‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 35 sur 110 · LETTRE XXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIV

la juio 17 '—.

Vers cette époque , mourut le célèbre poëte Thompson. Sa mort sembla conster- • ner toutes les âmes sensibles. Ce n^étaient pas seulement de grands talens dont on déplorait la perte; c^était Fhomme estimable et bon que Ton regrettait. Des moeurs douces, une philantropie éclairée , toutes les qualités qui rendent un homme précieux à ses semblables, le faisaient chérir des personnes qui rapprochaient. L^intimité dans laquelle j^eus le bonheur de vivre avec lui est xm des plus doux souvenirs que m^offre ma vie. Pour prix de Tamitié dont il m^honora , puissent ses mânes agréer les larmes que je paie à sa mémoire. •

Lord Litletton et M. Quin , particulièrement liés avec cet aimable poëte , furent ceux qui le regrettèrent le plus. Après la première effusion de leur douleur , ils délibérèrent sur le moyen le plus efficace qu^ils pussent pren-

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dre pour honorer la cendre de leur ami. Sa générosité ne lui ayant pas laissé de quoi pour-r voir à la subsistance de ses deux sœurs , ils crurent ne pouvoir rien faire de plus * conforme à ses vœux que de leur ménager une ressource ; témoignage d^affection plus flatteur , sans doute , pour la mémoire d^un homme estimable, et plus propre à consoler son ombre , sMl lui reste avec nous quelques rapports, que la pompe des obsèques, ou la magnificence d^un mausolée.

Thompson , dans les derniers temps de sa vie , avait fait des changemens au Coriolan de Shakespeare? Le manuscrit de cette tragédie corrigée , était entre les mains de M. Quin; il pensa que la représentation de cette pièce servirait utilement au but qu^on se proposait. On convint de la donner; elle fut sur-le-champ mise à la répétition. Misr I triss Woffington et moi , filmes chargées des rôles de la mère et de la fille : lord Litletton composa le prologue suivant , que M. Quin prononça (i).

(i) J'ai cru pouvoir imiter en entier ce morceau qu'on trouverait difficilement ailleurs. ( Noie du traducteur. )

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<( Je ne viens point implorer votre indu)- » gence pour un ouvrage dont Fauteur n^est » plus; il n^a pas besoin que personne cher- »> che à vous intéresser à lui; chacun de vous )) lui servira de protecteur. Sa bienveiUance )» ne se renferma point dans Fenceinte d^une )» secte ou d^un parti ; elle embrassait Fespèce w humaine. Il eut des amis.... (Ah ! pardonnez M aux larmes que ce mot me fait répandre! » Je sens ici que ce nVst pas Facteur qui » vous parle.) Il les aima d^une affection si » tendre, si pure, si désintéressée! Son ami- » tié était si généreuse! son zèle si constant! » N^en croyez pas nos faibles expressions; ï> rapportez-vous-en à nos pleurs. O vérité ! » ô fidélité sans tache ! caractère ferme avec n douceur et noble avec simplicité! tendre » intérêt au bonheur d'autrui ! où trouverezn VOUS, pour Fhabiter, un cœur pareil au » sien? Tel fui Fhomme! Quant au poëte, » vous le connaissez; souvent il a ému vos n cœurs par le récit de quelque touchante » infortune ; souvent, dans cette salle remplie, » vous Fentendites donner des leçons de la )) vertu la plus pure ; car sa chaste muse n'a n fait résonner sa lyre que pour inspirer de

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» nobles sentimens. Jamais une idée vile, ja- )> mais une immorale pensée n^ont souillé sa M belle ame ; jamais n^est sorti de sa plume » un vers quVn mourant il ait pu désirer w d^effacer.

I» Puisse aujourd'hui votre sufiî*age, aux )> omemens de sa tombe j ajouter un nouveau » laurier! -Désormais, supérieur au blâme » comme à la louange, il n'^entend plus le >» vain bruit de la renommée. Mais si des êtres » qui lui forent chers, auxquels, d'une main M libérale et d'un cœur généreux , il partagea )» les bienfaits d'ime modique fortune; si ces » personnes qui l'aimèrent, et que sa mort » prive des soins d'une pieuse affection , doin vent à vos bontés ce que sa tendresse ne i> peut plus leur donner, quelque plaisir peut- M être pourra , dans le céleste séjour , parvenir u encore à son ame immorteUe. )»

La pièce fui représentée avec le phis grand succès. M. Quin y répandit de véritables pleurs : à en juger par le ton cinique qu'affectait cet acteur , et par la sévérité de son vi sage , on ne devait pas le croire doué d'une aussi grande sensibilité. L'émotion qu'il témoigna n'^en fut que plus touchante ; elle se

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communiqua aux spectateurs qui^ par un attendrissement sympathique , montrèrent à M. Quin la considération qu^ils avaient pour son ami.

-^^ Le carême approchant , j^avais plus de temps de reste , et par conséquent plus d'occasions de voir M. Metham , ou de recevoir de ses nouvelles. Tous les mercredis et vendredis , il venait à la chapelle du comte de Haslang où je le rencontrais. JWais en lui une telle confiance , que si par hasard il était malade, je ne craignais point d'aller cher lui. Je n'eus point lieu de me repentir de ma honne foi ; car jamais il ne tenta même de m'embrasser. Tant de respect, mêlé à une vive tendresse , ajoutait au penchant que je me sentais pour lui ; et ce qui , d'abord , n'était qu'une préférence , devint un sentiment fondé sur l'estime et l'amitié. Aimables souvenirs ! époque la plus heureuse peut-être de la vie ! une innocente familiarité s'établit peu à peu , non troublée parles craintes auxquelles nous instruitl'expérience, non souillée par cette satiété qu'entraînent à leur suite des plaisirs plus vifs : la jeunesse , la gaieté , un riant espoir, sèment de précieuses illusions ,

ce court passage que Ton regrettera quelque jour au milieu des jouissances les plus désirées.

'Lord Tyrawley me continuait ses visites ; et pour m'aider à le recevoir convenablement, il partageait, en général , avec moi le contenu de sa bourse toutes les fois qu^il venait me voir. Sa générosité, et les profits que faisait ma mère sur son commerce de toiles , ne nous laissant point manquer d^argent, ma mère nVvait encore rien fait demander au théâtre sur mon traitement, qu'elle croyait réglé à dix livres par semaine. Ayant un jour quelque remise à faire en Irlande , elle écrivit au caissier pour le prier de nous faire passer ce qui mVtait dû. Mais , au lieu de recevoir la somme sut laquelle elle comptait, elle n'en reçut juste que la moitié.

Irritée de la mauvaise foi du directeur, elle voulait que je ne jouasse plus du tout, et peut-être n'était-eUe pas fâchée d'avoir ce prétexte pour me faire quitter le théâtre. Ce moyen eût facilité son plan favori , celui de me faire épouser M. Crump. Elle renvoya donc l'argent , et , comptant sur ma fierté offensée, elle se tint pour sûre de réussir dans

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ce qu'elle avait depuis si long-temps entrepris. En vain miss OIHara, qui connaissait mes sentimens , voulut la détourner d'un projet pour lequel j'avais tant de répugnance. Ma mère était aussi entêtée que sa fille* Cependant je trouvai, pour mon malheur, le moyen de faire échouer ses combinaisons.

La passion qui m'unissait à M. Metham était telle que je le regardais désormais comme mon futur mari. Je ne faisais point de scrupule d'accepter les présens qu'ilm'offiraitsans cesse. Ma mère en faisait honneur au lord Tyrawley. Mais l'œil de la jalousie, plus clairvoyant que la sollicitude maternelle , en découvrit la source. On ne manqua pas de la supposer criminelle. J^ignorais des calomnies que j'eusse méprisées; mais elles firent des progrès* Mistriss Woffiugton , qui avait contribué à les répandre, craignant que ma retraite, à l'instant des bénéfices , ne nuisit à toute la troupe , me fit presser de rester. M. Quin , que je consultai, m'y engagea. L'un des motifs auxquels je cédai, fiit l'intérêt que m'avaient témoigné le prince et la princesse de Galles ^ et qui semblait m'imposer l'obligation de jouer jusqu'à la fin de la saison.

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