité diverses matières, dont la cognoissance ne leur appartenoit point. Ce qu'étant venu à celle du Roi, il fit expédier ses lettres patentes portant défense de plus continuer telles assemblées ; lesquelles, par un trop grand mépris et procédé inouï , vous auriez ordonné être rendues au Procureur Général, ce qui avoit mû Sa Majesté à donner son arrêt du 16 décembre, auquel déférant, vous vous êtes rendus en ce lieu. Sa Majesté, Messieurs, mal satisfaite de la compagnie et de plusieurs particuliers, veut que je vous dise qu'elle ne veut plus écouter vos remontrances, que vous ne sçauriez plus faire , étant déchus de la dignité de ses conseillers et devenus parties, et ne peut souffrir que vous vousjmêliez des affaires qui regardent son service. Cet état est monarchique : toutes choses y dépendent de la volonté du prince, qui établit les juges comme il lui plaît et ordonne des levées selon la nécessité de l'État*, pour la santé et accroissement duquel il n'épargne ni sa vie ni sa personne. Et quoique la Reine, sa mère, et Mon-
1 . » Voyez ce qui est écrit au folio verso de l'arrêt du 22 décembre ci -dessus. •> (P. 122 du t. II des Mém.) {Note de Mole.)
sieur, son frère, soient avec les étrangers , il a conservé la paix dans son royaume. Vous y possédez vos biens et vos fortunes avec assurance ; et , sans craindre la rigueur de la saison, il est venu prendre ce que ses ennemis avoient occupé sur lui, pendant qu'il étoit occupé au siège de la Rochelle ; et prend aussi le soin dusoulagement de ses peuples, dontil semble que vous voulez vous faire les protecteurs et vous arroger cette dignité qui ne vous est pas due, ce que Sa Majesté ne veut plus tolérer : elle vous permet de retourner faire vos charges et vous ordonne de demeurer au terme de votre devoir et de faire registrer un règlement qu'elle enverra à son Procureur Général , sur l'ordre qu'elle veut être observé en l'assemblée des Chambres , afin d'obvier à l'avenir de tomber en de pareils inconvénients, qu'elle veut que vous registriez sans y apporter aucune longueur ni difficulté. » Ainsi a-t-il fini, et le Roi a repris : « Je vous enverrai mon règlement ; je veux que vous vous y conformiez et que les choses qui viennent de mon commandement ne soient point mises en question , mais que chacun y obéisse. » — Lors, M. le Premier Président, avec lequel il avoit été concerté, à ce que j'ai appris depuis, ayant fait une profonde révérence, a commencé à parler, disant : « qu'il falloit ne point contester contre son Roi irrité, et, par une obéissance à ses commandements, lever les mauvaises impressions qu'il peut avoir conçues; » et, après quelques paroles de pareille substance, il a demandé que les interdits reçussent pareille grâce de retourner en l'exercice de leurs charges, » et ensuite voulu justifier le corps et les particuliers, ce qui ne lui avoit pas été permis, et, s'enfonçant en la matière avec fermeté , a
dit (( que ce qu'ils avoient fait , ils l'avoient dû faire pour s'acquitter de leurs charges en leur conscience ; que le public avoit été scandalisé des procédures de la Chambre établie à l'Arsenac et des droits nouveaux imposés sur le sceau; que la compagnie demandoit la révocation de l'une et Tautre de ces choses, comme très-mauvaise et de pernicieuse conséquence^; et que si le Roi le faisoit de son mouvement, cela lui tourneroit :i gloire; qu'il osoit lui dire (jue le Roi Louis Xi avoit eu regret d'avoir maltraité son Parlement, ce qu'il alléguoit sans faire comparaison des deux Rois , sçachant de combien Sa Majesté le surpasse, et particulièrement en bonté : » et après quelques autres discours approchant de ceux-là, il a fini. Il faut que je vous avoue que j'ai été étonné de ce que j'ai vu faire sur l'heure. Le Roi, qui ne s'atlendoit point que le Premier Président lui dût rien dire approchant de cela, a repris ainsi la parole, ému, et de bonne grâce lui a dit^ : « Je ne suis pas préparé à vous répondre, mais je veux que vous sçachiez que vous êtes les seuls qui entreprenrez contre l'autorité royale; que ceux dont vous m'avez parlé et que vous m'avez dit avoir appris dans la compagnie à m'obéir (cela m'avoit échappé}, s'en sont peu souvenus. Vous n'êtes étaJDlis que pour juger entre maître Pierre et maître Jean , et je vous réduirai au terme de votre devoir, et, si vous conti-
1 . La contenance des députés du Parlement n'avait donc pas été aussi humble que paraît le croire M. Bazin dans son Histoire de Louis XIII (t. II, p. 241).
2. Le Premier Président, dans sa relation, prétend que «le Roi changea de visage, et, fort énui, dit, » etc. (Registre du Parlement, séance du 16 février.)
nuez vos entreprises, je vous rognerai les ongles de si près qu'il vous en cuira. » — M. le Cardinal et M. le Garde des Sceaux ont paru aussi étonnés que les autres, et avoient souffert impatiemment la harangue du Premier Président, duquel je les ai vus très-mal satisfaits; ajoutant M. le Garde des Sceaux : u Cet homme a fait le contraire de ce qui avoit été concerté ; ses confrères l'en désavoueront, et par son impertinence il a tout gâté ; l'affaire désormais est sans remède. » Si quelque chose a pu déparer l'action du Roi , est qu'il entra en colère et qu'il a dit après des choses au-dessous de celle-là, et j'ose dire que si Messieurs du Parlement ne prennent un tempérament en leur conduite, ils seront pour en avoir du déplaisir. ' »