‹ Mémoires de Mistriss BellamyChapitre 1 sur 91 · IJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IJ INTRODUCTION

d'entraînement et d'ivresse , et a confondn dans un même récit ses aventures et les principes de son art. Les acteurs et actrices célèbres ont donné en effet des Mémoires , où se trouvent des réflexions sur leur profession , mais jamais ils n'ont donné de traité en forme. Vivre et sentir, pour eux , c'est apprendre leur art \ raconter leur vie , c'est expliquer leur talent.

Mistriss Bellamy devait tout à la nature , qui la fit intelligente et sensible , qui la doua d'une voix pénétrante , et d'une beauté non point régulière , mais touchante et expressive ^ elle ne dut rien à l'art , et aussi elle n'en a point parlé du tout dans ses Mémoires ; mais elle a raconté sa vie et son âme ; et si elle ne raisonne point sur la représentation théâtrale , elle nous donne à penser sur le cœur humain , elle nous éclaire sur la carrière du théâtre et sur les vicissitudes de la condition humaine.

Mistriss Bellamy était fille de lord Tyrawley, connu par son caractère et ses talens. Il semble que, fille reconnue et chérie d'un père riche et puissant , sa vie aurait du. s'écouler comme celle de toutes les jeunes personnes de même condition. Cependant il n'en fut point ainsi. Je neveux pas étaler ici une vaine morale , maïs , en réfléchissant sur la vie humaine , on ne peut s'empêcher d'être frappé de la manière dont un mal en

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amène un autre. L'aïeule de niistriss Beilaniy, privée de ressources par son inconduite , avait été obligée de confier sa fille à la célèbre Arabelle Churchill , sœur de Marlborough et favorite de Jacques II. Celle-ci n'était point une mère , et ne sut pas la soustraire à la passion delordTyrawley. De cette passion naquit une malheureuse fille , mistriss Bellamy, douée de toutes les qualités dont la nature semble combler avec prédilection ces enfans nés de l'amouret confiés au hasard. Lord Tyrawley lui-même, quoique sensible et'aimant, n'avait pas la sollicitude d'une mère , et ne pouvait en avoir les soins. Envoyé en Russie -, et ne pouvant y conduire sa fille avec lui, il la confia à la garde d'une amie. A peine fut-il parti que la jeune Bellamy, touchée de compassion pour sa mère, courut à elle, malgré la défense de lord Tyrawley. Mais cette fille généreuse et imprévoyante ne comprit pas que son inutile dévouement contrarierait la volonté paternelle. Lord Tyrawley, indigné , renonça à elle , lui retira ses bienfaits , et elle fut laissée à la charge de sa mère qu'elle avait cru secourir.

On devine la suite d'une telle existence. La mère de mistriss Bellamy était vouée au théâtre, et vivait avec des actrices. Parmi elles , se trouvait la célèbre mistriss Wofïington. Douée d'une intelligence prompte et étendue , (l'un cœur sen-

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sible et passionné , cultivée par la meilleure éducation , la jeune Bellamy ne devait-elle pas plaire à la fameuse actrice ? Elle lui plut en eflet, et fut comblée de ses caresses. Là, se trouvaient Sliéridan et Garrick. Sliéridan , digne père du célèbre tribun anglais , était à la fois écrivain distingué , grand acteur, directeur de théâtre, et aussi ferme , aussi généreux, aussi prodigue que son illustre fils. Garrick, au contraire, jaloux de Sliéridan , présentait avec lui le plus singulier contraste : envieux , avare , astucieux , comme s'il n'eût pas été passionné , il travaillait sa forlune et ses succès, et mesurait aussi bien sa vie que son talent. Tous deux enfin composaient une société séduisante pour une jeune fille qui avait ellemême des dispositions pour la scène. Entre mistriss Woffington, Sliéridan et Garrick, on ne pouvaitparler que de théâtre^ la jeune Bellamy écoutait et se sentait enflammée. Elle accepta un rôle dans un€ représentation donnée à la campagne, et charma de ses talens naissans le Roscius anglais. Liée bientôt d'amitié avec les filles de M. Ricli , directeur du théâtre de Covent- Garden , l'un des deux premiers théâtres de Londres , elle se trouva presque invinciblement engagée dans la carrière de sa mère. Ces jeunes personnes lisaient des vers : tandis que mistriss Eellaniy déclamait une tirade d'Othello , M. Ricli

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