‹ Mémoires de Mistriss BellamyChapitre 25 sur 91 · LETTRE XI II · texte numérisé non relu

LETTRE XI II

i8 janvior l'j — .

Bientôt, j^ap pris que mon aventure avait été présentée dans les journaux sous les points de vue les plus défavorables. On me prodigua toutes les injures que peut dicter la méchanceté; et pourtant je nVvais pas commis, même de pensée , la moindre faute du genre de celle qu^on me reprochait. JVcrivis à ma mère ; elle me renvoya mes lettres sans les ouvrir. Je n^a~ vais de vêtement que ceux que je portais, et mon obligeante parente empêcha qu^on mVn envoyât. Le trouble que ma disparition avait causé à mistriss Jackson , avait tellement affecté cette dame , quVUe en était malade. Mistriss Mirwan, chez qui j'étais logée, me procura avec bonté tout ce qui mV'tait nécessaire. Elle employait îous ses soins pour me consoler; mais elle y travaillait inutilement. Je ne pouvais sans horreur envisager ma situation, ni penser que jV'tais devenue

injustement, dans Tespace de deux jours, la fable de la ville.

Que faire? je nWîws ni ami ni protecteur. Quoique tout put prouver mon innocence, quoique mistriss Mirwan pût certifier que je nVvais pas reçu une visite depuis que jetais chez elle, toutes ces preuves me devenaient inutiles. A qui les offrir? Ma mère était inexorable ; mon frère absent ; mistriss Jackson était malade, et mon impitoyable parente ne lui laissait rien parvenir.

Accablée sous le poids de ces tristes réflexions, je succombai à mes peines; une fièvre lente me saisit; je fus bientôt aux portes du tombeau. Jamais malheureuse créature n''a été plus punie d^une véritable faute , que je ne Tai été d'un crime imaginaire.

La fièvre cédant enfin à Tâge et au tempérament , le médecin me conseilla de prendre Pair de la campagne. Je nVvais point d'araent; mistriss Mirwan eut la bonté de m'en prêter. Après avoir long-temps hésité sur le lieu vers lequel je dirigerais mes pas , je me décidai à aller voir une mistriss Clarke , parente de ma mère , qui demeurait à Baintree , dans le comté d'Essex. Cette personne , ainsi

que ses païens , étaient quakers ; il était peu probable qu'ils eussent entendu parler de mon aventure. Quelques mois auparavant, une sœur de mistri^s Clarke m'avait fait un legsde3oo livres, à condition que je n^embrasserais pas la profession de comédienne. Mon engagement à Covent-Garden ayant annulé ce legs , il n'*avait pas été réclamé.

Aussitôt que , grâce à ma bonne hôtesse , je fus en état de partir, je me mis en route pour la voiture publique , ayant soin d^observer la leçon que m'avait donnée , sur mon habillement, la duchesse de Queen'sberry ; j'avais adopté la maxime dHorace : Simples munditiis. Cette simplicité dans mes habillemens eut un avantage auquel je n'avais pas songé; elle trompa mistriss Clarke ; et lui faisant croire que j'étais de la même secte qu'elle , me procura un très-bon accueil. Toute la famille prit , d'après cet extérieur , une si bonne opinion de moi, que l'on m'offrit de bonne grâce tout ce qui se trouvait à Clarke-Hall. Mon vêtement n'avait pas cependant la sévérité compassée des véritables quakers ; il était seulement assez, simple et assez propre pour me mériter le titre de wet quaker (quaker

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