LETTRE DU GARDE DES SCEAUX SÉGUIER A MOLE
Il a rédigé un Mémoire sur la question religieuse de la nullité du mariage du duc d'Orléans.
{( Monsieur, il y a deux jours que j'ai reçu un billet de Mgr le Cardinal, portant ordre de lui mettre par écrit les raisons que le Parlement peut avoir de prononcer es causes de mariages non valablement contractés , et qu'il désiroit le jour même les envoyer à Rome, pour satisfaire à la plainte que le nonce fait que l'on a entrepris sur la juridiction de l'Eglise. J'envoyai en même temps chez vous, pour vous prier de prendre la peine que nous communiquassions ensemble sur ce sujet. Votre absence m'obligea d'avoir recours à quelque avocat pour me fournir des arrêts qui serviront à montrer l'usage de ces prononciations dans le Parlement, depuis l'ordonnance de Blois qui en a prescrit la forme. Je touchai les raisons que j'estime être les plus essentielles, dont je conférai l'aprèsdîner avec M. Bignon , et dès le soir je portai le tout à Son Éminence, lui donnant avis, néanmoins, qu'en ce rencontre il n'étoit à propos de toucher le détail des raisons, mais de se tenir sur l'autorité de l'ordon-
une fausse accusation portée contre Urbain Grandier, d'être l'auteur d'un ignoble libelle contre le cardinal ministre. Une commission extraordinaire, présidée par Laubardemont, fut chargée de juger ce procès. Le Parlement avait donc eu raison de réclamer vivement contre ces justices exceptionnelles inventées par Richelieu. Voy. ci-dessus, année 1631. Dans ses Mémoires, le Cardinal rend compte de ce grave événement, en mettant tous les torts du côté d'Urbain Grandier, et en assurant qu'après la mort de ce prêtre les religieuses ne se plaignirent plus d'être possédées par le diable. {Mémoires, t. VUl, p. 183.)
nance à usage des Parlements, plutôt que d entrer en raisonnement particulier en ces matières si chatouilleuses; l'usage, la possession et l'autorité de l'ordonnance justifie assez la procédure , joint que cette ordonnance a été donnée à la réquisition des Trois États, entre lesquels l'Église y a tenu le premier rang ; enfin il a fallu satisfaire proportionnellement au temps que l'on m'a donné en une matière si importante. C'est ce que je vous puis mander sur ce sujet.
« Je ne vous dirai rien d' Allemagne, jugeant que vous en aurez sçu le particulier, qui est commun partout'. Vous sçaurez seulement que ces disgrâces n'abattent pas les courages ; au contraire , l'on se relève concevant de nouvelles espérances que les Suédois seront plus traitables en ces conjonctures, et que l'on pourra plus avantageusement ménager les intérêts de la religion et ceux de cette couronne. Je suis, Monsieur, votre ^ »
LETTRE DE MOLE AU CARDINAL DE RICHELIEU
Il lui envoie copie de ses Considérations sur la nullité du mariage du duc d'Orléans.
« Monseigneur, j'ai vu M. le docteur du Val, qui m'a assuré n'avoir jamais dit ses sentiments du pré-
i . Le Garde des Sceaux fait sans doute allusion à la ville de Northingliaus, que les Impériaux enlevèrent aux Suédois après cinq semaines de siège et de combats, et huit assauts ; mais la capitulation faite avec les Suédois ne fut pas respectée par les Impéi'iaux. Aussi les deux corps d'armée suédoise, commandés par le duc Guillaume de Weimar et par le général Banier, s'avancèrent-ils en toute hâte. Voyez, sur les nouvelles d'Allemagne, la Gazette de Renaudot, p. 427 et suiv., et le récit de D. Calmel, ddimVHist'jire de Lorraine^ t. III, p. 288.